‹ Traité des tumeurs de l'oeil de l'orbite et des annexesChapitre 94 sur 128 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Nous réunissons, dans un même chapitre, les tumeurs de la caroncule et du pli semi-lunaire, parce que ces organes sont constitués par des tissus analogues à ceux des paupières. Les glandules de la caroncule lacrymale offrent la plus grande analogie avec les glandes ciliaires; comme elles, elles sécrètent une substance grasse ; comme elles, elles s'ouvrent dans un follicule pileux, au niveau de son embouchure ; ces glandules sont des glandes sébacées, comme les glandes ciliaires et les glandes de Meibomius.

Le pli semi-lunaire est le vestige de la troisième paupière des oiseaux ; il est constitué par un repli de la conjonctive dans lequel on trouve une couche de tissu cellulaire et des capillaires sanguins. C'est dans la région du pli semi-lunaire que se trouve, chez quelques mammifères et particulièrement dans la classe des ruminants, un fibro-cartilage et une glande en grappe, la glande de Harder. Dans l'étude des tumeurs observées chez l'homme, il y aura lieu de se souvenir de ces détails an;itomiques qui font comprendre la pathogénie de certains néoplasmes.

Les néoplasmes que nous avons ainsi à étudier ont été décrits, parles anciens auteurs, sous le nom d'encanthis, que leur donne Fabrice de Hilden. On en trouve des observations dans Marchetti 1 ; Scarpa 2 en donne une bonne étude clinique ; nous aurons chemin faisant à faire ressortir ce que les travaux modernes ont ajouté à ces descriptions anciennes.

1 Marchetti, Obs. méd -chirurgicales, Syll., obs. XXXI.

2 Scarpa, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 182.

TUMEURS D'ORIGINE CONJONCTIVE '/'âj

Ces néoplasmes sont aussi variés que peuvent le faire prévoir la diversité des tissus qui entrent dans la constitution de la caroncule et du pli semidunaire.

Fidèle à la méthode de subdivision que nous avons utilisée dans notre ouvrage, nous étudierons : 1° les tumeurs d'origine conjonctive; 5° les tumeurs d'origine épithéliale ; les premières ont surtout été observées dans le pli semi-lunaire, les secondes, sur la caroncule.

§ 1. — Tumeurs d'origine conjonctive de la caroncule et du pli semi-lunaire.

Nous trouvons dans la caroncule très peu de tumeurs qui soient certainement d'origine conjonctive; il est probable que la plupart des néoplasmes cancéreux, nés dans cette partie des paupières, sont d'origine épithéliale ; mais il y a lieu cependant de retenir un certain nombre de faits publiés comme étant des exemples de néoplasmes développés aux dépens des éléments connectifs de la caroncule.

L'un des faits les plus intéressants qui en aient été observés appartient à Sichel \ qui a publié une observation de tumeur sanguine de la caroncule droite (encanthis fongueux) concernant un homme de 36 ans, portant comme une petite fraise placée sur la caroncule lacrymale de l'œil droit, et implantée à son niveau par un pédicule très court et assez épais ; cette tumeur, quoique extrêmement vasculaire, n'est pas érectile et ne change pas de volume quand le malade fait des efforts. L'examen microscopique démontra qu'elle était composée de tissu cellulaire dense, parcourue par de nombreux vaisseaux sanguins et recouverte, en dehors, de plusieurs couches épithéliales.

11 s'agit là d'une tumeur bénigne qu'on peut rapprocher d'un cas analogue de de Grœfe; les tumeurs malignes ne paraissent pas beaucoup plus communes. Testelin déclare n'en avoir pas observé un seul cas; Travers 2 exprime la même opinion; Wardrop n'a jamais vu d'en-

1 Sichel, Iconographie ophtalmologique, t. I. p. 596, obs. 209, 1802-59. 5 Travers, Synopsis of diseuses of the eye, p. io3.

canthis malin, et Lawrence déclare qu'il n'a jamais eu recours à la chirurgie contre une affection de la caroncule ; Midlemore n'en a observé qu'un cas. Cependant Desmarres dit qu'il en a rencontré dans sa clinique dix à douze, dont plusieurs se sont terminés parla mort. S'agissait-il de sarcomes ou d'épithéliomes? Aucune réponse n'est possible à ce sujet.

Comme exemple probable de sarcome de la caroncule, nous citerons une observation de Bouchacourt 1 qui concerne une femme de 67 ans, chez laquelle se développa une volumineuse tumeur, faisant saillie entre les paupières, et formée d'un tissu rougeâtre, plein de suc; cette tumeur fut extirpée avec succès, malgré ses adhérences au globe de l'œil, qui fut enlevé avec elle; le cas de Midlemore 2 était probablement aussi un exemple de sarcome, la tumeur atteignit le volume d'une orange et entraîna la mort du malade malgré deux opérations.

Nous disons que ce sont là des tumeurs d'origine conjonctive, car les épithéliomas du grand angle de l'œil, qui sont souvent très malins, gagnent en profondeur et ne produisent généralement pas de tumeur, volumineuses.

Parmi les observations authentiques, il faut citer celle de Despagnet, dans laquelle il s'agissait d'une tumeur ovale, présentant sur ses deux faces de nombreux lobules, nettement circonscrits et saillants, d'une couleur rouge vineux. L'examen, fait par Latteux, démontra qu'on avait affaire à un sarcome télangiectasique.

Fourmeaux 3, élève du professeur Duret, a publié, sous le titre sarcome primitif de la caroncule lacrymale, un fait dans lequel l'examen histologique a été également pratiqué ; il s'agissait d'une tumeur maligne, développée assez rapidement sur la caroncule à la suite de traitements topiques irritants et insuffisants; les parties voisines étaient envahies, et la guérison ne fut obtenue que par un curage complet de l'orbite.

Paderstein4, à la suite d'un léger coup sur l'œil par une branche

1 Bouchacourt, Mémoires de ta Société méd. d'émulation de Lyon, 1842.

2 Midlemore, Treatise on the diseases of the eye, p. 55o et 55a.

3 Fourmeaux, Journal des sciences médicales de Lille, 1895, n° 39, p. 3o5.

4 Paderstein, Fibrome télangiectasique de la conjonctive. Arch. f. Augenheilk., t. XLIII.

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