RÉPARATION
La mort ne peut jamais être la suite de la tumeur blanche en elle-même; pour qu’elle survienne, il faut qu’il s’y joigne une affection d’un organe ou d’un système essentiel à la vie. Souvent cette maladie concomitante a pour siège l'organe pulmonaire, dans lequel elle se développe sous forme de tuberculose. D’autres fois il se forme des tubercules dans le mésentère (carreau) ou dans le cerveau et ses membranes (méningite et encéphalite tubercu-
leuses). Ces deux dernières circonstances n’ont, que je sache, été observées que chez les enfants. D’autres fois encore c’est une gastro-entérite opiniâtre, avec ou sans ulcérations, qui vient terminer cette scène morbide ; ou bien c’est une albuminurie accompagnée d’un œdème, qui, d’abord partiel, devient bientôt général. Rarement on observe une sorte d’infection purulente, se traduisant par des inflammations suppuratives dans divers organes, et finissant par amener la mort. Enfin, celle-ci peut aussi être le résultat d’une altération du sang, d’une anémie profonde, reconnaissant pour causes une suppuration profuse, et l’épuisement produit par la douleur. Dans ce cas, il y a amaigrissement, pâleur, toux très-légère sans que la percussion ni l’auscultation démontrent rien d’anormal, bruit de souffle au cœur, inappétence, diarrhée ou constipation, pas de maux de ventre. Il survient une fièvre intense et continue, s’accompagnant sur la fin de délire, de rêvasseries, de sécheresse de la langue, à tel point que l’on croirait à l’existence d’une fièvre typhoïde, si l’on n’avait pas suivi la marche des symptômes depuis le début. Enfin, la mort survient, et l’on trouve dans le système vasculaire un sang peu abondant et peu coloré ; tous les organes sont pâles et affaissés. Cette anémie existe rarement seule; il y a ordinairement complication de gastro-entérite ou de tuberculose pulmonaire. Toutefois, ces affections peuvent exister à une période encore peu avancée, et alors c’est évidemment à l’anémie qu’il faut attribuer la mort.
Je ne puis m’empêcher ici, bien que ce soit sortir de mon sujet, de faire remarquer les rapports intimes qui existent entre cette anémie par épuisement et celle que la famine a déterminée en Silésie (1) et dans les Flandres (2). C’est, me semble-t-il, cette anémie à sa dernière période que l’on a prise dans la plupart des cas pour une fièvre typhoïde. C’est elle qui a fait prétendre que celle-ci pouvait exister sans la lésion caractéristique des glandes intestinales. Je ne prétends pas, bien attendu, qu’elle n’ait pu être parfois compliquée de vraie fièvre typhoïde, aussi bien que d’encéphalite, d’entérite simple, de pneumonie, etc.
On conçoit que la mort puisse encore arriver d’une autre façon, par les progrès de l’affection locale. C’est ce qui a lieu lorsque la gangrène s’empare du membre ; c’est ce qu’on verrait aussi si un gros vaisseau ulcéré laissait échapper le sang, de façon à produire une hémorrhagie contl) R. Virchow und II. Rcinhurdt, Archiv fur putkologischo Anatomie und Physiologie. Berlin, 1848.
(2) Bulletins de V Académie royale de médecine de Belgique, 1840.
sidérable. — Dans les tumeurs blanches du rachis, la mort peut survenir par suite de la destruction de la moelle épinière, surtout si elles siègent au cou ; elle peut être la conséquence aussi du passage du pus dans la plèvre ou le péritoine.
Voilà donc comment est amenée la mort. Comment survient l’autre terminaison, la guérison? Par la cessation graduelle de tous les phénomènes morbides, et la transformation des produits exsudés.
Quels sont les actes pathologiques qui marquent la production et la perpétuation de la maladie? Ce sont, comme nous l’avons vu, la congestion, l’exsudation plastique, la production de pus et celle de tissu cellulo-vasculaire fongueux. Lors de la réparation, l’alHux sanguin diminue, et avec lui l’exsudation : aussi le pus proprement dit disparaît-il pour faire place à une sérosité d’abord trouble, puis claire et limpide. Le tissu fongueux s’affaisse, il devient dur et blanc, et passe à l’état de tissu lardacé. Enfin, le sang arrivant en quantité de moins en moins considérable, et les parties molles et non organisées de l’exsudation étant de plus en plus résorbées, ce tissu lardacé se dessèche, devient dur et opaque, et passe à l’état de tissu fibreux. Celui-ci réunit alors entre elles les diverses parties qui ont été atteintes par la maladie; il ressemble au tissu cicatriciel. Comme lui, il est encore susceptible de laisser ressentir des douleurs passagères lors des changements dans l’état de l’atmosphère. Ce tissu fibreux peut même se charger de sels calcaires, et donner lieu à l’ankylose complète; dans ce cas, les transformations de cette exsudation sont en tout comparables à celles qui ont lieu dans l’exsudation qui produit le cal. La substitution de la sérosité au pus et sa diminution sont donc des signes qui annoncent une marche favorable.
Ceci s’applique, non pas seulement aux tumeurs blanches, mais à toutes les inflammations chroniques; non-seulement aux parties molles, mais de la même manière aux os. Ces derniers peuvent être tout-a-fait dénudés et accessibles au stylet sans être pourtant nécrosés ; il peut y avoir tout simplement inflammation chronique telle que je l’ai décrite. Dans ces cas, on peut voir le pus être remplacé par de la sérosité, celle-ci diminuer peu à peu, et enfin la cicatrisation s’opérer, sans qu’aucune esquille ait été éliminée. J’ai entendu M. Velpeau signaler ce fait dans ses leçons; mais il ne se l’expliquait pas bien, pareequ’il partait toujours de cette idée, que ces os dénudés étaient nécessairement nécrosés. Ce qui précède donne
la raison de ce fait, ainsi que du pronostic favorable fourni par la production de sérosité limpide.
Par suite de ces phénomènes, les articulations olfrent des transformations diverses, que l’anatomie pathologique nous a appris à connaître.