CHAPITRE Xyii. — Tumeurs blanches du coude
La position d’élection dans les tumeurs blanches du coude est la flexion à angle droit et la semi-pronation. On emploie pour l’obtenir les manœuvres pratiquées avec les mains, et si elles ne suffisent pas, le chloroforme.
Mayor immobilisait le coude au moyen d’une gouttière coudée allant de l’épaule au poignet. M. Bonnet, remarquant que cette gouttière n’empêchait pas la manifestation des douleurs, ni tout déplacement, la prolongea jusqu’au-delà des doigts, et d’autre part y fixa une autre gouttière embrassant le côté externe de la poitrine et attachée au tronc par deux ceintures, dont l’une est circulaire et l’autre passe au-dessus de l’épaule. Cet appareil, dit M. Bonnet, assure une immobilité parfaite, mais il est à craindre qu’au lit il ne gêne la respiration et ne fatigue les malades. D’autre part, la simple gouttière de Mayor n’empêche pas le renversement dans la pronation. Il faudrait donc dans ce cas y adapter un trépied en fil de fer pour l’empêcher de tourner.
L’emploi de l’appareil amovo-inamovible fera cesser toutes ces difficultés et tous ces inconvénients, et pour cela il suffit qu’il renferme l’avant-bras et le bras jusques près de l’épaule. Comme il emboîte bien exactement les parties, des secousses douloureuses ne pourront être imprimées à l’articulation par la marche; et que le malade renverse son membre dans l’un ou l’autre sens, c’est parfaitement indifférent, puisque les parties sont maintenues nécessairement dans un rapport exact.
Pour construire cet appareil, on applique une bande roulée de la main à l’épaule, en garnissant bien toutes les saillies; s’il y a vive sensibilité, on place au-dessous de cette bande une couche d’ouate, selon la méthode de MM. Frédéricq et Burggraeve. Cette bande est amidonnée, puis on place deux cartons mouillés coudés à angle droit ; l’un palmaire allant du quart supérieur du bras à la paume de la main, l’autre dorsal, allant du même point jusqu’au bout des doigts. Ces cartons sont bien matelassés, surtout vis-à-vis des saillies. On applique alors une nouvelle bande roulée amidonnée, puis, si on le juge convenable, des attelles coudées en carton sec, en fer blanc, en zinc ou en plomb. Au lieu d’attelles coudées, on peut placer une attelle sur le bras et une autre sur l’avant-bras, de façon qu’elles se recouvrent et empiètent l’une sur l’autre. — S'il y a des abcès, on les ouvre par une ponction; s’il y a des trajets listuleux, on pratique dans
l’appareil des ouvertures convenables et on les traite comme il a été dit dans la thérapeutique générale. La section se fait le long du bord radial, entre les deux, cartons ; si l’on tient à visiter souvent l’un des côtés, on pratique vis-à-vis une fenêtre carrée, comme il a été dit. Lorsqu’il y a tendance vers la guérison, que les douleurs sont nulles ou peu intenses, on peut interrompre l’appareil vers le quart ou le tiers inférieur de l’avantbras, de façon à laisser la main libre. De cette manière, on évite l’ankylose du poignet et des doigts qui sont toujours si gênantes, et on permet au malade de se livrer à quelques occupations, ce qui lui fait le plus grand plaisir. Cependant, si l’on s’apercevait que les mouvements tendent à reproduire les douleurs, ou que la suppuration augmente, on se hâterait d’immobiliser de nouveau le poignet.
Tumeur blanche du coude. — Deuxième période. — Guérison.
La petite P., tempérament lymphatique, âgée de 2 ans et demi, me fut présentéeen décembre 1848, atteinte d’une tumeur blanche du coude. — Elle avait eu une ophthalmie, puis des croûtes eczémateuses au visage; cependant ses parents sont sains; une de ses sœurs est atteinte d’épilepsie et de rétraction de divers muscles et entre autres de la cuisse gauche, qui est à demi fléchie. — Le coude a commencé à gonfler il y a trois mois; au moindre mouvement l’enfant jette des cris; elle maigrit. — Le coude est fortement gonflé, placé entre l’extension et la demiflexion ; à son côté externe se trouve un abcès. — Je fais une ponction à l’abcès ; je ramène le coude à la demi-flexion, et j’applique l’appareil comme il a été dit. — Régime analeptique, huile de foie de morue, une cuillerée par jour, puis progressivement jusqu’à trois.
Huit jours plus tard, j’opère la section de l’appareil pour le resserrer ; le gonflement a beaucoup diminué ; ce changement s’effectue sans douleurs. Le stylet introduit dans le trajet fistuleux, fait sentir le condyle externe de l’humérus dénudé.
Au bout d’une quinzaine de jours, un nouvel abcès s’est formé un peu plus haut que le précédent, à la partie externe et un peu postérieure du bras. J’y pratique immédiatement une ponction.
Depuis, plus rien ne vint entraver la marche de cette maladie; au bout de trois mois, la cicatrisation est complète ; tous les mouvements sont
conservés, même ceux de pronation et de supination. Toutefois, l’extension complète est impossible; l’exploration fait reconnaître comme cause une rétraction du muscle biceps. Comme elle est peu considérable, je recommande simplement d’exercer tous les jours des mouvements d’extension. Je conseille aussi, vu le tempérament, la continuation du régime et de l'huile de foie de morue.
En 1852, j’ai revu cette enfant; les mouvements sont tous possibles, à l’exception de l’extension complète.
Tumeur blanche du coude. — Redressement. — Grande amelioration (1).
J. -B. Genval, âgé de 19 ans, tisserand, d’un tempérament lymphatique et ayant des glandes ulcérées au cou, est entré à l’hôpital St-Pierre, le 7 février 1847, atteint d’une tumeur blanche au coude. La maladie avait débuté depuis quatre mois, et s’était développée à la suite d’une contusion produite par un coup de pied de cheval. Le coude, énormément gonflé, était extrêmement douloureux dès qu’on imprimait le moindre mouvement à l’articulation.
Le malade tenait constamment le membre dans l’extension. Une tumeur fluctuante se faisait sentir vers l’épicondyle de l’humérus.
Le but des pansements qu’on lui fit, fut d’obtenir la résolution de la tumeur et l’ankylose du coude à angle droit.
On procède d’une manière graduée à la flexion de l’avant-bras sur le bras, en maintenant chaque fois, à l’aide du bandage amidonné, la position que l’on donnait au membre. Tous les deux ou trois jours on augmentait le degré de flexion, de manière qu'on obtint un angle droit au bout de deux semaines. En même temps on employait les moyens propres à amener la résolution dans les parties malades; c’est ainsi qu’on faisait sur le coude une compression au moyen de bandelettes de sparadrap de Vigo, qu’on enveloppait le membre d’une bande roulée en laine; enfin, la résolution devait être obtenue surtout par un bandage qui, en maintenant l’immobilité dans l’articulation malade, exerçait une compression méthodique depuis la main jusqu’au dessus du coude.
(t) Senti n, Traité de la méthode amovo-inamovible. Bruxelles, 1849, page 2!>8.
Le malade fut soumis à un régime sec et analeptique. On lui prescrivit la promenade au grand air et surtout au soleil pendant toute la journée, car il ne resta pas un seul jour au lit.
Yoici de quelle manière on appliqua le bandage amovo-inamovible. Un aide portait l’avant-bras en haut, tandis qu’au moyen d’une bande passant sur la partie inférieure du bras, au-dessus du coude, un second aide tirait dans le sens perpendiculaire à la direction imprimée à l’avant-bras par le premier. Le coude étant ainsi amené dans la position qu’on voulait lui donner, et un cordon graissé étant posé le long de la partie externe du bras, le chirurgien procéda à l’application de bandelettes de sparadrap de Vigo, de manière à ce que celles-ci exerçassent une compression sur le coude. Après ce premier temps de l’opération, on appliqua un bandage amovo-inamovible comprimant méthodiquement depuis la main jusqu’au dessus du coude, et maintenant l’immobilité de l’articulation malade.
Dès lors tout mouvement dans l’articulation était devenu impossible, et la douleur était anéantie. Le malade alla immédiatement se promener au jardin, l’avant-bras tenu dans une position horizontale au moyen d’une écharpe.
Le lendemain, le malade n’accuse aucune douleur ; la couleur des doigts est normale ; le jeu du compressimètre fait reconnaître que la compression exercée par le bandage n’est pas forte. L’appareil étant déjà bien sec, on enlève la partie du bandage qui recouvre le coude au moyen d’incisions pratiquées avec mes ciseaux à quelques lignes de l’attelle antérieure. On constate que la chaleur du membre est normale, que sa couleur est moins rouge, et que l’appareil ne blesse nulle part la peau. On remet en place la valve enlevée, et on la fixe par de nouvelles bandes amidonnées.
Depuis ce jour, on n’examina plus le membre que tous les cinq ou six jours, et cela par mesure de précaution; car le malade n’accusa plus de douleur pendant toute la durée de son séjour à l’hôpital.
Chaque fois que le bandage paraissait trop relâché par suite de la résolution qui s’opérait dans les parties engorgées, on le resserrait en interposant sous les valves une ou deux compresses ou un petit coussin d’étoupe.
La marche du traitement n’a été marquée par aucun événement fâcheux. La résolution de la tumeur s’est opérée insensiblement. Le malade est sorti de l’hôpital le 8 juillet 1 847. A cette époque l’abcès se faisait sentir sous la peau : on s’est abstenu de l’ouvrir.
Le malade se représenta à la consultation gratuite, huit jours après sa sortie : l’abcès s’était ouvert spontanément ; le gonflement du coude avait considérablement diminué. L’examen du membre fit voir qu’il y avait ankylosé complète de l’articulation. Depuis ce jour, on a cessé de maintenir l’immobilité au moyen du bandage amovo-inamovible. On continue à exercer sur le coude une légère compression au moyen de bandelettes de sparadrap de Yigo, et d’une bande roulée dans laquelle on ménage une petite ouverture pour l’écoulement de la suppuration , qui est très-peu abondante.
Depuis ce temps, ce malade ne s’est plus représenté à la consultation de l’hôpital St-Pierre.
Cette observation nous montre bien les avantages et l’efïicacité de la méthode amovo-inamovible dans les cas de tumeur blanche du coude. On voit que, pas plus que dans la précédente, il n’y a eu ankylosé.
Toutefois, dans un cas semblable, il faudrait ouvrir immédiatement l’abcès par une ponction, et y injecter de la teinture d’iode pure. Le traitement serait rendu par là à la fois plus efficace et moins long : car le séjour du pus dans nos tissus ne peut à aucun titre être favorable à la réparation.
Tumeur blanche du coude, suite de fracture. — Deuxième période. — Guérison.
L’enfant H., âgé de 7 ans, bonne constitution, m’est présenté le 12 avril 1850. Il y a un an, il a eu une fracture des deux os de l’avantbras gauche à leur extrémité supérieure, près de l’articulation. Cette fracture a été consolidée avec un cal volumineux, qui rend impossible les mouvements de rotation du radius. De plus, après la consolidation, il est resté des douleurs dans le coude ; ces douleurs ont surtout augmenté depuis deux mois, au point d’empêcher le sommeil et de faire maigrir l’enfant. On a consulté un médecin, qui a ordonné des cataplasmes. — Je trouve le coude fortement gonflé; sa plus grande circonférence, vis-à-vis des extrémités articulaires des os de l’avant-bras, est de 23 centimètres
tandis que la plus grande circonférence du coude sain est de 15 1/2. Audessus de l’olécrane, elle est de 13 ip du côté sain, de 16 1/2 du côté malade. — Il existe un abcès considérable du côté externe, vis-à-vis de la tête du radius ; le moindre mouvement fait jeter des cris à cet enfant. — J’ouvre l’abcès par une ponction, je ramène l’avant-bras à la demi-flexion, et j’applique l’appareil tel que je l’ai décrit. — Sirop d’iodure de fer, une once; iodure de potassium 3 grains par jour. — Régime analeptique; exercice au grand air.
Le 20 avril, je fais la section de l’appareil ; il y a un nouvel abcès un peu plus haut que l’épicondyle de l’humérus; je l’ouvre. Le stylet introduit dans les deux ouvertures fait sentir de part et d’autre les os dénudés.
Le 1er mai, en ouvrant les valves, je trouve qu’une troisième ouverture s’est formée spontanément au côté interne du coude ; mais déjà cette troisième ouverture s’est presque fermée. — Les deux autres ne fournissent plus qu’un pus séreux. — L’iodure de potassium est porté progressivement jusqu’à 10 grains par jour. Je supprime la partie inférieure de l’appareil, de façon à laisser la main libre.
Le 1er juillet, les trajets fistuleux ne fournissent plus que quelques gouttes de sérosité; la santé est parfaitement bonne; l’enfant ne prend plus de médicaments. — Un mois plus tard, la guérison est complète ; les fistules sont cicatrisées, et l’appareil enlevé définitivement. Les mouvements de flexion et d’extension sont seulement gênés; ceux de rotation sont abolis, mais par le fait de la fracture, et non de la tumeur blanche.
Tumeur blanche du coude. — Deuxième période. — Guérison.
La nommé C., âgée de 10 ans, se présente à Thopital St-Pierre au commencement de 1847; constitution chétive, tempérament bilioso-nerveux, yeux noirs, cheveux noirs, peau brune. Depuis deux ans elle éprouve des douleurs dans le coude droit, survenues sans cause connue; ce coude est. fortement gonflé, très-douloureux et placé à peu près dans l’extension. — On le ramène à la demi-flexion, et l’on applique l’appareil tel que je l’ai décrit. — Régime analeptique; séjour au grand air; huile de foie de morue et iodure de fer.
Successivement, différents abcès se forment tant à la partie interne qu’à la partie externe du coude ; ces abcès s’ouvrent spontanément, et l’on pratique au bandage des ouvertures correspondantes pour l’écoulement du pus. Par les trajets fistuleux on touche les os dénudés. — La longue durée de cette tumeur blanche, qui offrait un gonflement dur dû à du tissu lardacé, et la mauvaise constitution de la malade, étaient des circonstances des plus défavorables : aussi l’amélioration ne marchait-elle que très-lentement. Cependant elle avait lieu, et en 18 i9, deux ans après le début du traitement, elle sortit. Elle n’était pas entièrement guérie, mais peu s’en fallait : le coude était presque revenu à son volume normal; il y avait encore deux trajets fistuleux qui fournissaient un peu de sérosité, mais s’arrêtaient dans le tissu cellulaire sous-cutané ; la pression et les mouvements ne provoquaient plus de douleurs; il en survenait seulement encore de légères à l’occasion des vicissitudes atmosphériques. 11 y avait raideur du coude, mais non ankylosé; même les mouvements de rotation du radius étaient encore possibles. — Dans cet état, l’appareil n’était plus nécessaire; il suffisait de mouvements bien dirigés, et d’une médication interne convenable pour achever la cure. — On la laissa donc sortir, en lui recommandant de revenir aux consultations, et de continuer l’usage de l’huile de foie de morue.
Cependant je ne l’avais plus revue, lorsqu’au mois de décembre 1850, elle vint me consulter, parce que les douleurs du coude avait reparu. — L’articulation était à peine augmentée de volume; il existait encore un trajet fistuleux, qui s’arrêtait dans le tissu cellulaire; la pression et les mouvements provoquaient de légères douleurs. — Elle n’avait plus suivi absolument aucun traitement depuis sa sortie de l’hôpital. — Je lui appliquai un appareil allant de la partie moyenne du bras au quart inférieur de l’avant-bras, et lui prescrivis 4, puis jusqu’à 10 grains d’iodure de potassium par jour. Au bout d’un mois, les douleurs étaient apaisées, au point qu’elle crut de nouveau pouvoir cesser de venir me consulter. — Sou bras lui sert d’ailleurs fort bien pour tout ce qu’elle doit faire.
Tumeur blanche du coude. — Deuxième période. — Guérison.
La petite G., âgé de 10 ans, constitution faible et irritable, yeux noirs et vifs, cheveux noirs, peau brune, vint me consulter en juillet 1851. Il
y a trois mois, elle avait commencé à ressentir dans le coude droit des douleurs qui s’étaient progressivement accrues ; en même temps le coude s’était gonflé. — Les douleurs sont très-fortes ; elles augmentent vers le soir de façon à empêcher le sommeil et à arracher des cris à la malade; elles sont accrues par la pression et les mouvements. Il y a de la fièvre, de l’amaigrissement, une diminution de l’appétit. Il y a au côté interne, visà-vis de l’épitrochlée, un abcès offrant une fluctuation manifeste. — Tout le traitement suivi jusqu’à présent a consisté dans l’application de cataplasmes.
J’ouvre l’abcès par une ponction faite au moyen de la lancette ; il en sort un pus crémeux; le stylet introduit fait toucher l’extrémité inférieure de l’humérus dénudée. La mensuration, pratiquée après cette opération, donne vis-à-vis de l’olécrâne, 19 1/2 centimètres du côté sain, 24 1/2 du côté malade; vis-à-vis de l’apophyse coronoïde du cubitus, 19 du côté sain, 23 du côté malade. — Injection de teinture d’iode pure par l’incision ; appareil amovo-innmovible muni d’un orifice vis-à-vis de l’ouverture de l’abcès; un grain de calomel tous les matins ; viande rôtie, bouillon, pain, lait, œufs, bière forte.
Au bout de deux jours les douleurs sont soulagées ; j’ouvre le bandage, le gonflement a diminué, je fais une injection de teinture d’iode, et je resserre l’appareil. — Tous les deux jours je renouvelle la même opération.
Au bout de 15 jours, les douleurs et le gonflement avaient considérablement diminué , la fistule fournissait un pus séreux ; je prescrivis trois cuillerées d’huile de foie de morue et cinq grains d’iodure de potassium par jour. — Les injections ne furent plus pratiquées que tous les 5 ou 6 jours.
La dose d’huile de foie de morue fut portée progressivement à 6 cuillerées et celle d’iodure de potassium à 15 grains par jour. — Au bout de trois mois (fin d’octobre 1851), la douleur avait totalement disparu, le gonflement était peu intense; cependant le stylet pousse dans le trajet fistuleux arrivait toujours sur une surface osseuse dénudée. J imprimai des mouvements à l’articulation, puis j’appliquai un appareil amidonné assez fortement serré, mais ne comprenant que la moitié inférieure du bras et les deux tiers supérieurs de l’avant-bras. — Suppression de l’iodure de potassium. — Continuation du régime et de l’huile de foie de morue. — Tous les 8 jours j’ôtais l’appareil, je faisais une injection de
teinture d’iode, et j’imprimais des mouvements à l’articulation, pour éviter l’ankylose.
En avril 1852, le stylet ne trouvait plus d’os dénudé, bien qu’aucun séquestre n’eût été expulsé ; je supprimai l’appareil immobilisateur, et je n’appliquai plus qu’une bande compressive amidonnée autour du coude.
En juin 1852, guérison complète, il ne reste plus qu’un ulcère cutané de deux centimètres de diamètre à l’endroit où avait existé le trajet fistuleux , il n’y a pas d’ankylose , les mouvements de flexion sont libres, mais les mouvements d’extension sont arrêtés au quart de flexion par la rétraction du biceps, qu’on sent sous forme d’une corde tendue. Le diamètre du coude est le même des deux côtés (19 1/2 centimètres). — Continuation du régime, suppression de tout médicament.
Tumeur blanche du coude. — Deuxième période.
Madame L., âgée de 35 à 40 ans, tempérament bilioso-nerveux, yeux noirs, cheveux noirs, n’ayant jamais été malade, éprouve des douleurs dans le coude droit depuis huit mois. Elle attribue l’origine de ce mal à l’action d’un refroidissement. Un médecin qui l’a vue au début lui a ordonné des frictions excitantes, puis des cataplasmes ; un autre, appelé il y a un mois, a trouvé un abcès qu’il a ouvert, puis a aussi prescrit des cataplasmes. Cependant les douleurs et le gonflement n’ont fait que s’accroître.
Appelé le 8 mai 1852, je la trouve dans l’état suivant : Douleurs intolérables empêchant le sommeil et obligeant la malade à garder le lit, exaspérées par le moindre contact, le moindre mouvement. Fièvre, pommettes injectées, appétit faible. Coude droit offrant un volume double de celui du coude gauche, très-chaud, rouge; la tuméfaction s’étend en diminuant insensiblement jusqu’au tiers inférieur de l'avant-bras, et jusqu’au tiers moyen du bras. A la partie interne et postérieure, vis-à-vis de l’épitrochlée, se trouve l’oriGce du trajet fistuleux, qui fournit une petite quantité de pus crémeux. Au côté externe, vis-à-vis de de l’articulation radio-humérale, il y a une bosselure très-douloureuse, mollasse, offrant une espèce de fluctuation qui n’était pourtant pas bien franche. J’y pratique une ponction au moyen du bistouri, puis, voyant qu’il ne sortait pas de pus, je l’élargis afin de procurer une évacuation sanguine et un dégorgement. —
Larges frictions d’onguent mercuriel belladonné trois fois par jour. — Cataplasmes. — Avant-bras placé dans une position élevée sur un coussin. — Deux grains de calomel tous les matins , une pilule d’un grain d’extrait, gommeux d’opium le soir.
Le 10 mai les douleurs sont moins fortes; le gonflement commence à diminuer; la malade a dormi ; l’appétit augmente. Les mouvements de l’avant-bras déterminent la production d’une crépitation dans l’articulation ; le stylet poussé par le trajet fistuleux arrive sur un os dénudé offrant une surface rugueuse. — Je ramène l’avant-bras à la demi-flexion; bandage amidonné s’étendant de la main au tiers supérieur du bras.
Le lendemain, la malade est levée; les douleurs sont faibles; j’opère la section de l’appareil, le long de sa partie interne et antérieure. Une once de sel de Sedlitz. — Tous les jours j’ouvre l’appareil pour panser la plaie, faire une friction mercurielle et le resserrer.
Le 20 mai, les douleurs sont presque nulles, la tuméfaction est bornée au coude, l’appétit revient, la malade se promène dans sa maison. — Je supprime le calomel et les frictions mercurielles. — Régime analeptique, viande rôtie, bouillon, lait, œufs et pain. Promenade au grand air. — Dix grains d’iodure de potassium par jour. — Injections de teinture d’iode répétées tous les jours jusqu'au 26, puis tous les trois ou quatre jours jusqu’au 1er juillet. La dose de l’iodure de potassium est portée progressivement à 40 grains par jour ; vers le milieu de juin, l’estomac étant en bon état, j’y ajoute l’huile de foie de morue, à la dose de trois, puis de six cuillerées par jour.
Le 1er juillet, toute douleur a disparu ; le gonflement est considérablement réduit; le stylet poussé par le trajet fistuleux touche toujours l’os dénudé. — Mouvements de l’articulation du coude; appareil n’allant plus que jusqu’à la moitié de l’avant-bras, de façon à laisser la main libre. — Injections de solution de nitrate d’argent tous les 8 jours.
Au bout d’un mois, l’appareil est remplacé par une simple bande roulée, il n’y a pas d’ankylose, mais seulement limitation des mouvements dans le sens de l’extension.
Comme elle insistait pour être guérie tout à fait, je lui proposai d’enlever la portion d’os dénudée, elle n’y consentit pas. — Depuis le 1er septembre 1852, je l’ai perdue de vue.
Tumeur blanche du coude. — Trajets fistuleux multiples.
Le nommé Van R., de Londerzeel, âgé de 10 ans, constitution faible, peau blanche, tempérament lymphatique, a mal au coude droit depuis environ une année. On lui a ordonné des frictions d’huile de foie de morue, puis des cataplasmes ; pas de traitement interne. Il y a trois mois, les douleurs augmentèrent beaucoup, et la tuméfaction s’accrut rapidement, surtout au côté interne du coude.
Il se présente à la consultation gratuite de l’hôpital St-Pierre, en septembre 1852. Le coude était énorme, l’avant-bras placé au quart de flexion; les douleurs étaient vives, augmentaient vers le soir et empêchaient le sommeil. Amaigrissement et perte d’appétit. Fluctuation (abcès) au côté externe du coude. M. Seutin ouvre cet abcès par une ponction ; réduction de l’avant-bras à la position dem i-fléchie ; appareil amovo-inamovible avec petite ouverture vis-à-vis de l’abcès. Régime analeptique, huile de foie de morue.
Tous les huit ou dix jours cet enfant vient se faire panser. Dès la première fois, les douleurs avaient considérablement diminué ; elles étaient devenues très-supportables.
Cependant de nouveaux abcès se produisirent au côté externe du coude et autour de l’olécràne, ils furent ouverts successivement; le pus fusa le long des gaînes musculaires de la partie interne jusqu’au tiers moyen de l’avant-bras et jusqu’au milieu du bras et forma là des collections. Le stylet touchait les os dénudés, et les mouvements provoquaient de la crépitation. Aux moyens précédents on joignit les injections d’opodeldoch et les bains locaux au bicarbonate de soude pris deux à trois fois par semaine. — Au mois de mars 1853 le coude malade avait encore 25 centimètres de circonférence vis-à-vis de l’olécrane, tandis que le coude sain en avait 17. Cependant les douleurs ne se réveillaient plus que quand on remuait le bras, la suppuration diminuait, les trajets fistuleux offraient un aspect satisfaisant, la constitution s’améliorait.
A la fin de mai, on remplaça le bandage amidonné par l’appareil au plâtre de M. Mathysen. Ce bandage fut laissé 15 jours. Au bout de ce temps, on s’aperçut que le plâtre tombait en poudre, que les bandes se décollaient et que l’appareil se désaggrégeail ; contrairement à ce qu’on
avait espéré, le pus l’avait imprégné, comme le bandage amidonné. On le supprima donc, et on le remplaça par une bande roulée amidonnée et un fort carton soutenant le coude et l’avant-bras.
Aujourd’hui (16 juillet 1853) la tuméfaction est en voie de décroissance, les trajets fistuleux se cicatrisent. Il n’y a pas ankylosé complète, l’état général est satisfaisant et l’on marche vers la guérison de cette maladie si grave. Continuation du traitement.
Ce résultat est d’autant plus beau que la position de fortune des parents ne leur permet pas de suivre bien strictement le régime, et que, cet enfant ne venant à la consultation qu’à des intervalles éloignés, son mal n’a pas reçu des soins aussi suivis ni aussi assidus qu’ils auraient dû l’être.
J’ai rapporté ces nombreuses observations de tumeur blanche du coude, toutes relatives à des cas qui, dans les idées généralement reçues, auraient nécessité l’amputation, pour démontrer la puissance d’une thérapeutique rationnelle dans ces cas. On voit qu’avec les moyens que je recommande, on peut dans les circonstances les plus graves éviter cette opération, et guérir môme sans ankylosé; car dans aucun cas je ne l’ai observée. On voit que ce n’est pas sans raison que j’ai dit que nous aurions pu éviter l’amputation dans le cas de l’observation LXXV, empruntée à Dupuytren.
M. Bonnet a imaginé divers appareils de mouvement pour les articulations du coude. 11 en est de simples et de composés. Ceux-ci se composent d’une planchette supportant la force postérieure du bras, et d’un double montant soutenant l’avant-bras, articulé avec cette planchette, et se mouvant sur un cadran autour du point d’articulation. Au moyen d’une corde fixée au poignet, et passant sur une poulie placée à l’extrémité de la planchette, le patient fait mouvoir l’avant-bras au moyen de la main saine. — Un autre appareil est destiné à imprimer des mouvements de rotation au radius : le poignet est fixé à une tige de fer horizontale, que le patient incline de côté et d’autre, de façon à le faire tourner. — Je suis toujours à me demander quels avantages le chirurgien de Lyon trouve à ces mouvements sur ceux imprimés par les mains? A coup sûr ils ne seront pas aussi bien exécutés. Je suis à me demander aussi quel accord il y a entre la contraction volontaire des muscles et ces mouvements? Ceux-ci sont tout passifs, et la seule différence, c’est que le patient les met en jeu, et non le
chirurgien ni ses aides. Du reste, les nombreuses observations qu’on vient de lire démontrent que l’on peut parfaitement guérir les cas les plus graves et éviter l’ankylose, sans recourir à tous ces appareils.
Diverses machines ont été proposées pour redresser les ankylosés du coude. La plus célèbre est celle de Manget (1). C’est une double gouttière articulée au niveau du coude; ses deux extrémités portent en regard, à leur partie interne, deux écrous, dans lesquels s’engage une tige en fer portant un peu de vis. En tournant cette tige, on écarte ou on rapproche les deux gouttières. M. Bonnet a réduit les deux gouttières à deux bracelets, un pour le bras et un pour l’avant-bras. On pourrait mettre la vis au milieu, au lieu de la mettre au côté interne ; on pourrait de plus y ajouter une pièce médiane en cuir qui appuierait sur le coude ou qui le tirerait, selon les cas, pour aider son extension ou sa flexion. — Je doute fort pourtant que, avec la méthode de Langenbeck, on soit jamais obligé de recourir à cet instrument.
Les observations précédentes démontrent que les cas d’opérations graves seront excessivement rares. Dans tous, la résection est bien préférable à l’amputation : c’est un fait bien établi aujourd’hui par les succès de MM. Roux, Maisonneuve, Textor, Blasius, etc. Elle peut ne comprendre que l’épitrochlée, ou l’épicondyle, ou l’une des tubérosités articulaires de l’humérus, ou l’olécràne (Textor), ou l’extrémité supérieure du cubitus (Heyfelder), ou l’extrémité supérieure de l’avant-bras (Textor, Blasius). On peut aussi enlever l’extrémité inférieure de l’humérus avec une partie du cubitus (Textor, Key), ou du radius (Textor, Jaeger). On peut enfin la faire porter sur une assez grande longueur des trois os du coude. Le choix entre ces différents modes opératoires sera indiquée par l’étendue de la lésion ; il faut toujours enlever les portions les moins longues possible; on réunit ensuite à angle droit, et on applique l’appareil amidonné. Il se dépose dans le foyer du sang et des matériaux fibrineux qui s’organisent exactement comme dans les fractures, et soudent les deux parties du membre ensemble. — Peut-être pourrait-on essayer, en faisant exécuter de légers mouvements alors que cette matière est encore à l’état fibreux, d’établir une pseudarthrose, et d’éviter ainsi la soudure complète. Ce résultat pourrait surtout être obtenu dans le cas où la résection a porté seulement sur l’humérus, ou seulement sur les os de l’avant-bras. —
(1) Manget, Thésaurus chirur g iœ.
— ÜoO
Quant à l’amputation, elle ne serait légitimée que dans le cas où tous les tissus, jusqu’à la peau, seraient transformés en tissu lardacé, ou dans celui
où les muscles, la peau, les vaisseaux et les nerfs seraient largement disséqués par la suppuration. Encore la plupart de ces cas peuvent-ils par un traitement convenable être ramenés à cet état où la résection est possible.