TUMEURS EXTRA-0RBITA1RES
rébrale, passait à travers la fente sphénoïdale et se continuait dans l'orbite, dans l'étendue d'un travers de doigt ; en dedans, il soulevait les prolongements antérieurs de la tente du cervelet, et passait sous la selle turcique, dans l'épaisseur du sphénoïde.
Un autre genre de tumeurs orbitaires dues à des a ficelions du cerveau, c'est l'affaissement de la paroi supérieure de l'orbite, occasionné par les hydropisies du cerveau. M. Carron du Villards dit en avoir observé plusieurs cas. Il arrive alors que les os de la voûte orbitaire sont amincis et papyracés, au point qu'on pourrait évacuer par cette voie le liquide renfermé dans la boite crânienne.
B. — Tumeurs venant des paupières.
On conçoit qu'à la rigueur les tumeurs des paupières puissent tendre à se développer du cùlé de l'orbite; mais il nous semble que le ligament large des paupières doit être un obstacle difficile à franchir, même pour celles qui, comme les kystes sébacés dermoïdes, sont situées derrière le muscle orbiculaire.
Dans une leçon très-intéressante faite à l'IIotel- Dieu ' sur les kystes congénitaux delà région or-
1 Voir V Union médicale du 1:2 février 1859.
bito-nasale, M. Robert a particulièrement insisté sur le soin à prendre, lors de l'ablation de ces kystes, de ne pas perforer le li^annnt large; car si plus tard il se développe de l'inflammation au deborsde l'orbite, cette lame de tissu fibreux étant intacte peut préserver le tissu cellulaire inlraorbitaire contre l'extension de la phlegmasie.
C — Tumeurs venant du canal nasal.
Il n'est pas jusqu'au canal nasal qui ne puisse servir de point de départ à des tumeurs, qui se développent tout naturellement du côté de l'orbite. M. Riche! a présenté à la Société de cbirurgie ' une tumeur développée au grand angle de l'œil et ayant son point de départ dans le canal nasal. Cette tumeur, qu'un examen superficiel aurait pu faire prendre pour un kyste sébacé, était loi niée par une hypertrophie des glandules que Ton rencontre dans le canal nasal.
I). — Tumeurs venant des fosses nasales.
Les tumeurs orbilaires peuvent naître des fosses nasales. Mon excellent maître et ami, M. Lenoir, a présenté à la Société anatomique 2 un polype
1 Séance du 23 mars IH.j'J.
1 Bulletin d<> la Société anatomtque, 183i, p. 90,
24 TUMEURS EXTRA-ORBITAIRES
de nature sarcomateuse, qui, développé d'abord à la partie postérieure du méat moyen des fosses nasales, avait pénétré dans l'orbite par suite de la destruction de l'os planum, et s'était propagé jusqu'au grand angle de l'œil, en déterminant l'atrophie du globe oculaire.
M. Gosselin ■ a pratiqué à l'hôpital Çochin l'extirpation d'un polype muqueux, dont l'implantation principale était sur le plancher des fosses nasales. Ce polype avait pris un développement tel que l'orbite et la joue étaient confondus en une tumeur, dont le sommet débordait de deux centimètres environ le niveau du front et était occupé par l'œil.
M. Morel-La vallée a présenté à la Société de chirurgie2 un malade atteint d'une exophthalmie causée par une tumeur encéphaloïde, occupant à la fois l'orbite et la fosse nasale correspondante.
Il n'est pour ainsi dire pas de praticien qui n'ait eu l'occasion de voir ou d'opérer des cas analogues. Nous-même avons déjà plusieurs fois pratiqué l'ablation de tumeurs de ce genre, soit a la Maison municipale de santé, soit dans notre clientèle particulière. Nous renverrons le lecteur
1 Gazette des hôpitaux, 12 avril 1856.
* Séance du 16 février 1859.
VENANT FAIRE SAILLIE DANS L ORBITE. Zd
au Mémoire que nous avons publié en 1 857, dans la Gazette médicale de Paris.
E. — Tumeurs venant du sinus maxillaire.
De toutes les tumeurs qui arrivent dans la cavité orbitaire, les plus communes sont les tumeurs du sinus maxillaire. Jean-Louis Petit l, Bordenave 2, Mackenzie 3, Louis \ Demours % Gcrdy G, en rapportent un grand nombre d'obm i varions; il suffit de compulser les traités de chirurgie pour en rencontrer de nombreux exemples.
Tantôt ces tumeurs sont nées de l'intérieur du sinus, d'autres fois ce sont les parois qui sont le lieu d'implantation. Ces tumeurs fort variées, ayant pris naissance dans le point que nous venons d'indiquer, soulèvent d'abord le plancher de l'orbite; tel est le cas de polype libreux que Ton trouve dans la Médecine opératoire de Sa-
1 Œuvres complètes, bservation 5, p. 230. ! Mémoires de V Académie d<- chirurgie, observation 8, t. VI. 3 Traité pratique d>-s maladies des yeux , observations 86 à 106.
* Mcmoiri's de l'Académie de chirurgie, t. VI, p. 505. 1 Maladies des yeux, observation 409, 414.
• Des polypes.
2G TUMEURS EXTRA-ORBITAIRES
batier l, qui remplissait le sinus maxillaire vi la narine , soulevait le plancher de l'orbite et faisait saillir l'œil.
A une période plus avancée, la paroi inférieure de l'orbite est détruite. « J'ai vu, dit Louis*, un homme de quarante et un ans, à qui un fongus carcinomaleux dans le sinus maxillaire avait détruit la lame osseuse qui forme le plancher de l'orbite; le globe de l'œil était presque entièrement sur la joue. »
On trouve dans le Bulletin de la Société de chirurgie 3 l'observation due à M. Gerdy d'une tumeur cancéreuse ayant envahi le sinus maxillaire gauche, la fosse nasale du même côté et l'orbite. Dans ce cas, remarquable en ce sens que la sensibilité persistait malgré la destruction complète du nerf sous-orbitaire, le plancher de l'orbite n'existait plus; il n'y avait pas trace de gouttière sous-orbitaire. L'opération fut suivie de récidive.
D'autres fois, la paroi inférieure et la paroi interne de l'orbite ont été détruites avant la production de l'exoplithalmos.
1 Médecine opératoire, édition Bégin, l. III.
* Mémoires de l'Académie de cliirurijic, t. VI, p. 503.
3 Vol. III, p. 119, 594 et 400.
VENANT FAIRE SAILLIE DANS l'oBBITE. 27
Tels sont les quelques faits si bien étudiés par M. le professeur (ierdy (Des Polypes).
Les tumeurs de nature diverse, polypes ou cancers, dont nous venons de parler, ne sont pas les seules qui, du sinus maxillaire, vont envahir la cavité orbilaire.
M. Michon1 a extrait avec succès du sinus maxilliaire une tumeur osseuse volumineuse qui avait refoulé le plancher de l'orbite et poussé l'œil en haut et en avant d'un centimètre et demi environ. Aslley Cooper 2, Mackenzie f, Boyer*, rapportent des cas analogues.
Des hydropisies du sinus maxillaire peuvent encore déformer l'orbite et amener la propulsion de l'œil. Boyer1 en cite un exemple qui fut pris pour un polype du sinus maxillaire.
Il en est de même des accumulations de mucus ou de pus dans celle eavii
« Il y a quelques années, dit Mackenzie*, je donnai des soins à un malade chez lequel le sinus maxillaire du côté gauche était affecté de
1 Mémoires de la Société de chirurgie, t. II, p. 615. 1 Œuvres chirurgicales, Mémoire sur les eocostoses, observation 539
i .lions H>-2 à U 4 Traité des maladies chirurgicales, ïbid.
bservation 87,