‹ Traité des tumeurs blanches des articulationsChapitre 57 sur 107 · MALADIES · texte numérisé non relu

MALADIES

Jusqu’ici, j’ai exposé les symptômes des tumeurs blanches lorsqu’elles surviennent d’emblée dans une articulation, qu’elles sont primitives. Mais, comme on l’a vu dans l’étiologie, elles peuvent aussi être consécutives à d’autres maladies. Je ne parle pas ici de maladies éloignées, telles que les fièvres éruptives, les inflammations puerpérales, la syphilis, la scrofule, parce que dans ces cas, la symptomatologie reste la même. Je ne parle que des maladies de l’articulation et des parties voisines, parce que la forme et la marche de l’affection offrent dans ces cas des différences qu’il importe de noter.

Ces affections peuvent se diviser en maladies de l’articulation et en maladies des parties voisines. Les premières sont : 1° l’entorse et la contusion articulaires ; 2° les plaies articulaires ; 3° la luxation ; 4° l’arthrite aiguë ; 5° le rhumatisme chronique (arthrite sans pus ni tissu cellulo-vasculaire) ; G0 l’hydarthrose.

L’entorse et la contusion des articulations sont, comme on le sait, suivies de douleurs très-vives qui peu à peu vont en diminuant, et qui finissent par cesser tout-à-fait au bout d’un temps plus ou moins long, variant entre huit jours et un mois. Quelquefois il n’en est pas ainsi ; la douleur, après avoir diminué, reste stationnaire ou augmente ; elle prend les caractères décrits précédemment; l’articulation se gonfle, et la peau se tend. Dans ce cas, la congestion, suite nécessaire de la violence, a passé à l'intlammation, et celle-ci prend le type chronique : on a donc affaire à une tumeur blanche à la première période, et les symptômes sont ceux que j’ai décrits précédemment.

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Lorsqu’une plaie articulaire suppure, deux choses peuvent arriver : ou bien le malade est emporté en peu de jours par une arthrite aiguë ; ou bien la douleur et la fièvre s’apaisent, la suppuration devient modérée, et l’on a une arthrite chronique ou tumeur blanche à la seconde période.

L’existence d’une luxation, qu’elle ait été réduite ou non, est une cause d’irritation. Elle amènera donc facilement une tumeur blanche, de môme que l’entorse.

L’arthrite aiguë se termine assez souvent par le passage à l’état chronique. Celui-ci peut appartenir à deux formes : soit à l’arthrite congestive et fibreuse (arthrite chronique de M. Bonnet, rhumatisme chronique des auteurs) ; soit à l’arthrite chronique cellulo-vasculaireet suppurative (tumeur blanche). Dans le premier cas, le gonflement disparaît, les douleurs sont peu intenses, elles disparaissent pour revenir de temps en temps, ainsi que la raideur. Dans le second cas, les douleurs diminuent, mais elles restent vives, elles le deviennent surtout par moments, et augmentent par la pression et les mouvements; l’articulation est tuméfiée, et l’on y perçoit par la fluctuation l’existence d’un liquide. L’arthrite aiguë passe donc à l’état de tumeur blanche à la première période. Ceci a lieu surtout pour l’arthrite aiguë suite de blennorrhagie, peut-être parce qu’on la traite en général peu activement. L’arthrite blennorrhagique peut d’ailleurs aussi être chronique de prime abord et appartenir ainsi d’emblée aux tumeurs blanches.

L’arthrite aiguë rhumatismale peut se terminer par suppuration : SL Bouillaud, M. Amiral en ont rapporté des cas. Si alors elle passe 5 l’état chronique, on a d’emblée une tumeur blanche à la seconde période, avec tous ses caractères. Plus souvent l’arthrite aiguë rhumatismale passe à l’état de tumeur blanche à la première période ; celle-ci suit alors régulièrement sa marche, et se termine par suppuration. Cette transformation n’est pas très-rare, et si bien des personnes le pensent, si les observations en sont peu fréquentes, c’est que, comme l’a dit M. Malgaigne, ce sont les services de chirurgie qui reçoivent ces cas, renvoyés comme guéris ou amé-

liorés des services de médecine.

L’arthrite congestive ou fibreuse, ou rhumatisme chronique, passe avec une extrême facilité à l’état cellulo-vasculaireet purulent. Dans ces cas, les douleurs, d’abord peu vives et fugaces, deviennent intenses et continues ; elles augmentent par la pression et les mouvements ; la raideur est continue ; enfin, l’articulation se gonfle. Ce sont ces tumeurs blanches, précédées de

douleurs rhumatismales, si fréquentes chez les adultes, que l’on a décorées du titre de tumeurs blanches rhumatismales .

La tumeur blanche arrivant à la suite de l’hydarthrose est trcs-facile à reconnaître : l’articulation, d’abord indolente, devient très-douloureuse, d’autant plus que ses tissus sont déjà distendus.

Les maladies des parties voisines qui peuvent donner lieu à des tumeurs blanches sont : 1° le phlegmon de ces parties ; 2° l’inflammation chronique du tissu cellulaire; 3° l’ostéite superficielle (ostéo-périostite) ; 4° l’ostéite profonde (ostéo-myélite) ; 5° les fractures.

Lorsque le phlegmon et l'inflammation chronique du tissu cellulaire s’étendent à l’articulation, celle-ci se tuméfie sur tout son pourtour, les douleurs deviennent plus vives et augmentent davantage par les mouvements ; au bout de peu de temps les ouvertures se mettent en communication avec la cavité synoviale. Une phlegmasie chronique ayant envahi tout le pourtour de l’articulation peut être confondue avec une arthrite, surtout s’il y a beaucoup de fongosités et des trajets fistuleux ; toutefois si elle envahit l’articulation, on reconnaît cette extension par des douleurs très-vives, augmentant par le moindre mouvement. Si avec cela on a des renseignements exacts sur le début et la marche de l’affection, on peut reconnaître que l’on avait affaire à une phlogose extra-capsulaire qui a donné lieu à une arthrite.

Lorsque l’ostéite superficielle passe à l’état de tumeur blanche, on en est averti par une recrudescence des douleurs, et une augmentation considérable de celles-ci par les mouvements. Lorsque c’est l’ostéite profonde, à ses douleurs sourdes et faibles succèdent les douleurs intenses et incompatibles avec les mouvements, qui caractérisent les tumeurs blanches.

Les tumeurs blanches suites de fractures intra-articulaires se reconnaissent à des douleurs qui persistent après la consolidation, et que l’on a quelquefois regardées comme causées par la raideur articulaire et par des irrégularités dues à la consolidation. — Quant aux fractures éloignées, on voit d’abord se développer les symptômes d’une ostéite qui se propage jusqu a l’articulation.

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