SO
raccourcissement apparent. — Un conçoit facilement que dans cette position la fesse est bombée, tandis qu’elle est aplatie dans la précédente : c’est que le trochanter est dans celle-ci rapproché de la crête iliaque, tandis qu’il en est éloigné dans celle-là.
Il n’y a pas longtemps encore, tout raccourcissement était regardé comme dû à une luxation du fémur. De là de nombreuses erreurs : ainsi Volpers, Albers, Monteggia, ont diagnostiqué de telles luxations dans des cas où l’autopsie venait leur donner un démenti. M. Bonnet avoue avoir commis la même erreur, qui, dit-il, devint la cause première des recherches intéressantes qu’il a faites sur ce sujet.
M. Bonnet a énoncé bien clairement l’existence du raccourcissement apparent; mais il me semble en avoir mal saisi la cause. Selon lui, le malade est d’abord couché sur le côté affecté, et alors il y a abduction et par suite allongement. Mais plus tard, les douleurs augmentant, il se couche sur le côté sain, la cuisse se place dans l’adduction et tous les autres phénomènes sont la conséquence de cette adduction. — Comme on le voit, il applique ici le même principe qui le dirige dans l’explication de l’allongement, et ce principe est erroné par les mêmes raisons. En effet, l’abduction et l’adduction ne provoquent pas l’inclinaison du bassin dans le décubitus, mais seulement dans la station, par la nécessité où se trouve le malade de poser ses deux membres sur le sol. Or, chez les malades qui ne restent pas couchés, et ce sont les plus nombreux, l’abduction et l’allongement sont constants, et parfois on les voit suivis d’adduction et de raccourcissement. Quelle est donc alors la cause qui détermine l’abduction et parfois l’adduction ? M. Bonnet ne peut l’expliquer, parce qu’il néglige le principal agent de la production de ces positions, qui est la contraction musculaire. — M. Bonnet suppose également que l’adduction et le raccourcissement surviennent seulement lorsque, les douleurs augmentant, le malade se couche sur le côté sain. Ceci d’abord ne peut s’appliquer aux cas où le malade ne reste pas couché ; mais laissons même ces cas de côté ; on voit des malades se coucher sur le côté sain, sans que ces phénomènes surviennent; on les voit chez d’autres coïncider avec une diminution des douleurs, et arriver sans aucun changement dans la situation que prend le malade. — Ainsi M. Bonnet, qui a si bien reconnu l’allongement et le raccourcissement apparents, qui les a si bien rattachés aux changements de position des membres et du bassin relativement au tronc, n’a pas su arriver à donner de ces changements une explication satisfaisante. S’il n’y
est pas parvenu, c’est pour n’avoir tenu aucun compte d’une des circonstances essentielles et fondamentales des tumeurs blanches, la contracture des muscles péri— articu laires.
Une remarque que j’ai faite, c’est que souvent la marche de la maladie démontre que la production du raccourcissement a dû coïncider avec la production du pus, ou du moins avec la perforation de la capsule par ce liquide. Cette remarque s’accorde de tous points avec ce qui précède ; car cette circonstance est évidemment de nature à agir sur l’irritabilité des muscles et à modifier leur action.
La colonne vertébrale participe aux déviations du bassin. La colonne lombaire est toujours dans sa partie inférieure dirigée dans le même sens que le bassin, c’est-à-dire vers le côté malade dans l’allongement, vers le côté sain dans le raccourcissement. En revanche, la partie supérieure des lombes et la partie inférieure du dos forment une courbure à concavité tournée du côté élevé du bassin, de façon à ramener le rachis de ce côté, et à rapprocher les côtes du pelvis. Il suit de là que c’est ce dernier qui s’écarte le plus de l’axe des membres, et que les parties supérieures s’en rapprochent au contraire. Cela était nécessaire pour que le malade pût se mouvoir et se tenir en équilibre; aussi cette excurvation appartient-elle à la classe des courbures de compensation. Ce qui le prouve, c’est qu’elle se modifie avec les inclinaisons du bassin.
On observe aussi une autre courbure du rachis : c’est une cambrure trèsforte de la région lombaire, en vertu de laquelle cette région est fortement repoussée en avant, tandis que le sacrum et le dos font saillie en arrière. Pour le comprendre, rappelons-nous qu’il y a toujours une certaine flexion de la cuisse sur le bassin. Si cette flexion est un peu forte, et surtout si le malade se lève, le bassin se portera en avant aGn de permettre au pied d’arriver à terre. La portion inférieure de la région lombaire se portera dans le même sens, c’est-à-dire en avant, et le dos formera une saillie ou courbure de compensation en arrière. La contraction du muscle psoas agit dans le même sens, en tirant en avant les vertèbres lombaires.