KYSTES DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES
iimuiquaient pas ensemble, mais ils étaient unis bout à bout par de petits cordons pleins. Trois d'entre eux étaient à peu près globuleux; le quatrième, situé au-dessus des autres, se présentait sous la forme d'un boudin flexueux, long de quinze millimètres, large de trois à quatre millimètres seulement ; et il paraissait dès lors extrêmement probable que tous ces kystes s'étaient formés dans la cavité d'un tube, segmenté par plusieurs oblitérations superposées. J'émis la pensée qu'il s'agissait d'un vaisseau lymphatique, et M. Verneuil, qui avait eu l'occasion d'observer à la racine du gland des varices lymphatiques, à renflements successifs en forme de chapelet, trouva que la disposition des parties était très-semblable dans les deux cas (1). Les observations de Beau sur les varices lymphatiques du prépuce permettent de comprendre comment ces varices peuvent se transformer en kystes. La présence des valvules leur donne une disposition moniliforme, et les ampoules successives communiquent par des orifices tellement étroits que la pression exercée sur ces tumeurs ne les affaisse pas d'une manière notable, et que l'une d'elles peut être vidée par une piqûre d'aiguille, sans que celles qui sont situées au-dessus, c'est-à-dire plus loin du réseau capillaire, se vident en même temps (2). Ces caractères sont loin d'être constants, ils ne s'observent probablement que dans la variété décrite par M. Follin sous le nom de varices ampullaires (3), mais il est clair que, lorsqu'ils existent, ils sont l'indice de rétrécissements très-étroits, qui expliquent la possibilité d'une oblitération complète.
En 18o8, M. Costilhes me pria de voir avec lui une dame d'une cmquantaine d'années, qui avait à la face externe et un peu postérieure de l'avant-bras sept à huit kystes sous-cutanés, peu consistants, dont le plus gros avait le volume d'une grosse noisette. Tous étaient parfaitement circonscrits ; les uns étaient globuleux plusieurs étaient allongés dans le sens de l'axe du membre et l'un d'eux présentait la forme d'un boudin flexueux qui me rappela aussilotmonobservation de m% Ces tumeurs étaient disposées en série
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piiatiqiies. Mais lis étaient parfaitement clos.
ynirdr;^IlV"'/"''f r^"'"'^ ^«"^^«"^ lymphatiques du pré. puce dam Revue medico-chirurgxcale de Malgaigne, 1851 , t. IX, p 23
DES KYSTES PROGÈNES.
sur le trajet d.i long supinateur, à peu de distance les unes des autres mais à des intervalles inégaux ; la plus inférieure correspondait à peu près au milieu de l'avant-bras. A part le nombre et le volume plus considérable des kystes, il y avait une telle analogie entre ce lait et le précédent, que je n'hésitai pas à diagnostiquer des Kystes l}7nphatiques. L'aflection remontait à une dizaine d'années; tous les kystes s'étaient développés en quelques mois, sans aucune aouleur, puis ils étaient restés complètement stationnaires. Je pensai qu 11 n'y avait rien à faire pour le moment, et M. Costilhes m'a dit plusieurs fois depuis lors qu'il n'était survenu aucun changement dans l'état de sa cliente.
Si les troncs lymphatiques peuvent dans leur trajet devenir le siège d'oblitérations suivies de dilatations kystiques, il doit paraître probable que leurs ramifications ganglionnaires sont exposées au même accident. On sait combien sont fréquents les kystes des ganglions lymphatiques, et on sait en outre qu'ils coïncident souvent avec des engorgements chroniques capables de déterminer des oblitérations dans les vaisseaux afférents ou efférents de ces ganglions. Je suis donc disposé à admettre que les kystes ganglionnaires ont leur siège dans la cavité des lymphatiques ; mais les recherches de M. Robin ayant établi l'existence de vésicules closes dans les ganglions (i), il y a lieu de se demander si ce ne serait pas là le point de départ des kystes ganglionnaires.
Parlons maintenant des kystes des vaisseaux sanguins. L'existence de ces kystes est rendue certaine par l'étude des transformations que l'inflammation amène dans certaines tumeurs èrectiles. Nous n'y insisterons pas ici ; nous renverrons le lecteur au chapitre des Tumeurs èrectiles oîi cette question est traitée avec quelques détails.
Il semble au premier abord que ce qui est possible dans les vaisseaux des tumeurs èrectiles doive être possible également dans les autres vaisseaux; mais cet argument par analogie ne doit être invoqué qu'avec beaucoup de réserve, parce que les vaisseaux des tumeurs èrectiles présentent des conditions toutes spéciales. Ils joignent à la structure et aux propriétés des capillaires, un calibre égal à celui de beaucoup de vaisseaux artériels ou veineux. De ce que deux oblitérations superposées dans un vaisseau large d'un demi-millimètre, par exemple, donnent lieu à la formation d'un
(1) Liégeois, Anat. et phys. des glandes vasculaires sanguines, Tlu de concours, Paris, i8C0, in-40, p. 10, et possim.
TUMEURS CONGÉNITALES POLYKYSTIQUES.
kyste intermédiaire, il ne résulte pas que la même chose doive ou puisse se reproduire sur un capillaire ordinaire de 40 à 30 fois plus petit; — et de ce qu'un vaisseau à parois simples, comme les ca- ^ pillaires dilatés des tumeurs érectiles, ne s'efface^pas lorsqu'il cesse 'd'être traversé par le sang, il ne résulte pas qu'un vaisseau artériel ou veineux de même calibre, à parois complexes, contractiles, ou au moins rétractiles, puisse rester creux entre deux oblitérations. La question des kystes vasculaires sanguins en général n'est donc pas résolue par l'exemple des kystes des tumeurs érectiles.
Après cette remarque, nous allons passer en revue les principales espèces de kystes que l'on a attribués à la dilatation des vaisseaux sanguins.
Ce sont d'abord les kystes placentaires, ou môles bydatiques, dont il a été question plus haut (page 38). On a vu que ces kystes, malgré l'apparence tubuleuse et rameuse de quelques-uns d'entre eux, n'ont pas leur siège dans les vaisseaux sanguins, et qu'ils sont dus à la dilatation des villosités du placenta. Voilà un premier exemple à supprimer.
Baillie pensait que les kystes des plexus choroïdes avaient leur siège dans la veine principale de ce plexus, et il ajoutait, à l'appui de son opinion, que l'air insufflé dans la veine pénétrait dans les kystes (1). L'argument est au moins singulier, car il est clair qu'une cavité communiquant avec une veine doit être pleine de sang ; si Baillie y avait songé, il aurait compris que son insufflation avait produit des ruptures. Cet exemple peut être considéré comme non avenu. '
M. Cruveilhier, se basant surtout sur la comparaison des kystes placentaires avec les kystes aréolaires de l'ovaire, a supposé que ceux-ci, comme ceux-là, naissaient dans le réseau des capillaires veineux (2) ; mais cette induction n'est plus légitime depuis que l'examen microscopique a fait connaître le siège des kystes placentaires dans les villosités du placenta.
M. Cruveilhier est également disposé à ranger parmi les kystes vasculaires les kystes multiloculaires congénitaux du cou, affection rare et curieuse décrite pour la première fois par M. Cœsar Hawkins (3). Le cou est le siège de prédilection des kystes multiples congénitaux, mais ils peuvent aussi se montrer ailleurs. M. Guersant a enlevé en 1834 une de ces tumeurs, qui était grosse comme une
(1) Baillie, Traité d'anatomie pathologique, trad. franç., Paris, 1803, in-8o,p. i37.
(2) Cruveilhier, ^«a/. pathol. générale, t. III, p. 493, Paris, l856,in-8°.
(3) Qrsar Hawkins, On a Peculiar Form of Congenial Tumours of thc Neclc, dans ^er/. Chir. Transactions, 2' sér., vol. IV, p. 231, Lond., 1839, in-8o.