CHAPITRE Vil. — Application dis la compression
La compression semble avoir clé employée de toute antiquité dans le traitement des tumeurs blanches chroniques, avec gonflement et douleurs peu intenses. Hippocrate, Galien, A. Paré en faisaient usage. De nos jours,
cet agent abandonné en France, a été d’abord repris par les Anglais : Brodie, Crutwell, Lloyd, S. Cooper, l’ont recommandée, mais Scott surtout en a fait usage et l’a mise en vogue. Ainsi qu’on l’a vu précédemment, la compression agit en resserrant les vaisseaux, en empêchant l’afllux du sang, en tendant à répandre dans les tissus les fluides exsudés. Son action a été parfaitement appréciée par Lisfranc, par M. Velpeau, et surtout par De Lavacherie. M. Bonnet au contraire n’en a pas compris toute la portée ; ainsi voici ce qu’il dit : « La compression ne remplit que quelques indica- » lions accessoires, comme l’expression des liquides et l’obstacle mis à leur » abord trop facile, et encore ce résultat n’est-il obtenu que pour les tissus » superficiels; les parties profondes, les ligaments, les os, les cartilages » et les synoviales échappent toujours plus ou moins complètement à » son action. Il ne faut donc y avoir recours que comme un moyen » auxiliaire. »
Ce passage contient presque autant d’erreurs que de mots. Ainsi, l’expression des liquides et l’obstacle mis à leur abord trop facile, est-ce une indication accessoire? C’est bien une indication essentielle, d’après les données que nous avons acquises précédemment, et qui toutes sont basées sur la physiologie pathologique. — Mais ce résultat, selon M. Bonnet, n’est même acquis que pour les tissus superficiels; déjà les ligaments et les synoviales y échappent, à plus forte raison les os. J’avoue que je ne comprends pas bien cette idée : en effet, lorsque l’on comprime la peau, celle-ci n’exerce-t-elle pas à son todr une action compressive sur les tissus sous-jacents, ne leur transmet-elle pas en partie la force qui lui est appliquée? C’est impossible autrement; et avec une compression bien faite, ce ne sont pas seulement la peau et le tissu cellulaire qui sont comprimés, mais les muscles, les tendons, les ligaments, les synoviales et le périoste ; tout enfin jusqu’aux os. A la surface de ceux-ci, l’effet de la compression s’arrête; en effet, pour qu’elle soit transmise, il faut qu’elle agisse sur un tissu capable de la transmettre, c’est-à-dire sur un tissu capable de flexion et de tension ; or, le tissu osseux, je l’ai déjà dit en parlant de son prétendu gonflement, est inflexible et inextensible. M. Bonnet commence donc à avoir raison seulement lorsqu’on arrive aux os.
D’ailleurs, en voulez-vous d’autres preuves ? Comprimez modérément une partie quelconque d’un membre, et cette partie diminuera de volume, tandis que celles placées au-dessous en augmenteront, deviendront œdémateuses. Il y a donc par la compression : 1° expression des fluides ;
2° ralentissement de la circulation. Or, si ce dernier a lieu, c’est que l’artère principale du membre y amène le sang en quantité moindre et d’une manière moins rapide. Ce ne sont pas seulement les parties superficielles du membre dans lesquelles cet effet aura lieu, mais toutes les parties auxquelles cette artère se ramifie, c’est-à-dire également les parties profondes, et môme les os. — En voulez-vous une preuve pratique? Comprimez longtemps un membre, pendant plusieurs mois, et vous le verrez diminuer de volume, s’atrophier. C’est le même résultat que produit l’immobilité prolongée ouïe défaut d’exercice, et il est dû à la même cause. En effet, les mouvements ont pour conséquence d’accélérer la circulation, d’appeler le sang vers la partie qui en est le siège ; si on la met dans l’état de repos, ce fluide affluera en moindre quantité, la nutrition sera d’autant moins active, et l’atrophie s’en suivra. La compression produit le même effet, seulement elle le produit avec plus de rapidité, car elle ne fait non-seulement rien pour activer la circulation, comme l’immobilité, mais de plus elle tend, comme on vient de le voir, à la ralentir.
Voulez-vous d’autres preuves de la puissance de la compression sur les parties profondes! Comprimez inégalement et trop fort un membre, et vous verrez les battements artériels y cesser, et vous le verrez tomber en gangrène, non pas seulement la peau, mais toutes ses parties jusqu’aux os : c’est même là un des reproches que ses adversaires ont adressé à cet énergique moyen thérapeutique , que M. Bonnet regarde comme si peu important.
Et dans l’arthrite aiguë, le rhumatisme articulaire aigu , vous allégez quelquefois d’une manière inespérée les douleurs, en serrant bien fort les articulations au moyen d’une bande. Ces douleurs ont pourtant pour siège la synoviale ; la compression étend donc son action jusqu’à celle-ci.
Mais les os ressentent-ils aussi la puissance de la compression ? De Lavacherie prétend qu’oui, M. Thirion, de Namur, prétend que non. En effet, dit celui-ci, selon De Lavacherie lui-même, la compression même forte de certaines articulations, telle que celle du genou, n’interrompt pas la circulation profonde ; donc elle n’agit pas sur les parties profondes, telles que les os. — Pour être tout-à-fait logique, M. Thirion devait soutenir, comme M. Bonnet, qu’elle n’agissait pas même sur les ligaments et la synoviale; mais il ne le pouvait pas, car l’évidence des faits était trop palpable.
Le raisonnement de M. Thirion n’est qu’un paralogisme : De Lavacherie
a bien dit que lu compression n'interrompait pas la circuldtion du mem lire, et il l’a dit pour rassurer les esprits timorés. Mais, remai quons-le bien, il a dit interrompu ; or, ce n’est pas interrompue qu’elle est, mais gênée et ralentie. L’action de la compression, ai-je dit, s’arrête 5 la surface de l’os ; mais d’où celui-ci tire-t-il ses vaisseaux ? N’est-ce pas des parties molles, ou, plus généralement, des vaisseaux qui alimentent le membre? Si donc vous ralentissez la circulation dans ces parties, dans ces vaisseaux, elle sera aussi ralentie dans les os; l’afflux sanguin ne pourra plus y être excessif, et les exsudations diverses qu’ils peuvent contenir tendront, ou à être résorbées, ou à s’organiser définitivement selon les lois que j’ai posées.
C’est ce que De Lavacherie avait fort bien compris lorsqu’il établissait sa théorie de l’atrophie. En effet, sous l’influence d’une compression continue, surtout jointe à l’immobilité, le membre s’atrophie ; l’os du membre doit donc aussi s’atrophier, aussi bien que les autres parties, la circulation y étant gênée au même titre. Toutefois, ce n’est pas justement cette action atrophique que l’on recherche ici, comme le pense le professeur de Liège, c’est l’action antiphlogistique, qui favorise le dégorgement, l’absorption et l’organisation.
De Lavacherie pense que la pression agit aussi directement sur le tissu osseux raréfié ; mais elle devrait être bien forte, et le tissu bien raréfié pour cela ; d’ailleurs, cette action ne s’étendrait jamais au-delà de la couche superficielle.
Les faits viennent d’ailleurs à l’appui, dans lesquels l’immobilité seule ne suffit pas, tandis qu’elle réussit associée à la compression. Sans parler de ceux de De Lavacherie, nous avons ceux de M. Velpeau. Ce chirurgien avait d’abord dit que la compression était inutile dans le traitement des arthropathies osseuses ; — plus tard, en parlant du mémoire du professeur de Liège, il l’accusa d’avoir été peut-être trop enthousiaste, la compression ne pouvant exercer aucune influence sur la marche de la maladie. Eh bien ! Il ne tarda pas à en revenir, et voici comment il s’exprime dans l’avant-propos de sa clinique chirurgicale, tome III : « Dans le courant du mois de mai der- » nier, deux malades admis à l’hôpital de la Charité, vinrent nous mettre » à même de nous convaincre des bons effets de la compression contre » certaines affections osseuses. En présence de ces succès, et de plusieurs » autres dont nous fumes bientôt témoins, M. Velpeau, qui n’a jamais en » vue que la vérité dans toutes ses recherches, ne balança pas à déclarer
» que, contrairement à l’opinion émise par lui dans des leçons préce - » «lentes, la compression est réellement utile dans le traitement des arthro- » patliies des parties dures. »
D’ailleurs, une tumeur blanche n’est pas une affection du tissu osseux, c’est une arthrite, et sur les tissus articulaires la compression agit directement. Ce qu’on appelle arlhropathie des parties dures, est ou bien une arthrite qui s’est compliquée d’ostéite intense, ou bien une ostéite à la suite de laquelle est survenue une arthrite. Or, supposez que la compres-
sion borne son action à réprimer celle-ci seulement, à ne laisser qu’une ostéite simple, elle aurait encore rendu un immense service. Nous avons vu précédemment qu’il n’en est pas ainsi, et que son action s’étend plus loin.
Toutefois il y a une différence bien importante entre les effets de la compression sur les parties molles et sur les os. Sur les premières elle agit d’une manière immédiate, de façon à en exprimer directement les liquides en rapprochant leurs fibres. Sur les os, son action est tout indirecte, et due uniquement au ralentissement de la circulation; elle ne peut tendre directement à rapprocher leurs cellules. Cette différence est bien importante à noter, si l’on ne veut éprouver des déceptions par l’emploi de la compression. Ses effets sur les parties molles sont généralement rapides, et au bout de peu de temps on constate déjà une diminution dans le gonflement. Sur les os, au contraire, ils sont excessivement lents, d’une lenteur en rapport avec celle que met à se faire la réparation dans ces organes. Voilà comment il se fait que la compression peut faire disparaître tout gonflement, alors que des trajets fistuleux, par lesquels on touche les os, indiquent que la guérison de l’ostéite se fera encore attendre.
J’ai jusqu’à présent considéré la compression uniquement au point de suc du système vasculaire ; mais quelle est son action sur le système nerveux? C’est un calmant de ce système : une foule de faits le prouvent. Ainsi, que l’on ait mal à un doigt, que l’on se coupe, et la compression rendra la douleur moindre. J’ai parlé précédemment de l’effet de la bande roulée sur les douleurs de l’arthrite aiguë. Et voulez-vous des faits où le système nerveux soit seul en jeu? Les névralgies ne sont-elles pas souvent calmées par une forte pression?
Les appareils compressifs ont encore une autre action : ils préservent la partie de tout contact de l’air, de la lumière et du frottement des corps environnants. Ces agents tendent à appeler le sang vers les points qu’ils
atteignent, à y activer la circulation : aussi les parties laissées à nu sontelles plus volumineuses et plus coloriées que celles constamment recouvertes ; parmi celles-ci, celles qui éprouvent le plus de frottements le sont le plus. Enfin, ils fatiguent les muscles et tendent ainsi à faire cesser leur état de contraction.
Comment la compression doit-elle être appliquée? Ecs uns commencent par appliquer la bande roulée à partir de l’extrémité du membre, et remontent ainsi jusqu’à l’endroit convenable, en exerçant une pression à peu près égale partout. C’est la compression méthodique proprement dite. — D’autres, parmi lesquels Scott et De Cavacherie, commencent l’application de la compression par l’articulation malade; ils exercent une compression un peu moindre sur les parties situées au-dessous, et moindre encore sur les parties situées au-dessus. Voici la raison qu’en donne le dernier : « En adoptant la pratique généralement suivie, j’ai observé que » lorsque les circulaires sont parvenues au point où elles doivent agir, ce » point a déjà acquis un volume plus considérable par le refoulement des » liquides, ce qui fait que la compression est exercée presque en pure » perte. »
Lequel de ces deux modes préférerons-nous? Je crois que tous les deux doivent être conservés, et je tâcherai de préciser les indications qui doivent faire préférer l’un ou l’autre. Ainsi, veut-on agir directement sur les (issus gonflés, pour empêcher l’abord du sang dans leurs capillaires, et provoquer la diffusion et la résorption des fluides épanchés? Évidemment
les raisons de De Lavachcrie auront de la valeur, il conviendra de com-
mencer la compression sur l’endroit malade, et de l’y rendre plus forte que partout ailleurs. Le seul but est-il au contraire de ralentir la circula lion, d’empêcher l’abord du sang dans le membre? Evidemment la meilleure compression sera celle qui portera partout également, c’est-à-dire la compression méthodique ordinaire.
De là j’arrive immédiatement à déterminer ies cas qui doivent faire choisir l’une ou l’autre manière. Y a-t-il gonflement intense, dépôt d exsudations abondantes, présence de masses de tissu cellulo-vasculaire, et surtout mou et fongueux? Alors il vaut mieux commencer la compression par l’endroit malade. L’expérience prouve que de cette façon l’on obtient en quelques jours une diminution de la tuméfaction. Le gonflement est-il au contraire tombé, l’articulation ne dépasse-t-elle plus beaucoup son volume normal? C'est la compression ordinaire qui convient le mieux, celb
qui commence à l’extrémité du membre et s’étend également partout.
Pour être parfaitement bien fuite, il faut qu’elle porte également sur toutes les parties, sur tous les contours du membre malade; si cela n’est pas, il reste certains endroits vers lesquels se portent les lluides exprimés des autres, et l’action est incomplète. Pourtant, comme le fait fort justement remarquer De Lavaclierie, alors même qu’elle n’est pas employée avec toute la précision nécessaire, elle prouve encore sa puissance.
Les procédés employés pour exercer la compression sont 1° la simple bande roulée ; 2° les bandelettes agglutinatives ; 3° l’appareil de Scott, et l’appareil de Scott modifié par >1. Boileau de Castelnau ; 4° l’appareil de M. De Lavacherie; 5° les bandes en caoutchouc, les chaussettes et les bas inextensibles; 6° les appareils compressifs immobilisateurs.
La bande roulée était le moyen employé par Hippocrate et Paré. Elle peut être en toile ou en flanelle ; M. Bonnet préfère ces dernières parce que, plus élastiques, elle produisent une compression plus douce, plus continue, et restent trois ou quatre jours sans se relâcher, tandis que la bande de toile se relâche souvent au bout de 24 heures.
Les bandes en caoutchouc, les chaussettes, les bas en caoutchouc exercent une compression douce et uniforme, mais peu énergique et que le chirurgien n’est pas maître de diriger et de modifier comme celle exercée au moyen de la bande roulée.
Brodie employait la bande roulée enduite de cérat de savon ou de tout autre emplâtre modérément adhésif ; son but était de rendre l’appareil plus solide, moins sujet 5 se relâcher.
De là à l’emploi des bandelettes agglutinatives, il n’y avait qu’un pas; cet emploi, mis en honneur pour les ulcères par Baynton, fut cité comme applicables aux tumeurs blanches par S. Cooper, Rust, Dieffenbach, Lislranc, Mayor, etc. Voici comment Mayor décrit son procédé : « Je parviens encore mieux au même but (que Scott), par les seules bandelettes de diachylon simple ou gommé, que je serre graduellement et que je laisse en place de 10 à 40 jours, plus ou moins, sans les changer. Tantôt cependant, je les laisse agir seules; tantôt je place une couche de colon dessous, quelquefois je les recouvre d’une bande ou d’une cravate serrée, et d’autres fois j’interpose de l’ouate ou une pièce de taffetas gommé, ou l’un et l’autre de ces tissus entre le bandage serré et l’emplâtre. Le pansement consiste à resserrer le bandage convenablement, s’il n’y a pas de suppuration, ou à changer le colon, le taffetas, les bandes ; mais
» en laissant en place les bandelettes emplastiques et en sc contentant de w laver leur partie extérieure, s’il existe un écoulement de matières plus » ou moins fétides. »
Lisfranc interposait souvent différents corps, pour augmenter la force de la compression ou la faire porter sur des parties diverses. Il divise les moyens compressifs en six classes, selon leur degré d’action. Voici ces classes :
1° Compression légère, bandelettes de diachylon.
2° Compression avec une bande roulée ou un bas lacé.
3° Compression avec des cônes d’agaric.
4° Compression plus énergique avec des circulaires et des compresses graduées.
5° Attelles, pièces de monnaie, plaques de plomb.
6° Malaxation prolongée de la tumeur.
Il est à remarquer que ce dernier mode n’a rien à faire avec le traitement des tumeurs blanches. La compression par les bandelettes agglutinalives est ici marquée comme la plus légère ; d’après ses fauteurs, elle serait au contraire plus énergique que celle de la bande roulée. Enfin, quant aux intermédiaires indiqués par Lisfranc, on peut tout aussi bien employer les compresses, les remplissages en linge et en ouate.
Les ingrédients et pièces d’appareil dont on a besoin pour l’application du procédé de Scott sont les suivants :
1° Côrat de savon préparé selon la formule suivante :
On fait cuire le vinaigre avec la litharge sur un feux doux, jusqu’à ce qu’ils fassent corps ensemble; on ajoute le savon et on fait cuire jusqu’à disparition de toute humidité. On ajoute alors au tout la cire fondue dans l’huile et remuée avec elle.
2° Eau de savon.
3° Eau de vie camphrée.
4° L’onguent suivant :
Céral de savon, 1 once (30 grammes).
Onguent niercur. double, 1 once (30 grammes).
Camphre pulv., I gros (4 grammes).
Mêlez à froid.
5° Des bandelettes de flanelle, assez longues pour que, appliquées longitudinalement, clics dépassent l'articulation en haut et en ba*.
6° Des bandelettes de sparadrap, larges de d à 1 eenli mètres, capables de faire deux fois le tour du membre.
7" Des lanières de peau blanche, de la même longueur et largeur que les bandelettes de flanelle.
8° L’emplâtre suivant :
Emplâtre de plomb. 5 parties.
Savon id.
9° Une bande de flanelle.
On lave le membre à l’eau de savon ; on le frictionne avec de l’eau do vie camphrée jusqu’à rougeur légère de la peau ;on enduit celle-ci de cérat de savon ; on étend l’onguent n° 4 sur les bandelettes de flanelle, et on les colle sur l’articulation dans la direction de l’axe du membre, de façon à la dépasser un peu en haut et en bas, et à ne laisser aucun vide. On les maintient et on les serre à l’aide des bandelettes de sparadrap appliquées circulairement, en les posant par leur milieu et croisant leurs bouts ; elles doivent recouvrir complètement les bandelettes de flanelle. On étend alors une couche épaisse de cérat de savon ou d’emplâtre n° 8, et on applique longitudinalement des bandelettes desparadrap placées comme les bandelettes de flanelle, de façon à cacher entièrement les couches sous-jacentes. Elles sont alors elles-mêmes serrées circulairement au moyen de ia bande défia nelle. — On laisse cet appareil 15 jours en place, et on ne le défait que pour le relâcher ou le resserrer.
Il a pour effet, selon Scott, de former une cuirasse assez épaisse et assez solide pour établir l’immobilité du membre, calmer les douleurs, et permettre au malade de se lever et de marcher sur des béquilles dans les tumeurs blanches du membre inférieur.
Ce procédé offre quelque chose de mystérieux, pour ne pas dire de nivs tique, qui le fait ressembler à ces énormes prescriptions du moyen-âge. — - M. R. Broussonet l’a légèrement modifié en supprimant le cérat de savon, et plaçant circulairement les bandelettes de flanelle comme on le fait dans le bandage de Scullet. — M. Boileau de Castelnau a de plus rem placé la flanelle par de la toile, et au lieu delà simple bande qui recouvrait l’appareil, il emploie un bandage roulé et amidonné, en commençant par l'extrémité du membre.
Comme on l’a vu précédemment, Mayor avait déjà réduit ce procédé à sa plus simple expression, en la remplaçant par les bandelettes ûgglütinat i vos seules. Celles-ci constituent la base du procédé de De Lnvocherie. —
On découpe en lanières une pièce d’emplâtre Jgglutmulif.On les applique par leur plein sur l’articulation, et on croise leurs extrémités', en commençant par l’endroit le plus tuméfié. Il ne doit pas rester entre ces circulaires le moindre intervalle, sous peine de voir survenir des douleurs parfois intolérables. On les serre autant qu’on le juge convenable, et l’on superpose ainsi plusieurs couches de bandelettes, pour augmenter la compression et borner les mouvements. On entoure ensuite d’un bandage roulé les parties situées au-dessous.
On a reproché aux appareils compressifs plusieurs inconvénients; ce sont : 1° l’action fâcheuse des corps gras sur la peau ; 2° les douleurs produites par l’application de la compression; 3° les escarres qu’elle détermine sur les saillies. — De Lavacherie n’admet pas que la peau ne tolère pas les corps gras. Pourtant, quelques lignes plus bas il dit : « S’il arrive » que cet appareil enflamme et tuméfie les ligaments, ce qui a lieu quel- » quefois, il faut le relâcher en y faisant de larges entailles avec les ciseaux » de M. Seutin, ou bien il faut l'enlever. » Ne voilà-t-iî pas l’érysipèle produit par les agglutinatifs? Voici d’ailleurs un cas qui en prouve péremptoirement les dangers. Ayant appliqué des bandelettes de sparadrap pour un ulcère de la jambe, je vis survenir un érysipèle très-étendu ; il devint phlegmoneux, des clapiers se formèrent entre les muscles, et la malade succomba à l’infection purulente. Ce fait prouve combien il faut se méfier des emplastiques ; la bande roulée me semble préférable.
La compression doit produire de la gène, de la raideur, mais aucune douleur ; il faut que celle-ci diminue après l’application ; si elle augmente, la compression est mal faite, et il faut enlever l’appareil. Voilà encore un des défauts de l’appareil emplastique, car il est difficile à oter, et oblige à imprimer des secousses au membre malade. — Ces douleurs proviennent de compressions inégales ; on les évite en remplissant les creux et garnissant les saillies avec de l’ouate ou du linge. De Lavacherie repousse ces remplissages, parce qu’ils empêchent la compression de se faire régulièrement ; bien placés, ils me semblent propres au contraire à augmenter sa régularité.
Quant aux escarres, il s’en forme parfois sur la peau qui recouvre les saillies; De Lavacherie ne leur accorde aucune importance; cependant il vaut mieux les éviter, et l’on y parvient facilement par l'emploi convenable des remplissages.
Mais tous ces appareils ont un autre inconvénient : ils compriment
sans maintenir l’immobilité, ou du moins une immobilité suffisante. Toute
compression sur une articulation en gêne 1rs mouvements, en empêchant le jeu des tissus; mais c’est là une simple raideur, incapable d’empêcher l’eflet des chocs, des chutes, des faux pas, des déformations et déplacements ; ce n’est pas en un mot l’immobilité complète. Les cuirasses em~ plastiques sont les plus propres à borner les mouvements ; mais pourrontelles les empêcher complètement? Etendues à la surface articulaire seule, leur résistance ne sera-t-elle pas vaincue par l’action des muscles que rien ne tient en respect?
Je viens de parler des muscles. On a vu plus haut que leur contracture constitue l’un des phénomènes les plus importants des tumeurs blanches, bien que les auteurs l’aient jusqu’ici à peine indiqué. On a vu ensuite que l’un des avantages de la compression était d’agir sur cette contraction. Mais pour cela elle doit porter sur les muscles ; que peuvent sur eux des bandelettes enveloppant l’articulation, ou bien une bande roulée, simple ou amidonnée? Celle-ci les comprimera sans doute, mais d’une manière trop faible, et bientôt elle cédera à leurs efforts.
Cependant, même en dehors de ces conditions, de l’immobilité et de tous les autres moyens, la compression montre son efficacité. Je ne citerai ici que le fait suivant, emprunté à De Lavacherie.
Tumeur blanche du genou droit. — Compression. — Guérison (I).
Dejardin, servante, Agée de 32 ans, lymphatique, entra à l’hôpital le 4 juin 1838 pour un gonflement considérable du genou droit. L’extrémité articulaire du tibia était le siège de la tuméfaction, à en juger par le peu d’épaisseur des téguments. La peau dans presque toute l’étendue de l’articulation, était blanche; seulement dans un point très-circonscrit vers le bord interne de la rotule, elle était rouge et amincie, au point que je crus qu’elle se perforerait. On sentait en cet endroit de la fluctuation.
La compression au moyen de bandes cmplastiqucs fut faite tout d’abord, puis renouvelée de cinq en cinq jours jusqu’au 23 juin. A cette époque,
(1) De Lavacherie, De la compression dans les tumeurs blanches des parties dures Gand,
Dujardin, qui ue pouvait s’habituer au séjour de l’hôpital, eu sortit, mar- ( haut assez facilement. Le genou avait beaucoup perdu de son volume. Lotte malade est venue quelquefois faire renouveler son appareil.
Vers la lin de juillet elle se livrait à ses occupations comme si elle n’avait jamais rien éprouvé dans cette articulation.
Plus loin (chapitre X) je rapporterai d’autres observations- à l’appui de l’efficacité de la compression. Je ferai remarquer que ce que De Lavaclicrie regarde comme un gonflement des extrémités articulaires du tibia, n’est, conformément à ce que j’ai dit précédemment, qu’un développement considérable de tissu lardacé autour de ces extrémités. La rapidité avec laquelle la résolution s’opéra .(du 4 au 23 juin) vient confirmer ce que l’anatomie pathologique devait nous faire supposer.