CHAPITRE XIII. — Des suites des tumeurs blanches
Les suites des tumeurs blanches sont les douleurs névralgiques, l'atrophie du membre, la raideur, et l’ankylose.
Des douleurs persistent parfois après la guérison des tumeurs blanches. Ces douleurs sont intermittentes ; elles augmentent par les variations atmosphériques, par une fatigue exagérée. Elles appartiennent aux douleurs névralgiques. On leur opposera les bains froids, les douches, les frictions excitantes, camphrées, narcotiques; les vésicatoires simples ou pansés à l’acétate de morphine. Si elles sont intenses et très-gênantes, on peut même leur opposer les procédés hydrothérapiques ou la cautérisation.
Contre l’atrophie, on emploiera les frictions spiritueuses, aromatiques, excitantes ; les bains froids, alcalins, sulfureux; les douches et un exercice soutenu du membre. Ces moyens sont utiles dans tous les cas où la maladie a duré longtemps, vu que toujours l’immobilité et la compression continues amènent un certain degré d’atrophie.
La raideur sera aussi utilement combattue par les frictions, les bains, les douches et surtout par les mouvements communiqués. Seulement ceuxci, la guérison une fois bien confirmée, peuvent être sans crainte et sans danger à la fois brusques et très-étendus.
J’ai indiqué dans l’anatomie pathologique les diverses variétés de l’aukylose. Les principales sont : 1° l’ankylose par rétraction musculaire; 2° celle par rigidité des ligaments et des tissus qui les entourent ; 3° celle par réunion des os au moyen de liens fibreux intra-articulaires ; 4° celle par des jetées osseuses latérales ; 5° celle par soudure osseuse. J’appelle ankylosé par rétraction musculaire l’ankylose dans laquelle celle-ci joue b; principal rôle, les lésions articulaires n’étant que peu importantes. Les trois premières sont curables , la quatrième l’est lorsque les jetées osseuses ne sont ni trop fortes, ni trop nombreuses; la dernière seule ne l’est pas généralement, et encore l'est-elle quelquefois, comme on va le voir. L’ankylose en général deviendra d’ailleurs extrêmement rare, par l’application continue et intelligente des moyens que j’ai indiqués précédemment. Lorsqu’on ne pourra pas l’éviter, elle sera le moins incommode possible, le membre étant dans la position d élection.
Les principaux moyens conseillés pour guérir l’ankylose sont I" l’extension graduelle; 2° l’extension brusque et violente; 3n la section des
tendons ; 4Ü l’emploi du chloroforme ; 5° la résection cunéiforme de la partie ankylosée.
L’extension lente et modérée peut s’opérer au moyen des mains ou au moyen de machines. Au moyen des mains, on doit agir sur les deux sections du membre dans le môme sens, de façon à les écarter (extension), ou à les rapprocher (flexion). On peut de plus agir en pressant ou en tirant sur l’articulation même.
C’est exactement selon le même mécanisme qu’agissent les machines, qui font que substituer à l’action des mains une action plus continue et plus énergique. Ces machines consistent généralement en gouttières ou en plans inclinés articulés sur lesquels on fixe le membre, et auxquels on imprime des mouvements que ce dernier doit suivre. Je ferai connaître les principales dans la thérapeutique spéciale.
Les machines à extension brusque sont construites selon le même plan, mais de plus des poulies y sont fixées, sur lesquelles passent des cordes qui vont s’enrouler sur un treuil. — En mettant cette machine en mouvement, on redresse brusquement le membre. Tel est le principe de la méthode de M. Louvrier. Souvent cette méthode n’est suivie d’aucun accident grave immédiat, mais elle provoque toujours des douleurs très-vives, et souvent par la suite l’articulation reste douloureuse et peu propre à rendre beaucoup de services. Quelquefois aussi on a observé des accidents d’une telle gravité qu’ils y ont fait renoncer tout-à-fait. Ainsi, on a vu survenir des luxations, deS déchirures des nerfs et des vaisseaux, et des inflammations violentes qui passaient rapidement à la gangrène et à la suppuration.
On a conseillé la section des tendons et des muscles, à laquelle on joignait ensuite l’extension modérée. La section tendineuse a pour but de vaincre l’un des éléments de la lésion, qui en est quelquefois l’élément principal, la rétraction des muscles ; mais comme elle ne peut porter sur tous, elle est, comme l’ont fort bien reconnu MM. Bonnet et Nélaton, de fort peu d’utilité, sauf certains cas particuliers qui seront indiqués dans la thérapeutique spéciale. Diffenbach y joignait l’extension brusque ; elle constituait alors une prédisposition à la formation d'inflammations suppuratives.
Cependant la rétraction des muscles est, dans tous les cas d’ankylose curable , un élément essentiel de la lésion , peut-être même celui qui oppose à la thérapeutique l’obstacle le plus considérable. En effet, supposons des adhérences fibreuses ou même osseuses des surfaces articulaires. Les muscles sont toujours en même temps rétractés ; lorsque l’on veut
faire un effort pour rompre ces adhérences, la douleur et l’appréhension font augmenter cette rétraction au point de rendre illusoires tous les efforts. Que faut-il donc faire pour faciliter le redressement ? Il faut annihiler la puissance des muscles, non de quelques-uns, comme le fait la ténotomie , mais de tous, et dans toutes leurs parties. Cette action est exercée par le chloroforme. Cet agent donné en inhalations produit d’abord l’anesthésie, puis le relâchement des muscles, et ce relâchement porte même sur ceux qui, dans les rétractions et les ankylosés, sont spasmodiquement contractés depuis des années. — Tel est le principe de la méthode du professeur Langenbeck de Berlin.
Ce chirurgien met donc le patient sous l’influence du chloroforme jusqu’à relâchement complet des muscles. Alors, il procède au redressement au moyen des mains; les ligaments et les tissus fibreux de nouvelle formation cèdent, les jettées osseuses se brisent, comme l’annoncent les craquements que l’on entend, et l’ankylose est rompue. Ces phénomènes sont sans conséquence grave; quant aux muscles, leur relâchement empêche ieur déchirure; celle des artères et des veines est rendue impossible par l’emploi des mains. Pourarriverà ce résultat, il faut parfois plusieursséances, dans chacune desquelles un progrès est réalisé; aller ainsi graduellement est le moyen le plus sûr d’éviter les accidents. Si de l’inflammation se déclarait, on la combattrait soit par les antiphlogistiques, soit par le froid, soit par la compression. — Le meilleur procédé consiste à appliquer immédiatement à chaque séance un bandage amidonné muni de fortes attelles, de façon à maintenir le degré de redressement que l’on a obtenu, et de mettre obstacle au développement de l’inflammation par la compression. S’il s’agit du genou, on peut aussi le placer sur un plan incliné convenablement disposé.
Cette méthode est rationnelle; elle est efficace, car elle a constamment réussi au professeur de Berlin ; entre autres, dans plusieurs cas, il y avait des jettées osseuses dont il a entendu la rupture. Elle est aussi toujours inoffensive. Dans son mémoire, il a rapporté six cas d’ankyloses consécutives à des tumeurs blanches du genou, tous guéris par cette méthode. Voici un de ces cas, que je rapporte pour en donner une idée.
Ankylosé angulaire osseuse du genou. — Emploi du chloroforme. — Guérison (1).
Samuel Knopf, tailleur, 25 ans, entre à l’hôpital le 4 mai 1850. Son genou droit est atteint d’ankylose complète à angle droit, de façon qu’il ne peut marcher qu’appuyé sur deux béquilles.
A l’âge de 5 ans, il fut atteint de douleurs très-vives dans les membres, qui habituellement sont le prodrome de la plique polonaise, endémique dans son endroit. Lorsqu’elles eurent duré quelques semaines, l’inflammation, qui s’était montrée à la fois dans le genou droit et la hanche gauche, passa à suppuration, puis guérit, laissant à sa suite la rétraction qu’il porte encore aujourd’hui.
Le membre droit est atrophié à un haut degré ; le genou est fléchi à angle droit, et incapable d’exécuter aucun mouvement; la pointe du pied a subi une légère rotation en dehors. Les tendons fléchisseurs sont modérément tendus. La rotule est ankylosée.
Le 6 mai, le malade étant mis sous l’influence du chloroforme, je rompis l’ankylose par une extension brusque. Je fléchis d’abord davantage, et je brisai ainsi la plupart des liens fibreux ; puis je fis brusquement succé der l’extension à la flexion, et par ce mouvement la rotule fut détachée du creux inter-condylien, avec production d’un bruit très-distinct. Des mouvements alternatifs de flexion et d’extension rendirent «à l’articulation toute sa mobilité; en les exécutant, nous entendions une légère crépitation-dans l'articulation. Le membre, enveloppé d’une bande en flanelle, fut maintenu dans l’extension à l’aide d’attelles.
Le 7 mai, le malade a peu dormi, sans doute par suite de l’agitation produite par l’influence du chloroforme. ïi n’y a pas de fièvre; 72 pulsations à la minute. Le malade ne se plaint que d’un sentiment d’engourdissement et de douleurs fugaces dans le membre; le lendemain déjà ces phénomènes ont cessé ; un léger œdème du pied qui était survenu également, disparut au bout de quelques jours. Le cinquième jour après l’opération, nous lui appliquâmes un appareil qui lui permit de marcher le 19 mai dans un siège à rouleltes. Les deux membres avaient la même longueur. L’articulation du genou se meut parfaitement sous l’influence
fl) R l,ongp.nl»prk, Commentai in de controrlura et aneylosi genu, iOrolini, J850.