HYPERTROPHIE
six ans, atteinte d'exophthalmie de l'œil droit, par suite d'une tumeur qui poussait l'œil de l'orbite en avant et en dedans, et on sentait très-distinctement une tumeur dure, élastique, saillante, arrondie, sur toute la moitié supérieure, externe et inférieure de l'orbite. La tumeur, point douloureuse, du reste, n'était pas mobile ; la malade s'était aperçue de la proéminence anormale de l'oeil dès l'âge de vingt ans ; dès lors, dans l'espace de six ans, la tumeur s'est lentement accrue, Pexophthalmie a fait des progrès, et la vision a été peu à peu abolie ; un bruit sourd et continu s'entendait à l'auscultation de cette région, et la malade elle-même l'éprouva de temps en temps, surtout aux époques menstruelles. Le 28 octobre, M. Chassaignac fit l'extirpation de cette tumeur, qui s'étendait profondément dans l'orbite, tout en ménageant complètement l'œil qui a pu être replacé et prendre son aspect normal.
La tumeur fraîche avait environ trente-cinq millimètres de long sur deux centimètres de large, et à peu près autant d'épaisseur. Elle était presque conique aux deux extrémités, dont l'une constituait une espèce de pédicule de cinq à six millimètres de long sur trois à quatre de large. La forme de la tumeur se rapprochait beaucoup de celle du testicule ; extérieurement elle était entourée d'une enveloppe fibrocelluleuse peu vasculaire. Sur une coupe fraîche, on constate un aspect grenu, rougeâtre, ayant la ressemblance la plus frappante avec la structure des glandes en grappes ; à la pression, on obtient de nombreux grumeaux qui, sous le microscope , se montrent être des culs-de-sac allongés en groupes et lobules. Les canaux terminaux sont allongés et varient entre un et demi et un demi-millimètre de largeur. Avec de forts grossissements, on reconnaît leur membrane propre, finement grenue, recouverte de fibres très-ténues éloignées les unes des autres. A sa face interne, on voit beaucoup de noyaux d'épithélium de 5/1000 de millimètre , ren-
fermant un ou deux nucléoles punctiformes, on ne voit qu'un petit nombre de cellules rondes de 1/100 dé millimètre; mais un grand nombre de corps allongés, cylindriques, cunéiformes, de 5/100 de millimètre de longueur sur 6/1000 à 7/1000 au plus de large; leur intérieur est homogène et opalescent. L'acide acétique, ainsi que la solution de potasse, ne les altère point, et tout me fait croire qu'il s'agit là de cellules d'épithélium cylindrique à la fois carnifîées et infiltrées d'une substance qui offre l'aspect opalescent de la graisse.
Il résulte de l'ensemble de ces détails qu'il s'agit d'hypertrophie de la glande lacrymale ; l'extension de la tumeur vers la partie inférieure et externe du plancher orbitaire pourrait faire supposer que l'hypertrophie a pris son point de départ dans la partie inférieure de la portion de la glande qui a été si bien décrite par Monro, et que les anatomistes allemands ont appelée glande lacrymale de Rosenmùller; d'un autre côté, la position anormale de la tumeur n'exclurait nullement la possibilité d'une hypertrophie de la glande lacrymale dans sa totalité, qui, à mesure qu'elle prenait des dimensions plus considérables , s'est étendue davantage en bas, en avant et en dedans.
Relativement au diagnostic de cette affection, Mackenzie l fait observer qu'une tumeur de l'orbite profondément située peut pousser en avant la glande lacrymale, de façon à faire croire que c'est le développement de cet organe qui a produit rexophthalmos. Il faut se garder de cette erreur, qui pourrait entraîner le chirurgien à l'extirpation inutile de cette glande.
1 T. 1er, p. 465, à la note.