EXOPIITALMIE SANS TUMEUR APPARENTE
et s'accusent, dès leur début, par des symptômes qui rendent leur diagnostic facile.
Ces tumeurs anté-bulbaires pourraient être opposées aux rétro-bulbaires, mais elles ne sont pas assez importantes, ni d'un diagnostic assez difficile, pour mériter de former un groupe distinct. Ce qui les concerne trouvera sa place dans ce que nous allons dire des tumeurs de l'orbite en général.
La symptomatologie des tumeurs de l'orbite se déroule donc en deux périodes, qui sont caractérisées : la première par une exophtalmie sans tumeur apparente, la deuxième par l'apparition de la tumeur. Ce sont là les deux conditions dans lesquelles on peut être appelé à formuler un diagnostic.
| 1. — Exophtalmie sans tumeur apparente.
Il faut : 1° reconnaître l'exophtalmie ; 2° rechercher si elle est bien la conséquence d'une tumeur; 3° reconnaître le siège de la tumeur; 4° spéci* fier sa nature et son degré de malignité.
1° Il n'est pas toujours facile de reconnaître l'exophtalmie. Ce symptôme passe longtemps inaperçu et il mérite d'être soigneusement recherché ; son absence a une grande valeur ; dans les cas où on soupçonnera la présence d'une tumeur, quelle que soit la douleur ressentie dans l'orbite, les paralysies musculaires, etc., s'il n'y a pas déplacement de l'œil en avant ou obliquement, on peut affirmer qu'il ne s'agit pas d'un néoplasme, puisque les seules tumeurs qui puissent se développer dans l'orbite, sans entraîner d'exophtalmie, sont les tumeurs voisines de la base, c'est-à-dire accessibles au toucher et toujours aisément reconnaissables.
Il faudra donc soigneusement rechercher l'exophtalmie et la mesurer. Comment ?
C'est ici le lieu de signaler les services que peuvent rendre les divers exophtalmomètres qui ont été imaginés ; sans entrer dans les détails de la question, nous ferons remarquer que tous les praticiens ont à leur dis-
position un instrument très pratique pour cette détermination, c'est l'ophtalmomètre ; au sujet de son application à l'étude de l'exophtalmie, nous recommandons la lecture d'un excellent travail d'Antonelli1 qui a bien montré tous les avantages, à ce point de vue, de l'instrument de Javal. Grâce à cet instrument, il sera facile, dans les cas douteux, de savoir s'il y a oui ou non exophtalmie. Ambialet2 (de Marseille) a décrit récemment un procédé qui nous semble également recommandable.
Il ne nous paraît pas possible de nous arrêter ici sur la théorie ni sur la pratique de l'exophtalmométrie. Il doit nous suffire de signaler la grande importance de cette mensuration dans le diagnostic des tumeurs de l'orbite au début .
Lorsque l'œil est saillant, il n'y a pas toujours exophtalmie : le globe peut être augmenté de volume (hydrophtalmie, buphtalmie) et il faut bien prendre garde de ne pas confondre l'exophtalmie avec la simple exagération des dimensions de l'œil, l'altération des milieux transparents, des membranes oculaires, notamment de la cornée, qui peut être distendue et amincie, parce qu'elle supporte mal la pression intra-oculaire.
C'est une erreur de croire qu'on peut confondre Y exophtalmie et la panophtalmie : la panophtalmie, en s'accompagnant d'une poussée congestive intense des tissus rétro-bulbaires, entraîne souvent de l'exophtalmie; l'œil est chassé en avant plus ou moins, selon l'intensité des désordres inflammatoires rétro-oculaires, et il y a alors coexistence des deux états morbides, le second étant la cause'du premier. En pareil cas, l'exophtalmie existe, et le chirurgien doit s'appliquer à en pénétrer la cause.
2° Cause de l 'exophtalmie. — Quand l'œil est chassé en avant par les phénomènes inflammatoires, il se produit tout un cortège de symptômes qui viennent mettre sur lavoie du diagnostic : fièvre, rougeur, chaleur, douleurs ; le diagnostic ne saurait être douteux que dans les cas où ces phénomènes se développent sur un œil préalablement exophtalmié; les accidents inflammatoires peuvent alors venir masquer ies signes propres
'Antonelli, Archives d'ophtalmologie, 1894, p. 529.
2Ambialet, Des protrusions oculaires. Ophtalmométrie exorbitaire, Société française d'ophtalmologie, igo3.