‹ Traité des tumeurs de l'oeil de l'orbite et des annexesChapitre 34 sur 128 · SYMPTÔMES. COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES. COMPLICATIONS

accidents, mais il en est bien autrement quand la paroi crânienne est défoncée. On trouvera dans le Traité des maladies des yeux de Panas un très bol exemple d'exostose ayant ainsi envahi la cavité crânienne (fig. 62).

De pareils néoplasmes sont toujours plus ou moins difficilement tolérés par le sujet quand on les abandonne à leur évolution normale; et ils sont abordables dans de bien mauvaises conditions quand on cherche à les enlever. L'envahissement du crâne est pour un ostéome orbitaire une grave complication à laquelle il faut toujours songer dans les cas où l'ostéome siège dans la région supérieure de l'orbite et dans le sinus frontal.

Il ne faut cependant pas s'attendre à constater toujours des phénomènes de compression très marqués dans le cas où la tumeur envahit la boîte crânienne. Le cerveau est un organe très tolérant; on ne connaît que quelques exemples d'ostéomes ayant entraîné de graves accidents cérébraux. Il faut citer notamment l'observation de Carreras-Arago (80) dans laquelle le malade, non opéré, mourut à la suite de troubles cérébraux graves causés paf une tumeur orbitaire à évolution lente. La tumeur, recueillie dans un cimetière, adhérait au front et pesait une livre.

Ce dernier fait est très exceptionnel, et tous les auteurs, John Tweedy (94), Pareja (96), Mitvalsky (127), s'accordent à reconnaître qu'en général l'envahissement du néoplasme vers le cerveau, comme ailleurs, s'opère d'une façon tellement lente et insidieuse que les phénomènes graves de compression font défaut dans la grande majorité des cas.

Il nous suffira de mentionner, pour en finir avec ce chapitre de symptomatologie, les phénomènes inflammatoires secondaires qui se produisent dans l'œil luxé et mal recouvert par les paupières : kératite par lagophtalmos, perforation de la cornée, phlegmon de l'œil. Autour de la tumeur, dans le tissu cellulaire qui l'environne, il peut aussi se former des inflammations phlegmoneuses qui aboutissent à la formation d'ouvertures spontanées, de fistules permanentes. C'est là ce qui s'était produit dans le cas qui nous est personnel. Le malade s'est présenté avec une fistule de l'angle interne de l'œil permettant, très profondément, l'introduction d'une sonde cannelée.

DE l'oSTEOME DE L'ORBITE

Cette observation, que nous rapportons ici, outre diverses particularités intéressantes, est un bel exemple de ces désordres inflammatoires accompagnant l'évolution de l'ostéome orbitaire.

Obs. — Jean M., 33 ans, vient consulter le 29 août 1899, pour une tumeur de la paroi interne de l'orbite, accompagnée d'un trajet fistuleux et d'une forte déviation de l'œil gauche en avant et en dehors.

Dans les antécédents héréditaires du malade, nous ne pouvons relever que peu de détails. Son père, cultivateur comme lui, est mort à l'âge de 60 ans d'une maladie à évolution assez lente et sur laquelle le sujet ne peut nous donner aucune indication précise. La mère a succombé, vers l'âge de 60 ans également, à une affection de l'estomac, une tumeur de cet organe, nous dit le malade, sans pouvoir préciser. Il a quatre frères et une sœur, tous bien portants, et n'ayant fait aucune maladie. Aucune diathèse évidente dans la famille. Pas de traumatisme.

Il y a sept ans environ, un jour, dans l'après-midi, sans avoir remarqué quoi que ce fût d'anormal les jours précédents, le malade ressentit une vive douleur au niveau et en arrière de l'œil gauche. Cette douleur s'accrut pendant une heure ou deux, s'irradiant à la moitié correspondante de la tète ; en même temps, l'œil fit saillie. Les tissus circonvoisins, paupière supérieure en particulier, devinrent rouges, tuméfiés, douloureux à la pression. Cet état dure environ une quinzaine de jours, pendant lesquels l'œil, exposé à l'air, est déjeté en dehors et atteint d'une légère conjonctivite et de larmoiement.

Au bout de 15 jours, les douleurs se calment, la tuméfaction disparaît et l'œil reprend, ou à peu près, sa situation normale. Mais deux ou trois mois après, le patient constate, en portant la main à ce niveau, la présence, à la partie interne de l'orbite, d'une petite tumeur dure et de consistance osseuse, qui, depuis, ne cessa de s'accroître. L'œil est atteint d'un larmoiement léger.

Trois ou quatre ans se passent sans douleurs . Au bout de ce temps, les phénomènes du début réapparaissent : vive douleur irradiée dans l'orbite, se propageant à la moitié correspondante du front et de la tète, gonflement, rougeur, chaleur des tissus environnant le globe de l'œil. En même temps, des symptômes de fièvre, élévation de température, frissons, céphalalgie entrent en scène au bout de cinq ou six jours. Un médecin, enfin appelé, pratique, au côté interne et supérieur de la tuméfaction, une incision qui livre passage à une certaine quantité d'un pus jaunâtre et légèrement sanguinolent. Le malade éprouve un soulagement immédiat, mais le trajet fistuleux, ainsi créé, suppure encore pendant six mois, puis s'arrête. Le pus s'écoulait peu à peu, sans être influencé par la pression. La suppression de la suppuration ne s'accompagna d'aucun phénomène douloureux.

Pendant tout ce temps, l'œil est projeté en avant et en dehors, et lapalpation permet de constater l'accroissement, lent et progressif, de la tumeur à consistance osseuse, située à ce moment à la partie supéro-interne de l'orbite.

Pendant deux ans encore, le patient n'éprouve aucune douleur et continue à exercer son métier. Puis, brusquement, apparaît une troisième poussée inflammatoire, si intense, que la tuméfaction atteint les deux orbites. La céphalée et la douleur, très violentes, éclatent de nouveau, accompagnées d'une poussée fébrile. Le pus ne tarde pas

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