EXOPHTALMIE AVEC TUMEUR APPARENTE
Ostéomes. — Ils se développent la plupart du temps dans le sinus frontal ou dans les anfractuosités ethmoïdales pour entrer secondairement dans l'orbite, après avoir quelquefois envahi la cavité crânienne elle-même. L'illumination des cavités de la face, selon la méthode des rhinologistes, la radiographie et la radioscopie permettront de préciser les rapports et l'origine de cette affection, sur la nature de laquelle il y aura, en général, peu d'hésitation.
Il faut signaler, comme pouvant conduire à une erreur de diagnostic, certaines tumeurs enkystées des cellules ethmoïdales, soulevant l'os planum, et venant ainsi faire saillie sur la face interne de l'orbite. Nous avons observé un petit malade de 12 ans qui portait ainsi, dans l'angle interne de l'œil, derrière l'os unguis, une tumeur dure comme de l'ivoire. Pendant longtemps nous la considérâmes comme un ostéome au début. Les progrès du mal démontrèrent qu'il s'agissait d'une collection kystique ethmoïdale. A côté des ostéomes à proprement parler, il faut signaler les faits d'hyperostose généralisée aboutissant à un épaississement souvent énorme des parois de l'orbite, épaississement simulant une tumeur et en produisant tous les symptômes. La ponction exploratrice sera dans ce cas une ressource précieuse.
Fibromes. — Les fibromes purs et les tumeurs fibroqjlastiques sont lents dans leur développement, ce sont des néoplasmes durs; quelquesuns même peuvent en imposer, par leur consistance, au point de faire croire à un ostéome; ils tiennent le milieu entre les tumeurs bénignes et malignes de l'orbite, qui comprennent toutes les variétés de sarcomes et de carcinomes orbitaires.
Lymphomes. — Carcinomes. — Sarcomes. — Le lymphadénome ou lymphome de l'orbite a pour caractères principaux d'intéresser les deux côtés et de constituer ce qu'on a appelé les tumeurs symétriques de l'orbite ; elles coïncident la plupart du temps avec un état leucémique très prononcé, mais il faut bien savoir cependant que cette affection peut exister sans qu'il y ait augmentation de globules blancs dans le sang. On a alors affaire à la pseudo-leucémie ou adénie. Le lymphadénome
/jg6 DIAGNOSTIC DES TUMEURS DE l'ûRBITE
peut exceptionnellement être unilatéral. Rollet 1 a récemment publié une observation dans laquelle on remarquait cette particularité.
L'examen attentif du système ganglionnaire, de l'état général et du sang permettent presque toujours de préciser le diagnostic.
Le carcinome de l'orbite peut être la conséquence de l'infiltration, dans les parties profondes, d'un épithélioma conjonctival, ou se développer primitivement dans l'épithélium de la glande lacrymale principale. Ces deux variétés sont très rares. Il n'y a dans la science qu'un nombre infime de tumeurs de ce genre dans lesquelles l'examen histologique soit démonstratif. 11 suffira donc ici d'en signaler l'existence.
Les sarcomes de l'orbite sont, au contraire, très communs et doivent nous arrêter assez longuement. Ils se développent, tantôt dans le périoste, tantôt dans les parties molles de l'orbite, tantôt primitivement dans l'œil, d'où ils sont sortis en détruisant les enveloppes. Ces derniers cas sont les plus communs. Ils sont reconnaissables à ce fait que l'œil a, depuis longtemps, présenté les signes d'une tumeur intra-oculaire ; ce sont la plupart du temps des tumeurs mélaniques, remarquables par leur malignité. Ce sont aussi quelquefois des leuco-sarcomes clioroïdiens ou des tumeurs de la rétine entraînant dans l'orbite la prolifération morbide qu'on désigne sous le nom d'exophtalmie fongueuse.
Les sarcomes développés dans le périoste orbitaire sOnt fréquents, notamment à la voûte de l'orbite; ils revêtent alors les caractères de l'ostéo-sarcome : l'os est douloureux et tuméfié, la région morbide est, tout autour de la tumeur, le siège d'un gonflement diffus, d'un empâtement, à la surface duquel les vaisseaux sont augmentés de volume. Ces ostéo-sarcomes ont une marche très maligne, surtout chez les enfants ; ils sont constitués par des cellules embryonnaires à développement rapide ; à leur niveau la température locale est plus élevée que sur le côté opposé, pris comme point de comparaison; l'œil est de bonne heure entouré par les masses morbides et comme immobilisé au milieu d'elles ; les muscles sont annexés et détruits par le néoplasme ; les nerfs sont également détruits et avant de disparaître entraînent des douleurs qui sont
1 Rollet, Revue générale d'ophtalmologie, février 1903.