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CHAPITRE II. — LÉSIONS DE la membrane synoviale

La synoviale est une véritable membrane séreuse, formée d’un derme et d’un épithélium, comme toutes les membranes tégumentaires. Le derme est constitué par des fibres semblables à celles du tissu cellulaire, mais rapprochées, condensées et enchevêtrées, de façon à constituer une sorte de feutrage. Il contient des vaisseaux capillaires en grand nombre, mais d’une extrême ténuité; une injection pénétrante révèle leur existence, et démontre en même temps combien ils sont nombreux. Lorsqu’elle a bien réussi, la membrane prend une teinte d’un beau rouge, et une forte loupe permet d’y distinguer un réseau de mailles serrées. Une dissection attentive permet aussi de suivre quelques filaments nerveux qui viennent y aboutir et s’y répandre, et le microscope y démontre leur épanouissement. Leur présence explique la sensibilité si vive développée dans les maladies de cette membrane.

Ce derme se continue par sa face externe avec un tissu cellulaire tantôt lâche, tantôt condensé, suivant les endroits où on l’examine; ce tissu s’unit au tissu ligamenteux. C’est lui qui fournit au derme séreux ses vaisseaux et ses nerfs ; il contient des globules adipeux qui, rassemblés sur certains points, y constituent des pelotons graisseux. Ce sont ceux-ci que Clopton-Havers a regardés comme des glandes destinées à sécréter la

synovie, et qu’il a dotés du nom de glandes synoviales. Sa face interne est tapissée par une couche d’épithélium pavimenteux.

Lorsqu’on ouvre une articulation saine, la synoviale apparaît sous forme d’une surface blanche, lisse et polie; son poli lui est donne par la couche épithéliale ; sa blancheur est le fait des tissus fibreux sous-jacents, qui constituent la couche ligamenteuse. Si par la dissection l’on sépare ceux-ci, de manière à ne laisser que la synoviale, elle se montre sous forme d’une membrane très-ténue, transparente, de telle sorte qu’on la croirait dépourvue de vaisseaux. C’est que ceux qu’elle contient en grande abondance sont extrêmement étroits, et n’admettent que de rares globules de sang, trop peu nombreux pour influer sur sa coloration.

Voilà la synoviale à l’état physiologique ; voyons ce qu’elle devient chez les individus affectés de tumeur blanche.

Lorsqu’on ouvre une articulation au début de cette affection, la synoviale offre, au moins par places, une coloration rouge plus ou moins vive, des arborisations vasculaires, dues à la dilatation de ses vaisseaux. Elle a perdu sa ténuité et sa transparence ; elle est plus ou moins épaissie, et en même temps elle est devenue opaque. Cet épaississement et cette opacité sont le résultat du dépôt dans le derme éreux et dans le tissu cellulaire adjacent, d’une matière albumino-fibrineuse. Celle-ci s’organise et se transforme de façon à constituer un tissu de nouvelle formation, que je décrirai plus loin. A un certain degré de la maladie, ce dépôt devient tellement abondant, imprègne tellement les tissus, que le derme synovial, le tissu cellulaire et les ligaments ne constituent plus qu’une masse homogène, consistante, lardacée, entrecoupée d’espèces de faisceaux constitués par les lamelles du tissu cellulaire primitif, ou des tissus nouvellement formés. La synoviale est adhérente aux tissus sous-jacents ; elle tait corps avec eux et ne peut plus en être séparée.

Quelquefois l’épaissement et l’induration existent seuls, sans injection : c’est alors que le dépôt a été tellement abondant qu’il a réduit le calibre des vaisseaux, et les a ramenés à leur ténuité primitive.

Ces caractères (injection et depot albumino-fibrineux) sont surtout prononcés vers les pelotons adipeux dont j’ai parlé et vers les replis des membranes synoviales, parce que c’est là que les vaisseaux sont le plus volumineux et le plus abondants.

En même temps la face interne de la synoviale a perdu son éclat et son poli, sa couleur est mate, et son aspect rugueux, quelquefois granulé.

Celle modification peut provenir de deux causes : tantôt il y a simplement destruction de l’épithélium et dénudation du derme ; tantôt il y a en outre dépôt de fausses membranes à l’intérieur de la cavité, comme on le verra dans le chapitre prochain. Ces lésions n’offrent rien de spécial : ce sont celles que l’on observe sur toutes les séreuses, et même, si l’on veut donner au principe toute la généralisation possible, sur toutes les membranes tégumentaires. Quelquefois la synoviale offre une teinte brunâtre, violacée ou rouge foncé, distribuée par plaques, par taches ou sous forme de pointillé. Cette coloration qui, du reste, est très-rare, est le résultat d’un épanchement sanguin, d’une véritable ecchymose.

Quelques auteurs ont parlé d’ulcérations de lasynoviale, sanssuppuration préexistante ; je n’en ai jamais rencontré; cependant on conçoit leur possibilité. En effet, je viens de dire que l’épithélium peut être enlevé, et qu’il l’est même assez souvent; eh bien ! si par une cause quelconque l’érosion continue et s’étend au tissu même du derme et aux tissus sous-jacents, on aura un ulcère. Je dis que cela est possible ; mais c’est dans tous les cas une altération très-rare, non-seulement ici, mais sur toutes les séreuses, aussi rare qu’elle est commune aux muqueuses et à la peau. — Cette différence s’explique facilement. En effet, ces dernières membranes sont en rapport constant avec les corps extérieurs; lorsque leur couche épidermique ou épithéliale est enlevée ou détruite, l’exsudation albumino-fibrineuse qui se produit est facilement enlevée, et le tissu dermoïde, exposé sans cesse aux influences extérieures, ne se nourrit plus, et subit une destruction. De là vient la guérison si fréquente des ulcères par la simple occlusion, par la préservation du contact avec le monde extérieur. — Dans les séreuses, cette occlusion, cette préservation existent naturellement ; l’exsudation une fois produite persiste; et aucune cause n’agissant pour entamer le derme, il reste entier, bien que dans un état anormal. Toutefois, il est une autre espèce d’ulcérations qui sont très-fréquentes : ce sont celles qui font communiquer la cavité synoviale avec les tissus situés en dehors d’elles. Dans ces cas, la synoviale est perforée en un ou plusieurs endroits, par des pertuis qui mènent à des cavités ou à des trajets fistuleux des tissus péri-articulaires. Ces ulcérations sont dues à ce que des collections intra-articulaires ont distendu la séreuse, l’ont éraillée et déchirée, et se sont fait jour au dehors; ou bien à ce que des collections situées en dehors d’elle s’y sont fait jour, en agissant de la même manière de dehors en dedans. Elles font communiquer la cavité articulaire, soit avec des foyers du tissu cellulaire,

soit plus tard avec l’extérieur. Elles ressemblent tout à fait aux pertuis fistuleux cutanés, et sont comme eux entourés d’un tissu dur, lardacé, ou mollasse et fongueux, constitué par une exsudation albumino-libi ineuse diversement transformée, comme on le verra dans le chapitre suivant.

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