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TUMEURS D'ORIGINE CONJONCTIVE

d'arbre, a vu se développer sur le pli semi-luuaire une tumeur ronde, bleue, de la grosseur d'un pois. Cette tumeur excisée montra un tissu conjonctif, pauvre en cellules, mais où abondaient les capillaires et les lymphatiques élargis ; elle était entourée d'une capsule hyaline.

Signalons enfin trois cas de tumeurs de la caroncule lacrymale, dont l'histoire a été récemment rapportée par Berl1 ; dans le premier cas, il s'agissait d'un kyste dermoïde ; dans le second, d'un angiome myxomatode ; dans le troisième, d'un mélano-sarcome qui s'accompagnait d'infection ganglionnaire préauriculaire et sous-maxillaire. La caroncule, le pli semi-lunaire et une grande partie du conduit lacrymal inférieur étaient détruits par le néoplasme.

Les tumeurs d'origine conjonctive paraissent plus communes dans le pli semi-lunaire.

C'est ainsi que, après quelques cas de tumeurs dermoïdes (van Duyse 2, Wolf3), nous pouvons citer ici trois cas de mélano sarcome (Pflùger 4, Ilums^hewicht 5, Meighann 6) observés chez de jeunes sujets et ayant rapidement récidivé, un cas d'angiome extirpé par Eversbuch7 sur un enfant de trois ans avec guérison définitive, deux cas de lymphangiome observés l'un par Vossius8, l'autre par Sachs, un cas de sarcome télangiectasique avec diffusion dans les parties voisines, enlevé par Del Monte9 chez un enfant de h ans et suivi d'une rapide récidive, enfin deux cas de lymphosareome étudiés à la clinique de Naples par Piccoli 10 et Lieto Vollaro11, élèves du professeur de Vincentiis ; de Berardinis 12 a ré. emment publié une intéressante observation de mélano-sarcome du

1 Berl, Tumeurs de la caroncule lacrymale. Deulschmann's Beitrage fur Augenheilk.,

2 Van Duyse, Klin. Augenheilk., Mardi., 1898.

3 Wolf, Klin. Monatsbl. f. Augen., déc. 1891.

* Pflùgeh, Berichl d. Uniu. Augenheilk. in Bern, i883.

5 Rumschewicht, Klin. Monalsbl. f. Augen, p. 261, 1891.

6 Meighann, Glasgow med. Journal, vol. XXXVIII, p. 3oô.

7 Eversbuch, Annales d'oculistique, t. XCI, i883.

8 Vossius, Klin. MonalsbUiller f. Augen., 1887.

9 Del Monte, Lezioni di clinica oculistica, p. 173.

10 Piccoli, Lavori délia clinica oculislica di Napoli, vol. IV, fasc.2.

11 Lieto Vollaro, Annali di otlalmologia , 1899, p. 58.

12 De Berardinis, Ann:di di ollalmologia, 1902, p. 207.

pli semi-lunaire qui s'était développé dans un nœvus pigmentaire préexistant et dans lequel le pigment, inclus dans le protoplasma et le noyau, avait une origine autochtone, non hématique. Une large excision débarrassa définitivement le malade.

Il ne nous paraît vraiment pas nécessaire de reproduire ici, même en résumé, ces diverses observations : l'anatomie pathologique qui les concerne n'a rien qui leur soit très spécial, leurs symptômes et leur diagnostic découlent toujours avec clarté de leur siège, et leur traitement est celui-là même qu'impose le diagnostic, c'est-à-dire qu'il sera celui qu'implique la nature du néoplasme, tantôt bénin (angiome, tumeur dermoïde), tantôt malin (sarcomes mélaniques, lymphosarcomes, etc.).

§ 2. — Tumeurs d'origine épithélialc.

Elles sont communes dans la caroncule, et nous aurons ici à faire une subdivision d'ordre clinique en étudiant successivement : 1° les adénomes : 2° les épithéliomas.

A. — Adénomes de la caroncule lacrymale

Schirmer1, qui a écrit sur ce sujet un intéressant travail en 1891, ne rapporte que h cas d'adénome de la caroncule, y compris son fait personnel.

C'est d'abord le cas de Testelin 2, qui observa chez une jeune fille de 18 ans une tumeur, existant depuis longtemps, mais non congénitale. Cette tumeur partait de la caroncule et, passant sur le repli semi lunaire, s'étendait jusqu'à la cornée. Grosse comme un pois, elle était de forme lobulée de couleur grise, de consistance assez dure et n'adhérait pas à la sclérotique ; il s'agissait d'un adénome dont les tubes glandulaires ressem-

1 Schirmer, Sur l'adénome de la caroncule. Arch. de de Grœfe,t. XXXVII, 1891.

2 Testelin, Dictionnaire encyclopédique des sciences méd., « article Caroncule ».

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blaient absolument aux glandes normales de la caroncule. Un an après l'opération, la malade ne présentait pas de récidive.

Prudden 1 a également publié une observation de ce genre, avec un examen microscopicpie démontrant l'origine du mal, et Fontan a consigné, dans un travail sur les adéno-papillomes de la conjonctive, l'histoire d'un fait qui mérite tout spécialement l'attention; chez un homme de 28 ans, cet auteur observa une tumeur du volume d'un pois, attachée par un pédicule au bord falciforme du repli semi-lunaire, bosselée, de consistance dure, de couleur pâle. Son développement aurait eu lieu en quelques mois; elle fut enlevée au thermo-cautère, et l'examen microscopique démontra qu'elle était divisée en 5 ou 6 lobes reliés entre eux par des tractus conjonctifs. Ces lobes étaient remplis de glandes acineuses, contenant un épithélium cylindrique, à une seule couche, en état de dégénération colloïde et, de plus, le corps papillaire présentait une exagération de développement, des papilles grossies et irrégulières, portant dans leurs intervalles déjeunes cellules épithéliales en voie de prolifération. C'est la raison pour laquelle Fontan "2 a donné à son cas le nom d'adéno-papillome.

Despagnet 3 a également décrit une tumeur de la caroncule dans laquelle il y avait quelques amas glandulaires et de véritables glandes acineuses dans lesquelles l'épithélium se trouvait en dégénérescence colloïde ; mais, dans son cas, les tractus épithéliaux étaient de beaucoup en majorité, et cette tumeur était surtout un épithélioma.

Le cas de Schirmer concerne un jeune homme de 25 ans qui portait dans la région de l'insertion du droit interne une saillie, en forme de bouton, allant jusqu'au voisinage du repli semi-lunaire. Cette saillie, mobile sur la sclérotique, était lisse, sans poils.

L'examen histologique montra que cette production était essentiellement composée d'éléments glandulaires ayant un épithélium cylindrique simple, se colorant très facilement. Les lumières glandulaires étaient

1 Prudden, Archives of ophthalmology, XV, p. î, New- York, 1886. * Fontan, Adéno-papillomes de la conjonctive. Recueil d'ophtalmologie, 1881, p. 724. 3 Despagnet, Des tumeurs malignes de la caroncule. Recueil d'ophtalmologie, 1888,

quelquefois dilatées et transformées en grands espaces kystiques, visibles à l'œil nu. Ces lumières glandulaires avaient le plus souvent une forme arrondie.

La substance de soutien se compose de tissu conjonctif assez richement vascularisé, très riche en cellules, surtout au voisinage du tissu adénomateux; au-dessus de la tumeur, et la recouvrant, apparaît l'épithélium conjonctival, en stratification normale, présentant de grandes quantités de cellules caliciformes, comme on en trouve dans tous les états d'irritation de la conjonctive.

L'observation de Schirmer mérite bien le nom d'adénome, mais il y a évidemment quelque exagération à en faire un type d'adénome de la caroncule, puisque le néoplasme s'est développé dans le grand angle de l'œil, loin de cet amas glandulaire normal, et loin même du repli semilunaire. Ceci est tellement vrai que Schirmer, pour expliquer la production de cet adénome du grand angle de l'œil, est obligé de supposer chez son malade l'existence d'un vestige de la glande de Harder. On sait que cette glande existe à la face interne de la membrane clignotante et que, chez les oiseaux et les reptiles, on la trouve sous la forme d'un organe allant profondément dans l'orbite le long de sa paroi nasale; Pouchet et Leber ont même montré que chez le porc il y a, outre laglandede Harder etlaglandelacrymale,une troisième glande placée sous lecartilagedelatroisièmepaupière. Peters a également décrit, chez le lapin, le porc et le bœuf, en outre des éléments glandulaires présentant la struc ture histologique de la glande de Harder, des coupes transversales de glandes ressemblant absolument à la glande lacrymale ; il oppose cette glande à celle de Harder, et l'appelle glande de la membrane clignotante. Giacomini a trouvé cette glande chez le singe et même, dans deux cas, chez Thomme.

On peut donc, exceptionnellement, supposer que dans la région où s'est développé l'adénome décrit par Schirmer, il existe un vestige des glandes de Harder et de la membrane clignotante, et qu'aux dépens de ces éléments glandulaires le néoplasme se serait primitivement développé.

Tels sont les renseignements qu'il est actuellement possible de donner

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sur les adénomes de la caroncule et du repli semi-lunaire; ces tumeurs, probablement très rares, ont été assez peu étudiées; nous en résumerons la symptomatologie en disant que ce sont des tumeurs bénignes, survenant, chez des sujets jeunes, spontanément, sans traumatisme antérieur, n'adhérant pas à la sclérotique, souvent pédiculées, de couleur rougeâtre, tantôt lisses, tantôt granuleuses, se développant lentement et ne provoquant d'autres troubles que ceux qu'entraînent leur volume et leur présence dans le grand angle de l'œil.

B. — Epithélioma de la caroncule lacrymale et du pli

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