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CHAPITRE III

Les considérations dans lesquelles nous sommes entrés relativement à l'étude générale de chacun des symptômes, exorbitisme, douleur, trouble delà vision, etc., se rapportent surtout aux cas où la tumeur orbitaire n'a pas encore révélé sa présence au dehors : on a vu combien alors il est difficile de découvrir la véritable nature de l'orbitocèle.

Le diagnostic se simplifie 1 quand la tumeur apparente au pourtour orbitaire peut être soumise à l'exploration directe. Cependant bien des causes d'hésitation subsistent encore; la tumeur peut être masquée par l'œdème quelquefois considérable de la conjonctive et des paupières ; il n'est pas toujours facile d'apprécier la forme, la consistance et les autres propriétés d'une masse morbide, dont on ne touche souvent qu'un point très-circonscrit, et qui souvent se dérobe sous le doigt qui l'explore.

1 Une partie des considérations suivantes est empruntée au Compendium de chirurgie.

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Le diagnostic comprend alors plusieurs questions; on a successivement à rechercher : 1° à quelle espèce appartient la tumeur; 2° quels en sont les rapports, le volume, le siège, le point d'origine ou d'implantation.

1° Espèce. — De toutes les orbitocèles apparentes à l'extérieur, la plus facile à reconnaître est l'anévrysme intra-orbi taire (tumeur érectile artérielle des auteurs). On se rappellera néanmoins que les battements et les bruits sthétoscopiques peuvent se rencontrer dans d'autres affections (cancer, artérite, etc.).

Parmi les tumeurs non pulsatiles, l'exostose se distingue à sa dureté et à son immobilité ; le lipome, maladie très-rare d'ailleurs, à sa consistance mollasse et à sa parfaite indolence. Si les kystes formaient toujours une poche unique, régulièrement arrondie, indolente et franchement fluctuante, il seraijt facile de les distinguer de toute autre tumeur, et on ne pourrait guère les confondre qu'avec les abcès chroniques; mais il n'en est pas ainsi : tantôt ils sont multiloculaires avec des loges contenant des produits différents , de sorte que leur surface est inégale et bosselée; tantôt leurs parois sont épaisses et dures, et tellement distendues que la fluctuation y devient obscure, faible ou nulle; l'œil et la conjonctive,

repoussés, chassés hors de leur place, injectés, variqueux, couverts de matière muqueuse ou purulente", donnent en outre à la tumeur un aspect sale et hideux qui la fait confondre avec le cancer; heureusement pour les malades, cette erreur ne leur serait point préjudiciable, puisque l'ablation de la tumeur est indiquée dans les deux cas. D'ailleurs l'incertitude serait dissipée par la ponction exploratrice.

Nous avons vu combien cette opération est utile pour diagnostiquer certains kystes, et particulièrement dans le cas d'hydropisie de la bourse fibreuse de Tenon. Voici encore un exemple de son utilité, exemple tiré de la pratique de Bîandin, notre maître et ami : un homme s'était présenté à lui avec une tumeur de l'orbite considérable, obscurémentfluctuante et accompagnée d'une telle tuméfaction des paupières que le globe de l'œil était entièrement caché. L'aspect des parties et l'ensemble des désordres firent croire à l'existence d'un cancer, et l'on se préparait à vider l'orbite, lorsque le malade parla pour la première fois d'une chute faite quelque temps auparavant, et d'une blessure des paupières. Ce renseignement fit réfléchir Elandin ; une ponction exploratrice fut résolue et pratiquée, ponction qui donna issue à une grande quantité de

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sang altéré ; l'affaissement des parties permit de constater... quoi? l'agglutination des deux paupières, c'est-à-dire l'existence d'un symblépharon derrière lequel s'était accumulée une masse de sang épanché. A peine est-il besoin de dire qu'on renonça à toute opération sur l'œil, la séparation des paupières à l'aide de l'instrument tranchant étant désormais le seul traitement indiqué.

2° Forme, volume, connexions. — La nature de la tumeur étant reconnue, il faut encore rechercher tout ce qu'elle peut présenter de particulier dans sa forme et dans ses connexions; reconnaître le lieu de son implantation et les adhérences contractées avec les parois osseuses ou les organes intra-orbitaires ; savoir si elle est superficielle ou profonde, s'assurer surtout si elle n'a pas des racines lointaines dans les cavités voisines, ou si elle n'a pas envoyé quelque prolongement du côté de ces cavités ; la connaissance de ces diverses circonstances est en effet très-utile pour faire choix d'une opération, ou même décider s'il y a lieu à faire une opération quelconque.

Peut-être serait-ce ici le lieird'énumérer les erreurs commises par nos plus grands chirurgiens ; mais nous croyons cette douloureuse exhibition désormais inutile pour prouver combien le diagnostic des orbitocèles présente souvent des diffi-

cultes ; «on comprendra donc combien le praticien doit apporter d'attention dans son examen, de réserve dans son jugement, de prudence dans l'institution du traitement , dans le choix et le plan de l'opération , afin de ne pas encourir plus tard la responsabilité de conséquences qu'il n'est pas toujours le maître de prévenir, mais dont on lui saura gré d'avoir annoncé d'avance la possibilité. » (Compendium de chirurgie.)

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