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KYSTES TRANSPARENTS 7I

Les premières cornes atteignent un volume très considérable, /i5 millimètres dans un cas de Shaw, 42 millimètres dans celui de Mitwalsky, 27 millimètres dans notre fait personnel. Ces longues cornes isolées sont toujours incurvées plus ou moins, quelquefois tordues sur elles-mêmes ; leur couleur diffère toujours de celle de la peau sous-jacente.

Les cornes composées présentent des saillies d'inégale longueur s'élevant en général en ligne droite et dont le nombre varie de h à 10.

Nous en plaçons sous les yeux du lecteur un exemple bien typique (fïg. 182).

Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur la symptomatologie des cornes; il n'y a là aucune difficulté clinique vraiment importante, et le diagnostic sera toujours facile. Quant au traitement, nous n'en parlerons que pour préconiser l'excision assez large de la corne à sa base avec une autoplastie consécutive appropriée, et pour mettre en garde contre les dangers des topiques irritants qui peuvent exciter la prolifération épithéliale et quelquefois provoquer sa transformation maligne.

§ 2. — Kystes transparents.

Après les cornes, prend place l'histoire d'une petite tumeur bénigne qui se développe sur le bord libre des paupières, et mérite un instant de nous arrêter ; c'est le kyste transparent des paupières.

Cette petite tumeur est remarquable par son siège près du bord libre, et de préférence dans la région interne, des paupières, par son volume qui varie de celui d'un grain de mil à celui d'un gros pois, par la lenteur de son grossissement et sa transparence parfaite. Ce dernier signe est assez particulier pour mériter d'être retenu dans la dénomination de cette tumeur, qui a été successivement appelée hydatide par Demours, phlyctène par Velpeau, kyste séreux par Sichel, et enfin kyste transparent par de Wecker.

Ces kystes ne se développent pas dans les glandes sébacées, comme l'a pensé Yvert l, mais bien aux dépens des glandes de Moll,

1 Yveiît, Recueil d'ophtalmologie, janvier et février 1880.

c'est-à-dire aux dépens de ces glandes spéciales, remarquables parce qu'elles n'offrent pas de glomérules à leurs extrémités (Hubert Sattler1) ; ces glandes, situées entre les cils et plus profondément qu'eux, ont un

Fig. i83. — Kyste sudoripare du bord libre des paupières. Trois poches distinctes séparées par de minces cloisons (Desfosses).

conduit excréteur presque rectiligne qui vient presque toujours s'ouvrir dans le conduit d'un follicule pileux.

C'est aux dépens de ces glandes que se développent les kystes trans-

Fig. 184. — Couche d'éléments arrondis entre la paroi propre et l'épithélium; ces éléments correspondentaux fibres lisses des glandes sudoripares (Desfosses).

Fig. i85. — Cloison séparant les kystes, tapissée par un épithélium cubique (Desfosses).

parents des paupières, ainsi que l'a démontré Desfosses2 en 1881

1 Hubert Sattler, Beitrâge zur Kenntniss der modificirten Schweisdrusen des Lidrandes. Arch. f. mikr. Anat., XIII.

2 Desfosses, Kystes sudoripares du bord libre des paupières. Arch. d'ophtalmoloc,is, 1881, p. 80.

CORNES DE LA PAUPIÈRE J$t

Depuis le travail de Desfosses (fig. 183, I8h et 185), il en a paru plusieurs sur ce sujet, confirmatifs de cette manière de voir ; nous citerons notamment ceux de Wintersteiner 1 et d'Ahlstrom2. Wintersteiner, comme Desfosses, a trouvé sur la paroi des cavités une rangée d'épithélium cubique ; il a également remarqué que le siège de prédilection est le voisinage des points lacrymaux, ce qui s'explique à la fois par le plus grand nombre et le plus grand développement des glandes dans cette région, par la compression plus marquée de leurs conduits excréteurs, compression due aux fibres du muscle de Riolan, enfin par l'obturation plus facile des orifices glandulaires, en raison des clignements qui accumulent vers l'angle interne des paupières les débris divers qui circulent dans le sac conjonctival. Dans une deuxième publication sur ce sujet, Wintersteiner montre que le contenu des kystes renferme de nombreux cristaux de sulfate de chaux, se déposant sous forme de sédiments blanchâtres, à la partie la plus déclive du kyste.

Ahlstrom a étudié des faits analogues à ceux de Wintersteiner; il a observé le développement du kyste dans le canal excréteur de la glande et non dans la glande elle-même.

A côté de ces kystes transparents, qui sont de beaucoup les plus fréquents, il convient de faire une petite place aux kystes séreux glandulaires, qui se développent quelquefois dans les glandes de Krause et même dans celles de Meibomius.

Stœwer 3 a étudié des kystes développés dans ces premières glandes, et Wintersteiner a fait connaître l'histoire d'une collection séreuse, grosse comme un noyau de cerise, siégeant à l'extrémité temporale de la paupière inférieure gauche et développée dans une glande de Meibomius.

Nous devons encore signaler ici des kystes qui apparaissent consécutivement à l'inflammation chronique de la conjonctive, notamment

1 Wintersteiner, Ueber Lidrandcysten. Berliner klin. Wochens., n» 4?> P- 1074, 19 novembre 1894, und Arch. f. Auge.iheilL, t. XXXVIII, 1896.

2 Ahlstrom, Kysles transparents des paupières. Annales d'oculistique, février 1903.

3 Stoewer, Kystes des paupières supérieures. Klinischc Monalsbltiller f. Augenheilk., juin 1892.

dans l'ophtalmie granuleuse ; les glandes de la muqueuse s'enflamment,

Fig. 186. — Dégénérescence kystique de la conjonctive tarsale (semi-schématique) trachomateuse. Paupière supérieure atteinte d'eclropion cicatriciel consécutif à un trachome (Frugiuele).

A. portion de la conjonctive la plus malade ; — B, conjonctive moins malade.

le canal excréteur s'oblitère sous l'influence de la sclérose tracliomateuse,

Fig. 187. — Portion A de la conjonctive.

a, tarse; — b, épithélium pavimenteux stratifié ; — c, </, même épithélium tapissant la paroi et les cavités; — e, glande tubuleuse dilatée; — f, traînées épithéliales ; — g, h, cavités kystiques. ( Frugiuele.)

et il se forme des kystes qui ont été bien étudiés par Frugiuele 1 dans

1 Frugiuele, Sulla degenerazione cistica délia congiuntiva tarsale nelle fase cicalriziale del traschoma. Giornale ciel Associazione dei medici e naturalisa, anno X.

CORNES DE LA PAUPIERE

un travail qui mérite d'être connu. Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur ces faits pathologiques rares et sans grande importance clinique, mais nous ferons connaître ici les figures rapportées par notre confrère italien. Ces figures valent mieux qu'une description (fig. 186, 187, 188 et 189).

Enfin on peut encore trouver, dans les paupières, des kystes épithéliaux, développés par un processus particulier et très rare, aux dépens de l'épithélium de la peau; dans un cas de Sala il s'agissait d'une

Fie. i83.

, dilatation kystique; — b, section transversale d'une traînée épithéliale avec lumière centrale (Fruoiuele).

Fig. 189. — EpiLhélium revêtant les cavités kystiques les plus profondes (Frugiuele).

tumeur composée de plusieurs cavités kystiques, de différents volumes, remplies d'un liquide blanchâtre, opalescent, avec détritus sur les parois.

Ces kystes étaient formés par la soudure des soulèvements de la peau palpébrale, ou, pour mieux dire, par des portions de peau qui, invaginées sous forme d'enfoncements, se seraient changées en cavités kystiques par la soudure de leurs bords libres.

Après l'étude des kystes épithéliaux des paupières, nous devons nous arrêter un instant sur les adénomes des glandes palpébrales.

8 3. — Adénomes.

Les adénomes peuvent se développer dans les glandes de Krause, dans celles de Moll et dans celles de Meibomius.

1 Sala, Sur une forme particulière de kystes des^paupières. Archivio di oltalmol., 1900, vol. VII.

Saltzmann1 a étudié ces diverses variétés, il a longuement décrit un néoplasme développé au lieu d'élection des kystes transparents ; ce néoplasme, plus gros qu'une noisette, était entouré d'une capsule conjonctive peu développée, envoyant dans la tumeur un septum la divisant en deux lobes ; la masse morbide était constituée par une dilatation kystique et surtout par des tubes ramifiés, entrelacés, avec des extrémités arrondies en caecum. L'épithélium de revêtement de ces tubes est formé de cellules cubiques et cylindriques, ne permettant pas de douter qu'il ne s'agisse de glandes sudoripares modifiées, c'est-à-dire d'un adénome des glandes de Moll.

L'adénome développé aux dépens des glandes de Krause est caractérisé par l'aspect tubuleux de ses éléments et par la présence d'un épithélium cylindrique modifié ; cette variété de tumeur est très rare. Fuchs et Moauro (cités par Saltzmann) seuls l'ont étudiée. Dans le cas de Moauro, il s'agissait d'une tumeur du volume d'une noisette, faisant saillie du côté de la conjonctive et immobilisée sur le tarse. La base de la tumeur était formée d'un épais noyau de tissu conjonctif envoyant des cloisons dans l'intérieur de la masse morbide formée d'un tissu glandulaire acineux tapissé d'un épithélium cylindrique.

Dans le fait de Saltzmann il s'agissait d'une tumeur, apparaissant dans la fente palpébrale sous la forme d'une masse rosée, inégale, bosselée, saignant facilement; la structure était analogue à celle de la tumeur de Moauro.

L'adénome des glandes de Meibomius a été également décrit par Saltzmann ; dans son cas, venant de la collection du professeur Fuchs, la tumeur avait pris naissance à la partie supérieure du tarse et près de son bord supérieur, elle avait un caractère glandulaire manifeste et des acini complètement remplis de cellules, représentant le type des glandes meibomiennes ; on voyait nettement les acini normaux se transformer en lobules néoplasiques.

On comprend que de cette variété de tumeurs à l'épithélioma il n'y a

1 Saltzmann, Adénomes des glandes de Krause et de Moll et adénomes des glandes de Meibomius. Arch. f. Augenheilk., I. XXII, 1891.

ÉPITHËLIOMA ET CARCINOME DES PAUPIÈRES 725

qu'un pas aisément franchi, et nous sommes maintenant conduit à étudier les épithéliomas palpébraux dans toutes leurs variétés, y compris la forme meibomienne, qui nous arrêtera longuement.

§ 4. — Épithélioma et carcinome des paupières.

Nous décrirons successivement : 1° l'épithélioma cutané ; 2° l'épithélioma des glandes de la paupière; 3° l'épithélioma de la conjonctive palpébrale auquel se rattache l'histoire des quelques cas connus de carcinome primitif de la paupière.

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