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CHAPITRE II. — Prophylaxie des tumeurs blanches

Pour assurer la prophylaxie des tumeurs blanches, il faut d’abord nous reporter à l’étiologie. Parmi les causes, les unes s’attaquent aux articulations même; les autres, à des parties éloignées de l’organisme. De là deux séries de moyens prophylactiques : moyens locaux et moyens généraux.

Les premiers consistent à combattre d’emblée d’une manière convenable les affections des articulations et des parties voisines, signalées dans l’étiologie. — Ainsi, on traitera énergiquement l’arthrite aiguë par les moyens antiphlogistiques internes et externes; contre l’arthrite chronique, les révulsifs, le colchique, les alcalins, l’iodure de potassium, seront employés avec avantage. — Dans toutes les maladies venues à la suite de violences, plaies, contusions, entorses, fractures, on fera attention qu’il existe deux choses : d’abord les parties divisées dont il faut favoriser la réunion ; ensuite une inflammation imminente dont il faut empêcher le développement. Les moyens locaux qui y parviennent le mieux et le plus sûrement sont l’immobilité et la compression. Or, pour remplir ces indications, le moyen le plus convenableest l’appareil amovo-inamoviblc de M. le professeur Scu lin.

décrit dans ses nombreuses modifications (l). — Cet appareil permet de tenir compte de l’état du membre, et môme de panser les plaies sans déranger l’immobilité, sans devoir renoncer à la compression, comme on le verra plus loin. Indépendamment de cela, on emploiera selon les circonstances un traitement anti-phlogistique (saignées, émétique, purgatifs, frictions mercurielles), que ce n’est pas ici le lieu de développer.

Dans les maladies qui ne sont pas la suite d’une violence, ou au moins pas la suite immédiate et palpable, comme le phlegmon, l’anthrax, les ulcères, l’ostéite, etc., des considérations analogues peuvent être émises. En effet, si elles sont parfois suivies de tumeurs blanches, c’est par extension de l’inflammation ; les meilleurs moyens de prévenir celle-ci, dans la généralité des cas, sont l’immobilité et la compression. Il importera donc encore une fois d’employer l’appareil amovo-inamovible, indépendamment des autres moyens que commandera la lésion. — Mais, dira-t-on, si celleci est la suite d’une production de tubercules, soit dans les os, soit dans les parties molles, empêcherez-vous leur ramollissement, leur expulsion, leur chute dans l’articulation si elle doit avoir lieu? Non sans doute; mais les mouvements font de l’articulation un centre de fluxion, et par conséquent favorisent l’extension vers ce centre de l’inflammation développée autour du tubercule. Il pourrait arriver que, sans ces mouvements, celui-ci se frayât une issue par toute autre voie; et d’ailleurs, ne le fît-il pas, l’inflammation sera toujours moins intense lorsque les mouvements ne viendront pas sans cesse provoquer l’afllux du sang vers l’articulation. — Des considérations analogues sont applicables à toutes les inflammations péri— articulaires : les mouvements entretiennent dans Farticu lation un centre de fluxion, extrêmement favorable à leur extension dans ce sens. On connaît du reste la facilité avec laquelle l’inflammation s’étend d’un tissu aux tissus voisins, surtout si une cause irritante vient agir sur ceux-ci. Il importe donc d’empêcher sa persistance par le maintien de l’immobilité.

Que l’articulation constitue un centre de fluxion dans les divers mouvements dont elle est le siège, c’est ce que prouvent l’exhalation et l’absorption rapides de synovie dont elle est alors le siège. Gelte exhalation et cette absorption sont prouvés péremptoirement par les expériences de M. Jules Guérin (1). — Quand on adapte un tube recourbé à une ouverture prati-

(]) Seutin, Traité de la méthode amovo-inamovible. Bruxelles, 1849.

(2) Jules Guérin, Mémoire sur l’intervention de la jiression atmosphérique dans le mécanisme des exhalations séreuses. P, iris, 1840,

quée à travers un os à l’articulation d’un cadavre, et que l’on verse dans ce tube un liquide, on voit ce liquide monter et descendre selon les mouvements que l’on imprime au membre. Elles sont prouvées aussi par les injections forcées de M. Bonnet, qui démontrent la différence de capacité des capsules articulaires dans les diverses positions.

Indépendamment du moyen que je viens d’indiquer, et qui est à proprement parler prophylactique, il faut traiter avec soin les affections voisines désarticulations, selon les indications qu’elles présentent. Ainsi on ouvrira de bonne heure les abcès tant chauds que froids; on fera dans les anthrax des incisions larges et multiples; on traitera convenablement les inflammations des gaînes synoviales, du tissu cellulaire et des os, dont je n’ai pas à m’occuper spécialement ici.

De toutes les maladies dont il vient d’étre question, l’entorse est celle qui est le plus souvent suivie de tumeur blanche. Il importe donc d’apporter à son traitement la plus grande attention. Lorsqu’on veut, ce n’est pas bien difficile ; car sur toutes celles que j’ai traitées et vu traiter par l’immobilité et la compression, comme je l’ai dit, je n’ai pas noté un seul cas d’insuccès. Ce traitement est du reste, par la facilité de son application et par la faculté de marcher qu’il procure au patient, bien préférable à l’immersion dans l’eau froide prolongée pendant 8 à 20 jours, comme le recommande M. Baudens.

Parmi les affections éloignées de l’articulation qui amènent des tumeurs blanches, nous avons remarqué surtout la métrite puerpérale, et l’uréthrile ou blennorrhagie. On les préviendra donc en traitant ces affections soigneusement et par des moyens efficaces.

Parmi les causes prédisposantes, j’ai énuméré d’abord la position et les fonctions des parties, et j’ai dit que les membres inférieurs et le rachis semblaient par là prédisposés aux tumeurs blanches. Il faut donc prêter la plus grande attention aux contusions, aux entorses, aux rhumatismes de ces parties; cela doit valoir surtout pour le genou, la hanche et le rachis, vu la gravité du pronostic des tumeurs blanches de ces parties.

J’ai cité l’enfance comme prédisposant aux tumeurs blanches, et surtout à celles du rachis et de la hanche. Les moindres lésions de ces parties doivent donc, encore plus à cet âge qu’à tout autre, être prises en grande considération par le praticien, et suivies par lui avec la plus scrupuleuse attention.

Le tempérament lymphatique prédisposant aux tumeurs blanches et à

une foule d’autres affections, aux maladies chroniques en général, à la scrofule, même à la syphilis, il faut chercher à le corriger, surtout lorsqu’il est très-prononcé. Heureusement on peut y parvenir ; pour cela, on conseillera un exercice continu en plein air; des transpirations fortes; une alimentation substantielle, mais peu abondante, les viandes rôties, le pain, les bières fortes, le vin de Bordeaux ; l’abstinence d’aliments aqueux, de soupe, de légumes ; l’huile de foie de morue, et l’iodure de potassium, à doses peu élevées, un à dix grains (5 à 50 centigr.) par jour. Ce traitement repose sur la connaissance des circonstances memes qui constituent ce tempérament. On y trouve, comme je l’ai dit, un sang abondant, riche en sérum et pauvre en parties solides. Le régime que j’ai conseillé tend à augmenter celles-ci, à favoriser leur formation ; l’huile de foie de morue a, comme on le verra plus loin, la même action ; l’iodure de potassium tend au contraire à diminuer le sérum, à condenser la fibre, à resserrer les capillaires, à dessécher en quelque sorte l’organisme. Voilà pourquoi, employé à hautes doses, il affaisse les tumeurs, les hypertrophies organiques, et finit par produire même l’amaigrissement de l’individu. Les transpirations et les purgatifs lui sont dans ce sens d’utiles adjuvants. — De plus, chez les personnes de ce tempérament, comme chez les enfants, il faut faire attention aux moindres lésions des articulations ou de leur voisinage, et les traiter d’une façon appropriée.

Quant à l’hérédité, lorsqu’on aura à traiter une famille dans laquelle soit les parents, soit des frères ou des sœurs auront été atteints de tumeurs blanches, on fera bien de soumettre les enfants au régime que je viens d’indiquer, et de faire, comme je l’ai dit, attention aux moindres lésions.

La débilitation de l'économie, qu’elle soit primitive ou consécutive à une maladie grave, prédispose aux tumeurs blanches et aux phlegmasies chroniques en général. Il importe donc de la combattre, ce que l’on fait par l’exercice en plein air, autant que le malade peut l’exécuter; par un régime analeptique; par l’huile de foie de morue et par les ferrugineux.

Restent maintenant la syphilis et la scrofule. Je ne parlerai pas ici de leur traitement, vu que je ne ferais que répéter ce que j’aurai à en dire lorsqu’il s’agira du traitement général des tumeurs blanches. Je dirai seulement que sous leur influence comme sous celle des causes précédentes, il faut accorder plus d’attention que dans toute autre circonstance aux lésions des articulations et des tissus voisins.

CHAPITRE 111. — Traitement des tumeurs dlanciies en général. — Traitement local de la première période.

La tumeur blanche est déclarée; il ne s’agit plus de prévenir, il faut guérir. Comment y parviendra-t-on? Telle est l’importante et difficile question que je dois maintenant aborder.

Le traitement des tumeurs blanches doit être appuyé exclusivement sur la physiologie pathologique, sur les données que nous avons acquises sur leur nature, sur la filiation des altérations qui les constituent.

Nous aurons donc à passer en revue successivement le traitement des trois périodes. Dans chacune d’elles, nous aurons à considérer le traitement local, qui agit sur la partie même ; et le traitement interne, qui agit par l’intermédiaire des voies digestives ou circulatoires. Ainsi : 1° traitement local de la première période; 2° de la seconde période ; 3° traitement interne de ces deux périodes; 4° traitement de la période de marasme : tels sont les différents points à examiner. — Il y a encore le traitement général, c’est-à-dire le traitement des états divers de l’économie sous l’influence desquels surviennent les arthropathies ; il viendra à la suite des considérations précédentes.

Pour arriver à une thérapeutique rationnelle, il faut prendre pour point de départ la nature de la maladie, il faut remonter à sa définition.

Les tumeurs blanches, ai-je dit, sont des arthrites exsudatives avec tendance à la production de pus et de tissu cellulo-vasculaire. — Il y a là quatre éléments distincts : 1° l’afflux anormal du sang; 2° l’exsudation plastique; 3° l’organisation du tissu cellulo-vasculaire ; 4° la production du pus. C’est sur la considération de ces quatre éléments que repose et que doit reposer tout le traitement des tumeurs blanches. Ayant à m’occuper ici seulement du traitement de la première période, les trois premiers de ces éléments seront seuls pris en considération.

Au début de la première période, les deux premiers éléments existent seuls : l’afflux sanguin et l’exsudation ; celle-ci est même encore liquide et n’a subi aucune transformation. — L’indication consiste donc à empêcher la continuation de ces deux phénomènes. La première condition pour la remplir est d’assurer l’immobilité complète de l’articulation ; par là on annihile une des causes qui tendent à en faire un centre de fluxion , car les mouvements ont celle action, comme il a été démontré précédem-

ment. L’immobilité met la circulation à même (le s’équilibrer, de se régulariser, et même de reprendre l’exsudation anormale qui a été déposée dans les tissus.

Mais il est encore un autre moyen d’action qui agit dans lemême sens , et qui s’allie parfaitement avec le précédent : c’est la compression. La compression, tendant à rapprocher les parties , rétrécit les vaisseaux et empêche l’adlux excessif du sang. Par là, elle met obstacle à la formation de nouvelles exsudations; en tendant à rapprocher les tissus, à rétrécir leurs mailles, elle tend à répartir sur une plus grande surface les matières exsudées, et favorise de cette façon leur résorption. C’est une action analogue à celle qu’elle exerce dans les épanchements sanguins suites de contusions.

Ainsi, immobilité et compression : voilà les deux grands moyens que la physiologie pathologique nous indique comme devant être appliqués au début de la première période.

Plus tard, lorsqu’il y a déjà organisation de l’exsudation sous forme de tissu cellulo-vasculaire, les indications consistent 1° à réprimer l’afllux du sang et à empêcher ainsi la formation d’une nouvelle exsudation ; 2° à favoriser la transformation du tissu cellulo-vasculaire en tissu cellulo-fibreux. — La première indication est remplie, comme je viens de le dire, par la compression et l’immobilité. Quant à la seconde, cette transformation qu’il s’agit d’obtenir est une vraie cicatrisation; car celle-ci aussi consiste dans le passage d’un tissu vasculaire et fongueux à un tissu fibreux. Les conditions qui favorisent la cicatrisation seront donc favorables ici. Parmi ces conditions, la première est l’immobilité, car tout mouvement contrarie, gêne le travail organique en dérangeant la circulation. La seconde est une compression modérée qui empêche un afflux considérable de sang et met obstacle au développement exubérant du tissu vasculaire, constitué par les bourgeons charnus. — Ces conditions sont les mêmes partout où une organisation doit s’opérer : dans les plaies, les ulcères, les contusions, les fractures, etc.

Il est encore quatre éléments dont ce qui précède a'prouvé l’importance, bien qu’ils soient consécutifs aux précédents; ce sont: 1° la douleur; 2° les positions; 3° les déplacements et luxations; 4° la contraction spasmodique des muscles. La compression agit sur ceux-ci en empêchant, ou du moins en diminuant leur contraction. L’immobilité empêche la production de tout déplacement. Elle maintient le membre exactement dans la position qu’on

a jugé à propos de lui donner. — Quelle doit être celle-ci? C'est ce que j’examinerai prochainement. Quant à la douleur, l’immobilité de l’organe affecté et la compression constituent des calmants qu’aucun autre ne saurait remplacer.

Ainsi, pendant toute la durée de la première période des tumeurs blanches, l’immobilité et la compression sont les moyens que la physiologie pathologique indique comme les plus rationnels, les plus directement applicables. — La première est appliquée depuis longtemps: A. Paré, Desault, Boyer, Brodie, la recommandent; MM. Malgaigne et Bonnet l’appliquent avec succès. La seconde a été employée aussi par A. Paré, et de nos jours par Scott et M. Yelpeau. Enfin, l’association de ces deux principes, comme je l’ai indiquée, a été opérée surtout par MM. Seutin, de Lavacherie, A. Frédéricq, Burggraeve, etc.

Quant à l’application des appareils propres à réaliser ces principes, son importance me détermine à y consacrer un chapitre spécial, comme je le ferai pour les positions. — Dans celui-ci, je me borne à étudier les principes généraux.

On a encore recommandé contre les tumeurs blanches : 1° les saignées locales; 2° les émolliens; 3° les narcotiques; 4° les astringents et l’eau froide; 5° l’incubation ; 6U les résolutifs; 7° les révulsifs.

Les saignées locales ont été vivement recommandées par Latta (1) et Lisfranc. Quel est leur mode d’action? Est-ce bien parla soustraction du sang qu’elles agissent? Evidemment non. — Pour le déterminer avec exactitude, il faut nous reporter à la nature des maladies auxquelles on les oppose. Ce sont des congestions, des raptus sanguins, des afllux anormaux de sang vers certains points de l’économie. Or, comment les sangsues et les ventouses scarifiées guérissent-elles ces affections ? En dérivant le courant sanguin de ce point vers un autre vers lequel on l’attire, en appelant le sang à l’extérieur. La facilité avec laquelle cet appel dérivatif s’opère, sa rapidité, sont en raison directe de la rapidité du raptus lui-même; il sera donc difficile dans les phlegmasies chroniques, et d’autant plus qu’elles seront plus chroniques. Dans ces dernières, pour jouir de quelque efficacité, elles devront être souvent répétées; à ce prix seulement elles sont utiles. C’est ce que Boyer avait fort bien compris lorsqu’il préconisait les sangsues dans les tumeurs blanches rhumatismales, survenant chez des

(1) Latta, System of surgery . London, tome 1.

sujets adultes et robustes, et lorsqu’il les bannissait chez les entants et les sujets lymphatiques, en un mot dans ses tumeurs blanches scrofuleuses. — Elles ne sont d’ailleurs pas sans certains inconvénients dans les tumeurs blanches des articulations superficielles, telles que le genou, le pied, le poignet, où la peau recouvre presque immédiatement l’articulation : l’écoulement fini, l’afilux du sang déterminé vers ces parties ne se tournera-t-il pas de la peau vers l’articulation, pour aller augmenter la turgescence de celle-ci? — Cet inconvénient ne pourra être évité que si l’on peut renouveler et prolonger à volonté l’évacuation. — Ainsi donc, si les saignées locales peuvent être utiles, ce n’est qu’à condition de pouvoir être fréquemment répétées; si elles ne peuvent nuire, c’est dans les mêmes conditions. Ces données sont confirmées par les cas innombrables où une seule application de sangsues n’a rien produit. En voici un choisi entre beaucoup.

Tumeur blanche (lu (jenou.

La petite F. de JYI., de tempérament lymphatico-sanguin, âgée de 5 à G ans, éprouve depuis G semaines des douleurs au genou gauche; ce genou dépasse le droit de 2 centimètres en circonférence; il est au quart de flexion ; les muscles fléchisseurs sont tendus. — Il y a 15 jours, une application de sangsues fut pratiquée loco dolenti ; aucune amélioration ne s’en suivit ; la douleur et le gonllement continuèrent à s’accroître.

On plaça le genou dans l’extension modérée; on appliqua un appareil compressif immobilisateur tel que je le décrirai ; on ordonna à l’intérieur l'huile de foie de morue. — Ces moyens amenèrent une rapide amélioration.

Ainsi, les saignées locales sont applicables exclusivement chez les adultes forts cl robustes, capables de les supporter prolongées et répétées. En dehors de ces conditions, elles ne font aucun bien, et dès lors elles sont nuisibles.

Que dire des émoi liens, des cataplasmes, des lotions d’eau de guimauve, etc., qui sont encore pour la plupart des praticiens le pont aux Anes dans le traitement local des tumeurs blanches? Pour savoir ce qu’il faut en penser, examinons leur action. Leur effet est de dilater les tissus, d’y appeler les fluides, de les congestionner. Cela résulte directement des

phénomènes qui résultent de leur application : les parties se gonflent et la peau devient rouge et se couvre parfois d’une éruption. Aussi, dans quels cas sont-ils utiles? Là où l’afflux du sang et l’exsudation sont tellement rapides et intenses que la circulation et l’innervation en sont gênées, qu’il y a étranglement des tissus. Alors les cataplasmes émollients font du bien en relâchant ceux-ci et en favorisant la circulation. Mais aussitôt cet effet produit, ils deviennent nuisibles en entretenant la fluxion, lis le sont donc dans toutes les phlegmasies chroniques (5 moins de phénomènes aigus intercurrents); dans les tumeurs blanches en particulier ils favorisent et entretiennent la production des fongosités et du pus.

Les narcotiques sont utiles dans les cas où les douleurs sont assez vives pour enrayer l’exercice des fonctions digestives ou pour empêcher le sommeil. Il ne faut pas toutefois les regarder comme capables à eux seuls d’amener la guérison. Ce sont seulement d’utiles adjuvants, d’autant plus que la douleur, qui reconnaît pour cause première l’inflammation, tend à son tour à accroître celle-ci, à provoquer l’afflux du sang, et constitue ainsi par elle-même un élément important de la maladie. — J’ai employé avec succès dans ce but les cataplasmes laudanisés, et ceux de feuilles de belladone, de datura stramonium et de ciguë. Toutefois ils ont le défaut d’agir comme émolliens, et d’avoir ainsi les inconvénients précédemment énumérés. J’ai réussi à calmer les douleurs avec la pommade au chloroforme, à la dose de un à 4 gros (4 à 15 grammes) par once (30 gr.) d’axonge, surtout chez les personnes nerveuses. Cette pommade est préférable aux liquides composés d’éther et de chloroforme, ou d’alcool camphré et de chloroforme, parce que ceux-ci, agissant comme rubéfiants, empêchent la pénétration et l’absorption de l’agent anesthésique. Mais l’action du chloroforme est toujours très fugace. On peut y ajouter de l’acétate de morphine à la dose de 5 à 10 grains (25 à 50 ccntig.) par once, ou du cyanure de potassium à la môme dose. On peut aussi employer ceux-ci seuls. Je préfère beaucoup la pommade belladonée composée comme suit :

Extract, alcool, bellad. , 2 gros à l once (8 à 30 grammes).

Axung. recent, 1 once (30 grammes).

Olei olivarum, une demi once (15 grammes).

On peut modifier cette pommade en y ajoutant de l’extrait de ciguë, en proportion égale à celle de l’extrait de belladone, on bien de l’acétate de morphine ou du cyanure de potassium.

Si malgré l’emploi de ces moyens les douleurs persistent, et surtout si elles appartiennent à la catégorie des douleurs névralgiques ou sympathiques, on pourra employer l’acétate de morphine en ouvrant à l’absorption une voie plus directe. Dans ce but, on peut l’inoculer sous l’épiderme sous forme de dissolution concentrée, comme l’a fait dans les névralgies simples M. Victor Uytterhoevcn. On peut encore l’employer par la méthode endermique ordinaire, en appliquant sur la surface du derme, dénudée par un vésicant, un demi-grain h un grain (2 à 5 centig.) d’acétate de morphine, une ou deux fois par jour, selon la susceptibilité du malade.

L’acétate de morphine ne doit jamais être appliqué chez les enfants, à cause de la facilité avec laquelle il donne lieu chez eux à des accidents dont on ne sait plus se rendre maître.

On a employé aussi les astringents, l’eau vinaigrée, l’eau de Goulard, l’extrait de Saturne, etc. Ces moyens resserrent les vaisseaux cutanés, et peuvent ainsi avoir diminué la rougeur et le gonflement dans certaines arthropathies dans lesquelles l’inflammation s’étendait à la peau. Mais que peuvent-ils contre l’arthrite ? Quelle peut être, dit fort bien M. Nélaton, leur puissance sur une maladie qui désorganise aussi profondément les tissus?

Je n’en dirai pas autant de l’eau froide, soit en applications, soit en irrigations, et surtout de la glace. J’en ai vu des effets patents : elle produit un resserrement énergique des tissus et des vaisseaux analogue à celui déterminé par la compression, et porte comme elle son action des parties externes vers les parties internes. Deux conditions sont nécessaires à son succès : l’immobilité du membre et la continuité des applications froides. Ses inconvénients sont 1° la gêne qu’elle fait éprouver au malade et aux assistants ; 2° l’immobilité à laquelle elle condamne le premier ; 3° le danger d’une réaction inflammatoire si par négligence les applications sont interrompues ; 4° le danger de déterminer des inflammations internes, bronchites, pleurésies, pneumonies, etc., par l’action du froid, surtout s’il arrive que l’eau coule dans le lit du malade. Je recommanderais l’emploi du froid, si la compression ne remplissait la même indication sans en avoir les inconvénients.

Après le froid, on sera sans doute étonné de voir figurer la chaleur. L’air chaud a été recommandé au dernier siècle par Faure, dans celui-ci par M. Viricel de Lyon, puis par M. J. Guyot (1) Ces derniers auteur

(1) J. Guyot, Traité de l'incubation cl de son influence thérapeutique. Paris.

recommandent une chaleur de 35 à 40 degrés. Pour l’obtenir, on place l’articulation malade dans une boîte qui reçoit un tube recourbé aboutissant au-dessus d’une lampe à esprit de vin. — M. Viricel a employé aussi les applications de sable ou de cendres chaudes. — Comment agit la chaleur? De deux façons : c’est d’abord un excitant ; c’est ensuite un agent qui favorise l’organisation des tissus, l’évolution organique. En effet, la formation de tous nos organes, celle de notre être tout entier, celle du sang, celle des cicatrices, s’effectuent sous l’influence d’une température déterminée par la nature, et nécessaire à l’accomplissement de ces phénomènes. — La chaleur, appliquée comme je viens de le dire, remplit donc l’une des indications énoncées précédemment, de favoriser révolution du tissu cellulo-vasculaire. Mais en même temps elle favorise l’afflux des fluides. Elle ne pourra donc être utile que dans les cas où cet afflux est presque nul, où l’organisation reste presque la seule indication. Aussi M. Yiricel la recommande-t-il seulement dans les arthropathies très-chroniques et indolentes. M. Guyot la recommande dans tous les cas ; mais ses succès ne sont rien moins que probants, surtout si l’on fait la part de l’immobilité à laquelle il condamne les parties malades, et qui a bien aussi son mérite.

L’incubation est d’ailleurs réalisée aussi par les appareils immobilisateurs et compressifs, comme l’a fait le premier ressortir M. Burggraeve (1). Ce chirurgien a même cru la rendre plus complète par l’adoption de l’appareil ouaté, que j’examinerai plus tard. — L’incubation ainsi exercée a une foule d’avantages sur celle due aux procédés que je viens d’indiquer : 1° elle ne condamne pas le patient à l’immobilité complète ; 2° elle n’exige pas d’appareils spéciaux ;3° la compression corrige soi» action fluxionnaire ; 4° elle ne dépasse jamais la température normale de l’organisme, la seule convenable à l'évolution des tissus, et ne reste pas non plus en dessous ; 5° enfin, elle conserve sous cette forme toutes les propriétés qui peuvent la faire rechercher.

C’était à la fois comme incubateur et émollient qu’agissait le moyen proposé par Richerand (2) : il enveloppait l’articulation d’un morceau de taffetas ciré dont les bords étaient collés à la peau, et le laissait quelques

(1) Burggraeve, De l’appareil ouaté (Presse médicale belge, 18 10). —/</., Tableaux synoptiques de clinique chirurgicale. Gand, 1850.

(2) Richerand, Nosographie chirurgicale. Paris, t. III.

jours en place, il trouvait alors la peau humide et comme macérée, et s’en félicitait. — Je ne cite que pour mémoire ce fait, qui ne constitue pas une méthode, mais un informe essai.

Les douches sont des moyens excitants et perturbateurs dont l’action est d’assouplir les tissus, de les exciter, et de régulariser la circulation. Aussi ne peuvent-elles être employées que dans les tumeurs blanches indolentes et très-chroniques. Voici d’ailleurs ce qu’en dit M. Nélaton : a Elles sont » surtout utiles dans les engorgements articulaires chroniques qui succè- » dent à la période inflammatoire, lorsque l’on a été assez heureux pour » l’arrêter dans sa marche; elles agissent alors comme le massage, les fric- » lions sèches, les frictions avec les divers liniments excitants, etc. Elles » réussissent même souvent là où ces moyens thérapeutiquesont échoué. — » Mais si l’on voulait les employer alors qu’il existe encore de la douleur » accompagnée de chaleur et d’élancements dans la jointure, on risquerait » de voir les symptômes s’exaspérer sous l’influence de cette thérapeuti- » que intempestive. » — Cette appréciation est très-juste ; elle nous prouve que les douches appartiennent à la période de réparation, et non à celle d’inflammation. J’aurai donc à y revenir plus tard. — Je dirai la même chose des bains.

Les résolutifs sont l’onguent mercuriel, les pommades iodurées, la teinture d’iode; comme ces moyens agissent par absorption, d’une façon analogue à celle des moyens internes, j’en parlerai en même temps que de ceux-ci.

Les révulsifs sont, après la compression et l’immobilité, les moyens les plus efficaces dans le traitement des tumeurs blanches. Ils ont provoqué des jugements très-divers, les uns ayant été jusqu’à douter de leur utilité, les autres les ayant vantés avec une exagération hyperbolique. — Je tâcherai de les apprécier impartialement et à leur juste valeur dans le prochain chapitre.

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