‹ Traité des tumeurs de l'oeil de l'orbite et des annexesChapitre 36 sur 128 · DIAGNOSTIC. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC. PRONOSTIC

peu près, leur calibre normal. Les veines ont considérablement diminué de volume et se rapprochent des dimensions ordinaires ; leur flexuosité a disparu.

L'examen rhinoscopique, pratiqué de nouveau par M. le docteur Moure, permet de constater la disparition totale des dégénérescences polypoïdes, relevées par l'examen antérieur des fosses nasales. L'air passe aussi facilement par la narine gauche que par la narine droite.

L'examen anatomique de la pièce montre qu'il s'agit d'un ostéome du type éburné. Sa surface est irrégulière, mamelonnée, son volume celui d'un gros œuf de poule (fig. 64 et 65), et sa base d'implantation, correspondant à l'os planum, est à peu près de la largeur d'une pièce de 2 francs. Il laisse voir au niveau de sa face inférieure les deux ou trois polypes qui avaient été reconnus à l'examen rhinoscopique.

Nous avons récemment revu ce malade ; depuis plus de deux ans la guérison est parfaite.

A travers ces fistules, l'ostéome peut quelquefois s'éliminer ; dans le cas de Lediar (89), après six ans de suppuration, le néoplasme s'engagea spontanément dans l'orifice cutané et se détacha. Quelquefois la peau éclate en quelque sorte sous l'influence de la distension que lui impose la néoplasie ; dans le fait de Imre, un an après la perforation du tégument, la tumeur tomba d'elle-même comme un fruit mûr. On peut expliquer de la même manière ce qui se passa dans l'observation d'Ed. Bell (13), où il est dit que sous l'influence d'un remède secret, après deux applications, la tumeur se détacha d'elle-même.

A la Société d'ophtalmologie de Moscou nous trouvons encore un exemple analogue digne d'être conservé. Le cas appartient à Strachow1. Le malade, âgé de 30 ans, se présenta à l'hôpital ophtalmique de Moscou avec un grand ulcère dans l'angle interne de l'orbite. Cet ulcère résultait de l'extraction d'un gros ostéome que le patient avait pratiquée lui-même pour calmer les douleurs qu'il éprouvait, après avoir refusé l'intervention chirurgicale qui lui avait été proposée. En se présentant à l'hôpital le malade portait la tumeur dans sa poche ; cette tumeur, très volumineuse, pesait Qli grammes; elle avait été arrachée avec la lame papyracée de l'ethmoïde et l'un des os propres du nez.

Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic peut être fait à deux

1 Strachow, Sur un cas d'ostéome de l'orbite. Société des oculisles de Moscou, io oct. 1899.

33a de l'ostéome de l'orbite

périodes distinctes : 1° au début, quand la tumeur est inaccessible à l'exploration; 2° à la période d'état, quand la tumeur orbitaire est évidente.

1° A la première période, la symptomatologie se borne presque toujours à quelques douleurs névralgiques irradiées, intermittentes, et le diagnostic est vraiment très difficile. Il l'est surtout lorsque l'ostéome est encore enfoui dans l'une des cavités voisines de l'orbite, le sinus frontal, ou maxillaire, les cellules ethmoïdales; quand le néoplasme consiste seulement dans l'épaississement des parois osseuses de ces sinus, il n'est pas possible de faire le diagnostic, l'affection n'entraînant en somme aucune manifestation spéciale.

Quand l'ostéome se développe au pourtour de l'orbite, dans la région accessible au doigt, on peut dès la première heure penser à cette affection, surtout si le sujet est d'un âge peu avancé et si aucune cause d'hyperostose (traumatisme, syphilis, corps étrangers) ne vient expliquer la présence d'un gonflement osseux à ce niveau.

2° La deuxième période, celle où l'existence d'une affection orbitaire est certaine, est celle où s'exerce surtout la sagacité du clinicien. 11 s'agit de savoir s'il y a dans l'orbite une tumeur et si cette tumeur est un ostéome.

Le siège de la tumeur, son immobilité, sa dureté spéciale, son évolution lente, l'absence de désordres inflammatoires constituent les éléments principaux du diagnostic.

Il semble qu'avec ces éléments le problème soit très facile à résoudre ; il n'en est rien, et il est possible de prendre pour des ostéomes certaines tumeurs dures, distendues, dont le contenu n'a aucun rapport avec le tissu osseux.

J'ai observé tout récemment un enfant de 14 ans qui portait au niveau de l'os planum une tumeur dure autant qu'une tumeur puisse l'être, dure comme un os, je croyais à un ostéome lorsque l'évolution du mal me démontra qu'il s'agissait d'un simple empyème des cellules ethmoïdales.

Souvent cependant le diagnostic sera facile : l'angiome, le lipome, les kystes et leurs multiples variétés, les anévrismes seront, en règle générale, aisément reconnus.

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