‹ Traité des tumeurs de l'oeil de l'orbite et des annexesChapitre 70 sur 128 · TUMEURS DES PAROIS · texte numérisé non relu

TUMEURS DES PAROIS

tumeurs bénignes sont les collections enkystées, les kystes hydatiques du sinus et surtout les ostéomes ; les tumeurs malignes sont les ostéosarcomes et les tumeurs épithéliales, nés dans la muqueuse du sinus et surtout dans les cellules ethmoïdales.

A. Tùmeurs liquides. — Il existe dans la science une dizaine de faits de kystes hydatiques des sinus frontaux, dont quelques-uns ont été traités chirurgicalement ; il. convient, dans ce cas, d'intervenir en ouvrant largement le sinus et de nettoyer la cavité osseuse comme on le fait pour la cure radicale des sinusites ; c'est là ce que font, d'après ce que rapporte Escarraguel1, les bergers de la Camargue sur leurs brebis fréquemment atteintes de kystes hydatiques du sinus : « Lorsque ces animaux présentent des cas d'hydatides des os du crâne et que ces derniers, usés, amincis, bombent en tumeurs, ils brisent tranquillement cette portion de la boite crânienne, vident les hydatides et, par cette opération, guérissent leurs animaux. »

On peut encore rencontrer dans les sinus des polypes muqueux, souvent compliqués d'infections, de sinusites, de fistules, de concrétions calcaires. Leur ablation sera des plus simples après la large ouverture du sinus.

Le sinus peut être le siège de véritables collections séreuses, enkystées, prenant un grand développement par la distension progressive des parois osseuses de la cavité normale. Nous en avons observé un cas, encore inédit, que nous ne publierons pas ici pour ne pas surcharger ce chapitre, et que le lecteur trouvera dans le livre X de cet ouvrage ; mais ce sont là des raretés. Les néoplasmes que nous devons surtout prendre en considération dans ce paragraphe sont les ostéomes.

B. Ostéomes. — Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'opportunité du traitement chirurgical des tumeurs osseuses orbitaires. Les uns estiment que l'ablation de ces tumeurs doit être la règle, dans le but non seulement d'éviter la défiguration du patient, mais encore de conserver sa vision et même sa vie, menacée par la pénétration de l'ostéome à l'inté-

1 Escarraguel, Des hydatides du tissu osseux. Th. Montpellier, i838, p. 25.

TRAITEMENT DES TUMEURS DE i/ORBITE

rieur du crâne. Les autres, et parmi eux Panas, pensent qu'il faut être sobre d'interventions.

Il est très exact que certains ostéomes, très lents dans leur développement, causent peu de gêne et, sans danger, peuvent être respectés. Si l'ostéome est petit, avec évolution indolore et sans aucune complication inflammatoire, on devra n'y pas toucher; dans certains cas même, dit Mackenzie1, il faudra se contenter, quand la vision est perdue, d'enlever le globe de l'œil pour éviter de gros désordres inflammatoires et de vives douleurs. Demarquay2, si l'œil a perdu ses fonctions, recommande aussi son énucléation ; d'une façon générale, il conseille l'ablation totale quand les tumeurs sont superficielles, et l'extirpation partielle quand la néoplasie est profondément placée. Pour peu que la tumeur menace le crâne, Demarquay, comme plus tard Panas, recommande la plus grande prudence.

De Wecker3 est partisan de l'opération radicale, mais en faisant des réserves qui résultent des cas malheureux dont il rapporte l'observation (Halthenoff).

Berlin4 émet une opinion décourageante au sujet de l'intervention chirurgicale. Il a réuni 32 cas d'ostéomes, opérés par l'ablation partielle ou la résection totale, et constaté que dans 8 des cas (25 0/0) les malades ont succombé avec complication cérébrale. La gêne occasionnée par la tumeur, la défiguration du sujet ne sont pas, pour l'ophtalmologiste allemand, une cause suffisante d'intervention, et la raison majeure qu'il en donne c'est que un quart des opérés meurent. La seule indication, d'après lui, pour enlever la tumeur, est dans la conservation de l'œil, mais comme après tout la conservation de l'œil est secondaire, il ne faut pas mettre en danger la vie du patient ; on n'interviendra que lorsque la paroi supérieure ou cérébrale de l'orbite sera respectée par le néoplasme.

Après l'opinion de Berlin il convient de placer celle de Bornhaupt5, qui, en parlant des ostéomes du sinus frontal, remarque que les données

1 Mackenzie, Traité pratique des maladies de l'œil, t. I, p. 6i.

2 Demarquay, Tumeurs de l'orbite.

3 De Wecker, Trailé d'ophtalmologie, t. IV, p. 85g.

4 Berlin, Ostéome de l'orbite. Handbuch von Grœfe-Sœmisch.

5 Bornhaupt, Arch. f. Chirurgie, t. XXVI, p. 5gg.

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