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CHAPITRE VII

Nous avons peu de documents sur ce genre de tumeurs.

M. Guersant a soumis à l'examen de la Société de chirurgie 4 un enfant âgé de onze ans. atteint d'exophthalmie de l'œil gauche à un degré considérable. Le mal ne remontait qu'à deux mois. L'œil avait été rapidement poussé hors de l'orbite. La vision était complètement abolie de ce côté. L'exophthalmos ayant eu lieu de dedans en dehors, la tumeur dont la présence avait produit cette déviation semblait donc s'être développée au côté interne de l'orbite; il était même vraisemblable qu'elle avait perforé la portion orbitaire de l'ethmoïde, et envoyé un prolongement dans la narine correspondante.

En effet, dans la séance suivante, M. Guersant

annonça qu'il avait opéré ce jeune malade, et mit

sous les yeux de la Société la pièce anatomique,

e composant du globe oculaire enlevé et de la

1 Séance du 21 septembre 1853.

tumeur, à laquelle il était adhérent. Celle-ci, pour pouvoir être extirpée en totalité, exigea la resection de la masse latérale de l'ethmoïde : on put ainsi extraire le prolongement nasal de cette tumeur qui semblait avoir eu pour point de départ le périoste. Le tissu qui la composait était du tissu fibro-plastique.

Dans l'observation de tumeur fibro-plastique des os du crâne que nous avons citée ( p. 49 ), on trouva à la face orbitaire du frontal, immédiatement en avant du trou optique, une masse du volume d'une petite noisette; cette masse, dont l'aspect était identique à celui de la tumeur crânienne, devait comprimer légèrement le nerf optique, et concourir avec l'hypertrophie osseuse à l'amaurose et à Texoprithalmie.

Dans l'orbite , comme ailleurs , ces tumeurs peuvent repulluler.

M. Nélaton l a eu pendant deux ans à plusieurs reprises dans ses salles une jeune fille atteinte d'abord de tumeur fibro-plastique orbitaire se prolongeant dans le crâne, puis d'une tumeur de même nature au-dessous du muscle temporal; et enfin tout récemment de deux autres tumeurs au-dessous de ce muscle.

Dans l'observation suivante due à M. Quain,

1 France médicale, 1859, p. 211.

440 TUMEURS F1BRO-PLASTJQUES.

de Londres, on fut obligé de pratiquer trois fois l'ablation d'une tumeur de cette nature.

Observation '. — Tumeur fibreuse orbitaire accompagnée de tumeurs semblables au côté opposé de la tête, sur la dure-mère et la plèvre costale. — Cette tumeur a été enlevée sur un en- Tant de six ans, entré le 29 novembre 1853 à University Collège Hospital. Trois mois avant, il avait reçu un coup sur l'oeil gauche, dont la vision n'était altérée que depuis trois jours. A son entrée à l'hôpital, le globe de l'œil était trèssaillant et formait une masse hémisphérique ; la conjonctive et la cornée étaient toutes deux opaques. On fit l'ablation de la tumeur le 3 décembre; elle avait le volume d'une noix, la forme sphéroïdale ; elle était ferme dans sa texture, lobulée, très-peu vasculaire et d'une couleur gris-jaunâtre. Une section de la tumeur présenta un aspect lisse et homogène, sauf à la partie centrale, qui était blanche et plus fibreuse. Examinée au microscope, on lui trouva une texture fibrillaire, un peu de tissu cellulaire, un certain nombre de noyaux avec des amas de nucléoles. Ces noyaux étaient de formes diverses.

La tumeur se reproduisit bientôt dans l'orbite et fut de nouveau enlevée. Elle reparut encore , en même temps qu'une autre se formait sur la tempe droite et recouvrait les pariétaux et les temporaux et une partie du frontal. Avant la mort du malade, la tumeur mesurait sept pouces de hauteur et un pouce trois quarts de largeur; elle était ronde et lobulée ; à la partie postérieure la peau qui la recouvrait était tuberculeuse ; elle saigna une fois, mais ne présenta aucune tendance à s'ulcérer. L'enfant mourut à la fin du mois d'octobre dernier, deux ans après le commencement de la maladie. Après la mort, les tumeurs secon-

1 Médical Times, 1854, n° 204.

daires furent examinées, et on leur trouva des caractères microscopiques semblables à la tumeur principale. La tumeur paraissait faire corps très-intimement avec le périoste, et elle occupait les sinus frontaux aussi bien que le milieu de la fosse du cerveau attachée à la dure-mère. On trouva une portion de la même substance, longue de trois pouces, sur la plèvre costale du côté droit.

Les points les plus importants de cette communication sont la reproduction des tumeurs, l'absence de cellules dites cellules de cancer, la tendance à l'infiltration, et la formation de tumeurs secondaires dans d'autres parties.

Peut-être pourrait-on rapporter à ce genre de tumeurs celles que Mackenzie désigne sous le nom de chloroma, à cause de la coloration verdàtre qu'elles présentent. En voici un cas remarquable.

Observation '. — Le docteur King (de Glasgow) a observé, en juillet 1849, un cas de chloroma sur une petite fille de six ans et sept mois. Les tumeurs occupaient les deux tempes, la voûte et la région sourcilière de chaque orbite,, la partie supérieure du front et le vertex. Une particularité remarquable, c'est que les tumeurs augmentaient de volume et s'affaissaient alternativement. Ainsi, celle de la voûte orbitaire droite acquit un tel volume que l'œil ne pouvait plus être découvert; puis elle diminua au point de rendre à la paupière sa liberté d'action. Une tumeur beaucoup plus grosse qu'un œuf de pigeon, et qui s'était formée au niveau de l'apophyse mastoïde, avait presque disparu au moment

1 Mackensie, observation 118.

de la mort. La malade s'affaissa graduellement et mourut le 5 octobre.

En enlevant la peau, la tête offrit un aspect extraordinaire, elle était parsemée de tumeurs aplaties, d'un jaune verdâtre. En incisant les aponévroses temporales, on trouva les muscles remplacés par cette substance verte particulière. Les deux tumeurs du dessus des yeux sont de la même nature; elles recouvrent le bord sourciller et la partie externe des portions orbitaires des frontaux, refoulant l'œil gauche en bas et en dehors, et le droit plus directement en bas. Tout le contenu des orbites, à l'exception des yeux, de leurs muscles et des nerfs optiques, est converti en matière verte. Les divers os qui forment l'orbite sont attaqués par places ; des aiguilles osseuses s'enfoncent des points malades dans les tumeurs. Toute trace de l'orbiculaire des paupières a disparu de chaque côté. Il y a une tumeur à la surface externe du maxillaire inférieur. On voit à la face interne de la dure-mère deux masses aplaties, une de chaque côté de la faux, qui compriment le cerveau. Dans tous ces divers points, les masses morbides présentent les mêmes caractères, elles ne diffèrent que par leur mélange avec les parties voisines, qui sont fibreuses, osseuses ou musculaires. Le tissu fibreux est celui qui paraît avoir servi de matrice à ce produit. Les masses sont parfaitement homogènes et sans traces de vaisseaux sanguins. L'eau et l'alcool diminuent promptement l'intensité de la couleur verte. On ne découvre aucune trace de bile dans l'alcool où les pièces ont macéré. La substance de ces tumeurs ne contient aucune trace de soufre, ce qui porte à penser qu'elles ne sont composées ni de fibrine, ni d'albumine. Quelques parties de la table externe du crâne et de son périoste sont parfaitement saines; mais, dans tous les points occupés par les tumeurs, le périoste adhère fortement avec la masse morbide, ou se confond avec elle. Dans tous ces points aussi, la surface du

crâne est recouverte par une couche de substance osseuse de nouvelle formation, offrant une disposition alvéolaire, ou consistant en aiguilles ou en minces lamelles naissant de la table externe de l'os et laissant entre elles des dépressions irrégulières qui paraissent aboutir à la surface naturelle de l'os. La substance morbide, ou le périoste altéré, envoie des prolongements irréguliers dans ces dépressions. La même disposition existe sur certains points plus limités de la table interne, en regard des parties où la table externe est altérée.

En examinant les préparations conservées au musée anatomique du Glasgow-Collège, le périoste des fosses lacrymales semble avoir donné naissance aux tumeurs qui faisaient saillie hors de l'orbite, et les glandes lacrymales paraissent transformées en une substance semblable à celle des tumeurs. La matière fibro-plastique est infiltrée et a transformé, plutôt qu'elle n'a déplacé, toutes les parties avec lesquelles elle s'est trouvée en contact, à l'exception des nerfs et des muscles de l'orbite et des globes oculaires.

Les symptômes de cette sorte de tumeur ne différent guère de ceux des autres tumeurs assez volumineuses pour comprimer le nerf optique et le globe oculaire. Dans le cas de M. Guersant il y avait en effet cécité et exophthalmie très-prononcée en dehors. La cavité orbitaire était le siège de douleurs très-vives.

On conçoit également que le diagnostic sera presque impossible, tant que la tumeur ne fera pas issue au dehors. Dans le cas cité plus haut,

la tumeur ayant envahi la narine, on avait conseillé une ponction exploratrice.

Le traitement ne peut guère consister que dans l'ablation, à laquelle on se déciderait si les douleurs étaient très-vives et la vision complètement abolie.

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