SYMPTÔMES. COMPLICATIONS
à se faire jour de lui-même à l'extérieur et s'écoule abondamment ; il se forme un trajet fistuleux qui ne s'est jamais complètement fermé.
Au moment où le malade se présente à la consultation, on constate, à première vue, une forte protrusion du globe oculaire gauche, en avant et en dehors. Les paupières en se refermant, parviennent cependant à le recouvrir complètement (fig. 63).
Au niveau de la partie moyenne de l'arcade orbitaire, et un peu au-dessous de cette arcade, se trouve un petit orifice fistuleux d'où s'échappe une gouttelette de pus. Un
stylet, introduit par cet orifice, pénètre dans un trajet fistuleux et vient buter contre la paroi supérieure de l'orbite, dont la consistance osseuse est facilement appréciable. Les points lacrymaux sont déviés en dedans. Mais ce que l'on constate de très important, c'est la présence, au niveau de l'angle supéro-interne de l'orbite, d'une tuméfaction dure, irrégulière, de consistance osseuse. A son niveau, la peau n'est que peu modifiée.
La palpation, indolore, permet d'apprécier assez nettement les limites du mal ; en dedans, elles se confondent avec la paroi interne de l'orbite, mais sans empiéter en bas sur le plancher ; en haut la tuméfaction osseuse se continue, en s'amincissant, avec la voûte orbitaire, mais sans que Ton puisse distinguer s'il s'agit de rapports de continuité ou de contiguïté. La tumeur s'étend ainsi, en diminuant de volume, jusqu'à- la partie moyenne de la voûte orbitaire. 11 est impossible de reconnaître sa limite postérieure, L'œil, fortement projeté, dévié et comprimé, a vu peu à peu sa puissance fonc-
Fig. 63. — Ostéome de l'ethmoïde envahissant l'orbite.
DE L'OSTÉOME DE L'ORBITE
tionnelle diminuer. Le sujet ne parvient pas avec cet œil, ou tout au moins parvient difficilement, à fixer les objets. On peut cependant s'assurer de l'acuité visuelle, qui est encore égale à i/10.
L'examen ophtalnioscopique montre des lésions de névrite. La papille est reconnais sable à l'émergence des vaisseaux, mais on distingue mal ses contours. Les veines sont grosses, détachées parfois, çà et là ; les artères sont minces et atrophiées.
L'examen des fosses nasales, fait par M. le docteur Moure, révèle l'existence de polypes muqueux.
L'intervention chirurgicale, qui a lieu le 30 août 1899, fait voir qu'il s'agit d'un ostéome, solidement implanté dans l'os planum de l'ethmoïde. Une incision curviligne, pratiquée à la partie supéro-interne de la base de l'orbite, a permis d'arriver directement sur la tumeur. Celle-ci est d'abord détachée des parties voisines à l'aide de quelques coups de gouge, puis extirpée au davier. La néoplasie faisait saillie, mi-partie dans la fosse nasale, mi-partie dans l'orbite gauche. La portion nasale est tapissée de
Fig. 6/,. — Ostéome de l'elhmoïde Fie. 65. — Coupe de l'ostéome montrant (grandeur naturelle). une partie éburnée et une partie spon-
gieuse.
polypes muqueux, à sa partie inférieure. Le champ opératoire présentait une vaste cavité, dans laquelle le toucher digital constatait que l'os planum de l'ethmoïde était en partie détruit. Les fosses nasales communiquaient largement avec la cavité orbitaire. Une abondante irrigation au cyanure enlève les caillots sanguins, et la plaie opératoire, bourrée de gaze iodoformée, est refermée par quelques points de suture. Un orifice est cependant laissé à la partie inférieure, pour retirer la mèche de gaze.
La cicatrisation est terminée le 21 septembre, et le patient demande à quitter l'hôpital. A ce moment, son état général est excellent, et l'œil a repris sa direction normale, mais le muscle grand oblique a perdu son point d'appui et par suite ses fonctions ; cependant le sujet n'accuse pas de diplopie.
Le sac lacrymal s'étant trouvé détruit, on constate des phénomènes de larmoiement. L'acuité visuelle est égale à 1/3, à l'aide d'une lentille positive de 2 D. L'examen ophtalmoscopique montre une régression très accentuée des phénomènes de névrite. La papille est encore rouge, mais ses contours sont nets. Les artères ont repris, ou à