EXOPHTALMIE SANS TUMEUR APPARENTE /J
à la tumeur. L'étude des commémoratifs viendra mettre sur la voie.
L'exophtalmie peut être la conséquence d'un épanchement sanguin d'origine traumatique; la notion de l'accident, autant que l'apparition précoce d'une ecchymose sous-conjonctivale seront d'un grand secours pour le diagnostic ; il en sera de même dans le traumatisme accompagné de corps étrangers, balles, morceaux de bois, etc.
L'œil peut être quelquefois chassé par un emphysème traumatique, reconnaissable à la brusquerie de son début, à la crépitation, ainsi qu'à sa tendance naturelle à une guérison rapide.
L'exophtalmie peut encore succéder à la paralysie des muscles droits des yeux : il y aurait alors ophtalmoptosis ; c'est là ce qui se produit après l'opération du strabisme ; lorsque laténotomiea été très complète, on voit le globe de l'œil se porter en avant, non pas sous l'influence de la seule paralysie musculaire, mais à cause de la traction qu'exercent les muscles obliques, protracteurs du globe; ce n'est pas une ptôse de l'œil, c'est bien une véritable exophtalmie, et une exophtalmie active qui se produit en pareil cas ; il faudra soigneusement la différencier de celle qui résulte de la poussée antéro-postérieure d'un néoplasme ; en face d'un œil atteint d'une légère exophtalmie, il faudra toujours rechercher l'état des muscles et apprécier leur bon fonctionnenement.
L'exophtalmie peut être encore liée à la présence du goitre ; lorsque le goitre exophtalmique est bien caractérisé par ses symptômes principaux, tumeur thyroïdienne, palpitations cardiaques, tremblement des mains, exophtalmie bilatérale, le diagnostic ne présente aucune difficulté, mais il n'en est pas de même au début du mal; l'exophtalmie peut être monolatérale et les autres signes de goitre exophtalmique très peu nets.
J. Terson (de Toulouse) a attiré l'attention sur les manifestations unilatérales du goitre exophtalmique, et Trousseau 1 a rapporté plusieurs cas dans lesquels il a noté cette particularité. De même Rutten 2 a publié une observation de goitre exophtalmique, dans laquelle il put faire le
1 Trousseau, L'exophtalmie unilatérale dans la maladie de Basedow. La clinique ophtalm., 10 avril 1902.
2 Rutten, La clinique ophtalmologique, 10 août 1902.
diagnostic, malgré l'unilatéralité de la protrusion oculaire, grâce aux signes bien connus de Stelwag et de de Grœfe.
Mais ce sont là des faits bien exceptionnels, et nous pensons avec Truc 1 qu'il n'y a pas lieu d'en tenir grand compte en clinique. L'unilatéralité bien constatée de l'exophtalmie est un signe de premier ordre permettant d'écarter l'hypothèse de la maladie de Basedow.
C'est par un examenattentifdel'étatgénéral qu'on arrivera à reconnaître la cause de cette protrusion du globe oculaire ; en dehors des signes propres au goitre exophtalmique, on recherchera ceux qui accompagnent les maladies du cœur et, d'une façon générale, tous les troubles de la circulation ; la seule gêne de l'écoulement du sang veineux peut entraîner dans l'orbite un gonflement des veines, bien capable de produire un peu d'exophtalmie. En pareille circonstance, l'exophtalmie est souvent intermittente et peut alterner avec l'enophtalmie. Dans tous les cas douteux, il faudra tenir compte de trois signes essentiels :
a) la tumeur de l'orbite est presque toujours unilatérale, tandis que le goitre exophtalmique, les troubles de la circulation ont une grande tendance à entraîner une double exophtalmie ;
b) L'exophtalmie qui est consécutive à une tumeur est en général stable, toujours la même, sans variation quotidienne ; celle qui tient à une gêne de la circulation, et même au goitre exophtalmique, présente dans la même journée de grandes variations;
c) L'exophtalmie qu'entraîne le goitre exophtalmique, ou toute autre maladie générale, est directe, et la seule tumeur à laquelle il faille songer en pareil cas est celle du nerf optique qui, de très bonne heure, produit des désordres papillaires et des troubles de la vision; une exophtalmie directe, sans lésion du fond de l'œil et sans diminution de l'acuité, devra donc faire songer à autre chose qu'à un néoplasme.
C'est ainsi que, par exclusion, on arrive à éliminer tout ce qui peut entraîner de l'exophtalmie en dehors du néoplasme et à reconnaître que la protrusion de l'œil est bien la conséquence d'une tumeur de l'orbite dont il faut, pour terminer, reconnaître le siège et la nature.
1 Truc, La Clinique ophtalmologique, juillet 1903.