SECTION III
Les détails dans lesquels nous sommes entrés à propos des anévrysmes orbitaires nous dispensent de revenir sur les raisons qui nous font rejeter à peu près complètement l'existence de tumeurs érectiles artérielles admise jusqu'ici dans l'orbite. Nous comprenons difficilement que les auteurs qui ont fait de tumeurs érectiles artérielles le synonyme de sons-cutanées, aient pu décrire sous ce nom des tumeurs profondes de la région orbitaire. Seules les paupières et la région sourcilière pourront nous offrir des exemples de ce genre de tumeur; mais d'après les bornes que nous nous sommes imposées , leur description ne rentre point dans notre cadre. Nous ne ferons donc que mentionner les intéressantes observations d'Abernethy, John Bell, Allan Burns et Wardrop rapportées in extenso dans Mackenzie1.
Il ne nous reste donc à étudier que les tumeurs
' T. Ier, p. 126 et suiv.
érectiles veineuses intra-orbitaires . L'existence de ces tumeurs est incontestable. M. le professeur Velpeau en rapporte plusieurs exemples ' :
Une demoiselle, âgée de seize ans, avait entre l'œil et la paroi supérieure de l'orbite une tumeur veineuse, qui proéminait fortement à travers la paupière correspondante chaque fois que cette jeune personne courbait la tête.— Chez une autre demoiselle, il existait au-dessous du sourcil une tumeur érectile de nature veineuse, qui paraissait aussi se prolonger profondément dans l'orbite. — Chez un homme déjà avancé en âge, et que tourmentait une exophthalmie, j'ai constaté que le déplacement de l'œil tenait à une tumeur érectile veineuse entièrement cachée dans la cavité orbitaire
C'est encore à ce genre de tumeurs que paraît appartenir un cas rapporté par Ledran *; dans lequel il s'agit d'une excroissance fongueuse au grand angle de l'œil survenue chez une jeune fille de seize ans aménorrhéique , excroissance qui fut guérie par des cautérisations réitérées avec une aiguille rougie au feu.
C'eût été peut-être ici le cas de citer une observation de tumeur érectile de l'orbite enlevée par Dupuytren3. Mais comme il fut clairement dé-
1 Dictionnaire en trente volumes, t. XXII, p. 510 et 519.
2 Ledran, Consultations de chirurgie, p. 170; reproduit daus le Mémoire de Louis sur les maladies de l'œil.
* Journal hebdomadaire, t. VI, 1850, p. 75.
TUMEURS ÉRECTÏLES. 35o
montré à l'examen de la tumeur qu'il existait quelques noyaux cancéreux, il y a lieu de penser qu'il s'agissait d'un encéphaloïde très-vasculaire, plutôt que d'une tumeur érectile veineuse véritable.
Je ne dois pas omettre de signaler trois observations dont on trouve le résumé dans les Annales d oculistique (supplément III, p. 44). Ces faits sont extraits du journal de Toulouse, et ont été publiés par MM. Viguerie et Dieulafoy. Il s'agit de tumeurs érectiles veineuses, existant dans l'orbite chez trois enfants, et dont l'extirpation pratiquée une fois par M. Viguerie, et les deux autres fois par M. Dieulafoy, fut suivie d'hémorrhagies abondantes à la vérité, mais dont on se rendit maître par le tamponnement.
Traitement. — Malgré ces trois cas de guérison, celui de Ledran et un fait de M. Carron du Villards, dans lequel l'extirpation d'une tumeur veineuse fut pratiquée et une hémorrhagie arrêtée parla ligature de trois artères; malgré, dis-je, ces opérations heureuses, nous n'hésitons pas à nous ranger à l'opinion de M. Velpeau, sauf toutefois les cas exceptionnels. On comprend, en effet, que certaines circonstances puissent forcer le chirurgien d'agir; par exemple, une tumeur érectile veineuse ulcérée, donnant lieu à d'abon-
danles hémorrhagies et compromettant la vie du malade.
« ... Ja vouerai pour mon compte, dit M. Velpeau, n'avoir jamais osé toucher à l'espèce d'anévrysme veineux dont la jeune personne que j'ai mentionnée plus haut était affectée. J'apprends même aujourd'hui, huit ans après l'avoir vue, qu'elle va décidément mieux. Les seules opérations que je conseillerais en pareil cas seraient l'acupuncture avec lacération des mailles ou des aréoles vasculaires, comme je l'ai fait dans un cas, quand il s'agit de lacis érectile; ou bien l'emploi, soit des épingles, soit de petits sétons multiples . si la tumeur est assez rapprochée de l'extérieur , ou formée de grosses veines ou de mailles veineuses très-dilatées. Après tout, ce sont des tumeurs trop peu dangereuses en elles-mêmes pour qu'il soit prudent de leur opposer des remèdes aussi dangereux et d'une efficacité si contestable. »
'joutons que l'on pourrait essayer l'électropuncture ou les injections de perchlorure de fer, dans les cas où la profondeur et le volume de la tumeur feraient hésiter à employer l'instrument tranchant.