‹ Traité des tumeurs blanches des articulationsChapitre 8 sur 107 · CHAPITRE I. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — GÉNÉRALITÉS

On sera peut-être étonné de me voir traiter en première ligne l’anatomie pathologique, avant l’étiologie et la symptomatologie, qui dans Tordre logique sembleraient devoir les précéder. Quelques mots expliqueront cette interversion apparente.

L’anatomie pathologique, telle que l’ont faite les recherches des modernes, constitue la partie la plus positive de la science. Là, l’imagination ne joue aucun rôle; il n’y a ni à exagérer, ni à rapétisser ; il n’y a surtout pas d’hypothèses plus ou moins vaporeuses à aventurer. On décrit ce qu’on voit, ce qu’on touche; on signale des faits, des lésions que chacun peut constater ; et de ces lésions on tire des conclusions sur la nature intime de la maladie. J’évite donc, en commençant par là, cette tendance de l’esprit humain vers le merveilleux, l’incompréhensible, l’inattendu, cette tendance à chercher des explications prématurées ou impossibles, qui caractérise trop souvent les œuvres des anciens. Ici, il ne s’agit pas de tout cela : il s’agit d’examiner un organe malade, de le comparer au même organe pris dans l’état de santé, puis de dire : Il y a là telle ou telle différence ; il y a telle ou telle altération des tissus ; cette altération est le caractère de la maladie, elle la constitue.

Toutefois, comme la nature ne se prête pas à toutes les divisions que nous pouvons établir pour faciliter son étude, il me sera impossible dans ce chapitre de ne pas dire quelques mots de certaines causes et de certains symptômes. De même, dans les chapitres qui traiteront de ces objets, je ne pourrai pas m’abstenir de rappeler quelquefois les lésions anatomiques. Ces points de rappel ne sont pas des redites inutiles; ils sont nécessaires

pour établir l’unité de doctrine, pour relier ensemble, en un seul faisceau, tout ce qui a rapport aux tumeurs blanches.

On donne le nom de tumeurs blanches à des affections organiques chroniques des articulations avec tendance à la production de fausses membranes et de pus. Cette définition est la seule que je puisse donner maintenant; on verra plus loin comment j’arriverai à la changer et à la remplacer par une autre plus positive, plus précise et plus explicite. Mais pour y arriver, il faut préalablement avoir reconnu les caractères de la maladie, il faut avoir précisé sa nature, il faut avoir posé les bases qui permettent de la distinguer des affections voisines et analogues ; je ne pourrai le faire qu’à la suite des recherches auxquelles je vais me livrer.

Quelles sont les lésions que l’on trouve lorsqu’on fait l’autopsie d’une articulation atteinte de tumeur blanche? Toute cette section sera consacrée à la résolution de cette question.

Une articulation n’est pas un organe simple, de texture uniforme, c’est un organe complexe, formé d’éléments multiples; chacun de ces éléments a sa texture propre, subit des influences spéciales, est altéré à sa manière. Chacun deux peut être attaqué primitivement et donner lieu consécutivement à l’altération des autres. Sous ce point de vue, je comparerai l’articulation à l’œil. Celui-ci aussi est formé d’éléments et de tissus multiples ; chacun d’eux peut devenir malade isolément. Mais la maladie s’étend bientôt aux autres, qui en sont très rapprochés, et lorsqu’elle est arrivée à un haut degré, on a une ophthalmie dont on serait bien embarrassé de déterminer le point de départ. — Dans les articulations, lorsque nous avons l’occasion de pratiquer l’autopsie, presque toujours la maladie est arrivée à un très-haut degré : aussi toutes les parties de l’articulation sont-ellesatteintes, et toutes le sont-elles très-fort. Bien rarement on a l’occasion de pouvoir examiner le début de l’affection ; il faut pour cela que le sujet meure d’une affection intercurrente.

J’ai donc à décrire les lésions anatomiques successivement dans les diflércnts tissus qui composent et qui avoisinent les articulations ; je les apprécierai à leurs différents degrés ; puis, en les réunissant, je présenterai le tableau qu’offre en général une articulation affectée d’arthropathie.

Les tissus dont se composent les articulations sont : 1° les os; 2° les cartilages d’incrustation ; 3° les cartilages épiphysaires ; 4° les übro-cartilages ; 5° la membrane synoviale, et 6° les ligaments. Voilà tous les élé-

monts qui entrent dans leur composition, ceux qu’énumèrent les anatomistes lorsqu’ils les décrivent.

Ces parties sont enveloppées de tissu cellulaire, de muscles, de tendons, de bourses muqueuses, de vaisseaux et de nerfs.

J’examinerai successivement les lésions des parties constituantes de l’articulation ; je passerai ensuite à celles des parties enveloppantes, qu'elles soient primitives ou consécutives. Je commencerai par la synoviale, dont les lésions sont les plus constantes, les plus faciles à constater et à expliquer, et aussi comme on le verra plus loin, les plus importantes, celles qui donnent à la maladie sa physionomie propre.

Page 1