C. — Tumeurs enkystées
Les tumeurs enkystées du sinus frontal peuvent être ou de véritables hydropisies? ou une simple aecumulation de mucus, ou des hydatides.
Je réunis à dessein toutes ces affections, parce
que leurs symptômes sont les mêmes, et que je n'ai point trouvé, dans les auteurs qui en ont rapporté des exemples, de caractères précis, qui me permettent de me prononcer sur leur nature. Dans l'état de santé, la muqueuse des sinus frontaux sécrète un mucus liquide qui s'écoule dans les fosses nasales. Si, par une cause ou par une autre, la sortie de ce liquide vient à être empêchée, on conçoit qu'il puisse se manifester des symptômes de cette rétention ; cependant, dit Boyer, je ne sache pas qu'on en ait observé un seul cas. A. Bérard dit de même1 qu'on n'a encore publié aucun fait de cette nature. En voici un exemple bien caractérisé :
Les Annales d'oculistique (1853) contiennent une observation remarquable d'hydropisie du sinus frontal gauche, avec dilatation considérable du sinus et absorption des parties osseuses. Cette observation a été prise par M. Bellingham, à l'hôpital de Dublin, 1850.
Observation. — Un homme, âgé de quarante six ans, porte une tumeur du volume d'un citron environ, située au front, au-dessus de la racine 'du nez et de la région des sourcils; elle s'étend du milieu du sourcil droit à la région temporale gauche, et pousse en bas et en dehors l'œil gauche, qu'elle cache en partie. La tumeur n'est point doulou-
• Dictionnaire de médecine, t. XXV1IÏ, 1844.
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reuse lorsqu'on la manie, et la peau qui la recouvre n'a point changé de couleur. Le centre et la partie inférieure sont mous et donnent au toucher la sensation d'un liquide; en haut et de chaque côté on sent, le long de la base de la tumeur, une saillie osseuse qui se prolonge un peu sur les parois. La vue n'est point affaiblie et le malade n'a jamais éprouvé qu'une légère douleur à gauche, près de la base de la tumeur.
En février 18o0, il se rendit à l'infirmerie de Monaghan, où le docteur Young ponctionna la tumeur à l'aide d'un petit trocart; il en sortit environ plein une coque d'œuf d'un liquide foncé. Au mois de mai, nouvelle ponction suivie du même résultat.
Le malade fut opéré définitivement le 19 juillet. La tumeur ayant été mise à nu et ouverte donna issue à plusieurs onces d'un liquide visqueux, de couleur foncée et ressemblant beaucoup à de la bile. On put constater que la table antérieure de l'os avait été entièrement absorbée, excepté vers la base delà tumeur, là où l'on sentait une saillie dure. 11 en était de même de la table postérieure, et l'on reconnaissait les pulsations du cerveau à la vue et au toucher. Le malade guérit.
On trouve dans V Atlas des maladies de Vœil humain , d' Ammon1 , le dessin d'un exophthalmos résultant de l'hydropisie enkystée des sinus frontaux observée par M. le professeur Jseger, de Vienne. Les os, et surtout l'ethmoïde, le sphénoïde et la moitié gauche du frontal, sont repoussésen arrière; l'orbite a complètement changé
1 PI. X, partie h, f° 3.
d'aspect. L'œil est abaissé au niveau de l'extrémité du nez.
Langenbeck1 eut occasion d'extraire, le 2 décembre 1 81 8, du sinus frontal d'une jeune fille de dix-sept ans, une grosse hydatide qui avait repoussé en avant la paroi interne du sinus. Mackenzie, qui raconte aussi le fait, ajoute que l'œil n'était pas, à proprement parler, hors de l'orbite, mais plutôt l'orbite conjointement avec l'œil était porté en avant, en dehors et en bas; de telle sorte que l'œil était au niveau de la pointe du nez. M. Carron du Villards a vu en 1822 un cas analogue à THôtel-Dieu de Lyon. Dezeimeris2 a rapporté dans son mémoire deux autres faits du même genre3. Dans l'un, la tumeur contenait vingt-huit hydatides.
Enfin, Gilibert 4 cite un fait très -intéressant
1 Langenbeck, Neue Bibliothek fur die Chirurgie, etc., t. II, p. 365, 572.
2 Dezeimeris, journal V Expérience, 1838, t. Ier, p. 533, 5G8.
3 L'un emprunté aux Transactions mcdico - chirurgicales (1819, Robert Keale), l'autre à une thèse de Berlin, 1829, Gui II. Brun, Dissertatio de hydrope cystico sinnuin frontalium.
* Gilibert, Adversaria mediro-practica ; 1701, art. Exorntiialmie, p. Lxxviii : Phymaticam singularem observavimus in puella 18 annorum nata. Dexter oculus non major saliebat extus propulsus a tumore steatomatoso evoluto in sinu frontali, qui tabulant superiorem orbitœ depresserat et aperuerat fissura peracta.
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de tumeur stéatomateusc du sinus frontal, ayant déprimé la voûte orbitaire et produit Texorbitisme.
Ces hydropisies ou ces kystes du sinus frontal se caractérisent par une tumeur plus ou moins volumineuse de la partie antérieure du front ou du grand angle de l'œil ; tumeur plus ou moins résistante, parfois molle dans un point, quand une partie de la paroi a été résorbée, d'autres fois dure comme une exostose.
L'étiologie de cette atfection est assez obscure. Dans un cas cité par Mackenzie l , la maladie reconnaissait pour cause un coup de raquette reçu sur le côté gauche du nez et sur l'œil gauche. Dans l'observation de M. Bellingham, citée plus haut, l'hydropisie pouvait être attribuée à l'influence du froid.
Quand la tumeur est encore peu développée, les signes manquent pour établir un diagnostic sûr. Quand elle fait saillie au grand angle de l'œil, elle peut être confondue avec une tumeur du sac lacrymal. L'absence d'écoulement par les points lacrymaux sous l'influence de la pression, la possibilité de faire pénétrer jusque dans les fosses nasales une injection faite par le point lacrymal inférieur, et par-dessus tout la forme et le mode
1 Mackenzie, observation 83.
de développement de la tumeur ne laisseront aucun doute.
Mais est-on sûr de n'avoir pas affaire à un abcès des sinus frontaux? La tuméfaction est la même, il est vrai; mais les douleurs qui accompagnent l'inflammation dès le début manquent dans le développement des tumeurs enkystées; et d'ailleurs, si les antécédents du malade, si l'évolution de la tumeur ne donnaient pas de renseignements précis, le chirurgien doit songer à une chose : c'est que, tumeur enkystée ou abcès, le traitement est identique.
D. — Polypes.
Les polypes des sinus frontaux sont rares, comparativement à la fréquence de ces productions morbides, soit dans les fosses nasales, soit dans le sinus maxillaire. Du reste, cette affection a du être souvent méconnue. Il est arrivé plus d'une fois sans doute de traiter comme polypes du nez des polypes qui avaient pour point de départ les sinus frontaux. Les récidives pouvaient bien faire soupçonner leur origine, mais le diagnostic n'était pas assez sûr pour engager à trépaner les sinus. Boyer, dans son édition de 1831, dit n'en pas connaître d'autre exemple que celui, cité par