CHAPITRE XV. — Aperçu général de la thérapeutique des
Ainsi généralement, dans toute tumeur blanche, on emploiera comme traitement local l’immobilité et la compression, maintenues à l’aide de l’appareil amovo-inamovible. Si la tumeur blanche est aiguë, on donnera les purgatifs et le mercure ; si elle est chronique, on aura recours à l’iode et l’huile de foie de morue ; si elle offre des phénomènes participant à la fois de ces deux états, on donnera à la fois le mercure et l’iode.
S’il y a position vicieuse, il faut avant tout ramener, de la façon qui a été décrite, les articulations à leur position d’élection et disposer l’appareil de façon à les y maintenir.
S’il y a abcès, on l’ouvrira par une étroite ponction, ou par la méthode sous-cutanée, et l’on fera une injection de teinture d’iode. S’il y a des trajets fistuleux, on les injectera avec la teinture d’iode, le nitrate d’argent ou l’opodeldoch. En même temps on donnera l'iodure de potassium seul ou uni au mercure.
S’il y a des douleurs vives qui résistent à ces moyens, on leur opposera les narcotiques ; si néanmoins elles persistent on aura recours aux vésicatoires, à la pommade d’Autenrieth, au nitrate d’argent, au cautère actuel ou au caustique de Vienne.
Quelle est la position qu’il convient de donner à la partie malade ? Lorsqu’il y a engorgement, inflammation vive, c'est la position élevée pour empêcher l’afflux du sang. Lorsqu’il y a suppuration abondante, c’est la position déclive, car il est toujours plus avantageux que le pus se porte vers les parties inférieures. — Ces remarques sont surtout applicables aux moments où le malade est au lit ou au fauteuil.
Comme nous l’avons vu, les moyens locaux et les moyens internes ont le même mode d’action ; ces deux ordres de moyens pourront donc être dans les cas peu graves employés isolément. C’est ce qui a lieu lorsque la
maladie suit une marche Irès-lenle; alors l’un des deux ordres de moyens suffit à lui seul. Les moyens internes seuls conviendront surtout lorsqu’il y aura peu de gonflement ; et l’iode 5 l’intérieur et en frictions suffit alors souvent. Les appareils compressifs suffisent au contraire principalement dans les cas de gonflement fongueux considérable; moins il y a de tissu cellulo-vasculaire, moins l’appareil est indispensable. Mieux vaut toutefois les employer concurremment, sauf les cas que je spécifierai plus loin.
11 est essentiel d’assurer l’exercice normal de toutes les fonctions ; ainsi les remèdes internes ne devront pas déranger les voies gastriques, et les appareils ne devront pas condamner le malade au repos du lit.
fl faut toujours accorder la plus grande attention aux états généraux et aux complications qui accompagnent les tumeurs blanches; considérer que l’on a à traiter non une maladie, mais un individu malade. — Ainsi, l’anémie et la débilitation indiquent l’huile de foie de morue, les ferrugineux et le régime; le lymphatisme indique de plus l’iodure de potassium et les purgatifs salins. — La scrofule, la syphilis, la cachexie mercurielle, la phthisie pulmonaire, apportent aussi leurs indications spéciales. — Enfin , l’état plétorique indique les saignées et les purgatifs.
La période de réparation indique les mouvements exercés dès que l’articulation n’est plus douloureuse à la pression, et la suppression de l’appareil dès qu’elle peut avoir lieu sans inconvénient.
On cherchera le plus possible à obtenir la guérison des ankylosés, surtout si elles ont lieu dans une position vicieuse. La meilleure méthode pour atteindre ce but est celle de Langenbeck.
La période de marasme indique ces mêmes moyens, seulement appliqués avec le plus grand soin et la plus grande attention. Elle indique une opération grave dès que ces moyens sont démontrés inefficaces, insuffisants. Il ne faut jamais la pratiquer lorsqu’il existe une autre lésion capable d’amener ou d’entretenir le marasme. Il faut toujours préférer la résection à l’amputation ; un grand état d’altération ou de délabrement des parties molles doit seul faire préférer celle-ci.
Comme on le voit, ou plutôt comme on le verra si on veut l'expérimenter avec soin et impartialité, cette méthode de traitement proscrit les opérations graves partout ailleurs qu’à la dernière période de la maladie. C’est là le caractère de toute méthode rationnelle et efficace. Seulement, il faut dans son application, de la patience, de la persévérance, du dévouement; il faut songer que pour une tumeur blanche à la seconde période il faut
souvent une ou deux années de traitement. En vue du résultat favorable que l’on obtient presque constamment, on ne peut pas reculer devant une question de temps.