ÉPANCHEMENTS SANGUINS
par des injections détersives chercher à modifier l'état de la membrane muqueuse.
B. — Épanchements sanguins.
Ces épanchements sont constamment la suite de fractures ; la table externe de l'os étant le plus souvent la seule atteinte, le sang se trouve emprisonné dans l'intérieur du sinus; il s'épanchera dans l'orbite quand la voûte orbitaire se trouvera fracturée en même temps. On aura alors tous les caractères des épanchements sanguins intraorbitaires, exorbitisme, ecchymose, etc. (voir le livre III, chap. n). Les observations suivantes, empruntées à la clinique de Larrey, nous offrent le tableau exact des symptômes de cette affection.
Observation1.— Raymond (Jacques), cuirassier, vingt-cinq ans, reçut au sourcil droit et sur le trajet du bord orbitairesupérieur, un coupdepieddesoncheval,couptellementviolent que la table externedu sinus frontal fut brisée en éclats; le malade perdit connaissance et resta comme mort sur le terrain. Le matin il était encore sans connaissance, la tête contournée à gauche ; l'œil du côté blessé faisait avec les paupières ecchymosées qui le recouvraient une saillie considérable. Une roideur tétanique se manifestait déjà dans toute la moitié droite du corps de ce sujet, qui était frappé d'un froid glacial. Je procédai au pansement de la plaie, que je
1 Larrey, Clinique chirurgicale, t. 1er, p. 200.
débridai largement et dans tous les sens : je fis l'extraction des esquilles osseuses les plus mobiles, ainsi que de plusieurs caillots renfermés dans le sinus. Pendant l'opération le malade rendit encore beaucoup de sang par le nez et les incisions que nous avions faites. A peine ce premier pansement fut-il terminé, que Raymond reprit l'usage de ses sens et de sa raison.
La suppuration de la plaie du front, qui s'évacuait en grande partie par le nez, devint abondante, l'œil se dégorgea et l'ecchymose disparut graduellement, mais le malade se trouva privé de la vue du côté blessé.
Ce malade ne se rétablit qu'après de violentes douleurs et des accès tétaniques très-graves, et ne quitta l'hôpital qu'au bout de sept mois, pour y rentrer quelque temps après. 11 finit par guérir définitivement.
Il est rare que la table postérieure du sinus frontal soit lésée par la cause vulnérante ; quelquefois cependant on y a observé une fêlure par laquelle le sang s'est épanché dans la cavité crânienne.
Observation «.— Un jeune grenadier à cheval de la garde reçut, dans une manœuvre de cavalerie, un violent coup de pied de cheval, qui divisa les téguments du sourcil droit et fractura la paroi externe du sinus frontal. Le blessé, chez lequel une forte hémorrhagie s'était déclarée à l'instant du coup, avait perdu connaissance et l'usage de toutes ses fonctions sensitives et locomotrices; mais, quelques heures après, lorsqu'il fut revenu à lui, il se plaignit de douleurs locales extrêmement vives, et des mouvements convulsifs aux lèvres et à la mâchoire se manifestèrent.
1 Larrey, Clinique chirurgicale, t. Ier, p. 197.
TUMEURS ENKYSTÉES. "93
A ma première visite, je débridai largement la plaie contuse et déchirée du sourcil ; je fis ensuite l'extraction de plusieurs esquilles mobiles et déprimées vers la cavité du sinus frontal. Cette opération facilita la sortie d'une assez grande quantité de sang noir et coagulé qui s'y était accumulé. Pendant l'expiration , l'air sortait par la plaie, et le sang coulait immédiatement après par le nez. A !a suite du pansement fait de la manière la plus simple, une saignée à l'artère temporale fut pratiquée, et des ventouses furent posées à la nuque et entre les épaules ; des bains de jambe sinapisés et un régime délayant et antiphlogistique furent prescrits. Pendant les premiers jours les facultés mentales nous parurent troublées : la mémoire avait entièrement disparu ; les douleurs persistèrent. Des symptômes de frénésie se déclarèrent et se développèrent avec une grande intensité; la fièvre et le délire survinrent. Bientôt après vint l'assoupissement léthargique, et le blessé mourut dans un état convulsif, le dix-neuvième jour de l'accident. L'ouverture du cadavre nous fit découvrir une inflammation trèsintense, avec gonflement de la membrane muqueuse du sinus frontal et des fosses nasales, une fêlure à peine sensible à la paroi postérieure du sinus, avec inflammation profonde de la portion correspondante de la dure-mère et un épanchemenfc sanguinolent et séreux entre cette méninge et le lobe extérieur droit du cerveau.