‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 14 sur 92 · KYSTES VEINEUX · texte numérisé non relu

KYSTES VEINEUX

vent supporter le plus léger examen. Ils sont relatifs à des cas où, après avoir diagnostiqué un kyste, on a vu du sang artériel s'échapper à travers une ponction ou une incision. De deux choses l'une, par conséquent ; ou bien la poche était produite par la dilatation d'une artère, et n'était autre chose qu'un anévrysme méconnu; ou bien c'était un kyste, développé dans l'origine en dehors des artères, et mis en communication, par suite d'une rupture ultérieure, avec une ou plusieurs artères. Ce dernier cas s'est présenté dans une observation de Dalrymphe, citée par M. Hawkins. Un kyste du cou donna lieu à des hémorrhagies répétées, et, à l'autopsie, on trouva que plusieurs des vaisseaux de l'isthme du corps thyroïde s'ouvraient dans l'intérieur du kyste (1). S'il n'y avait eu communication qu'avec un seul vaisseau, l'hypothèse d'une dilatation vasculaire pourrait à la rigueur se présenter à l'esprit; mais l'existence de plusieurs ouvertures vasculaires prouvait évidemment qu'if y avait eu dans le kyste un travail d'ulcération par lequel les vaisseaux environnants avaient été atteints. Maintenant, en faisant toutes les concessions possibles, en admettant que les prétendus kystes artériels aient vraiment leur origine dans les artères, nous serons aussitôt obligé de déclarer que ces tumeurs ne sont pas des kystes. Un kyste est une cavité close ; et une cavité qui a toujours communiqué avec l'appareil circulatoire n'est pas, n'a jamais été un kyste.

J'en dirai autant des kystes qui communiquent avec la cavité des vemes. Gomme les précédents, ils ont été surtout observes dans la région du cou, qui n'en est pourtant pas le siège exclusif. La dilatation des veines revêt quelquefois une forme circonscrite et donne leu à des poches latérales dont le fond peut devenir beaucoup plus large que le goulot. Ces anévrysmes veineux ont, dans certains cas, un orifice tellement étroit qu'il faut les soumettre à une pression longtemps prolongée pour les réduire d'une manière appréciable et qu'on les prend très-aisément pour des kystes. M. R. Marjolin a montré, il y a quelques années, à la Société *de chirurgie, un enfant qui présentait à la joue gauche, vers l'angle de la mâchoire une tumeur irréductible. Cette tumeur fut examinée attentivement par plusieurs membres de la Société qui déclarèrent que c'était un k}^te. M. Marjolin inclinait vers l'idée d'un lipôme. Une ponction lut pratiquée et donna du sang pur qui se coagula presque aussitôt.

<î««tvt';^ ^"-"-' '^-^

■ DES KYSTES PnOGÈNES.

On retira 40 grammes de ce liquide ; la tumeur était affaissée, mais au bout d'une heure elle avait repris son volume, et paraissait môme plus ferme qu'auparavant (i). Depuis lors j'ai montré à la même Société une petite fille de 9 ans atteinte d'une affection tout à fait semblable. Je pensais que c'était une tumeur veineuse, mais plusieurs collègues pensèrent que c'était un kvste ou un lipome (2). Je fis une ponction exploratrice, qui ne donna que du sang veineux, et au bout de quelques minutes la tumeur, d'abord affaissée, revint à son premier volume. Un cas bien autrement grave s'est présenté à la Charité, il y a quelques années, dans le service de M. Velpeau. Une tumeur du cou, prise pour un kyste du corps thyroïde, fut ponctionnée, et ne fournit que du sang ; on crut qu'il s'agissait d'un kyste primitivement simple, devenu sanguin par suite d'une exhalation, comme cela s'observe souvent dans cette région, et on pratiqua une injection iodée. Une demi-heure après, la malade était morte, et on trouva à' l'autopsie que le prétendu kyste communiquait directement avec une veine thyroïdienne. Ces' faits, que je pourrais multiplier, prouvent que des tumeurs produites par la dilatation des veines peuvent simuler des kystes; mais c'est par un abus singulier de langage qu'on les a désignées sous le nom de kystes veineux. Par cela seul qu'elles communiquent encore avec les veines, ne fût-ce que par un pertuis très-étroit, elles doivent être entièrement rejetées hors de la classe des kystes.

On conçoit cependant qu'un pertuis assez étroit pour rendre difficile latéduction de la tumeur puisse, en se rétrécissant davantage encore, finir par s^oblitérei- (3), et que, l'oblitération une fois achevée, l'anévrysme veineux puisse se transformer enkyste. C'est ce qui avait eu lieu peut-être dans deux cas recueillis à la clinique de

(1) Bull, de la Soc. de chirurgie, 1" série, t. VIII, p. 111 et 117 (octobre 1857).

(2) Bull, de la Soc. de chir., 2' série, t. II, p. 321 (1861).

(3) Le défaut de réductibilité de ces tumeurs n'implique pas nécessairement l'idée d'une communication très-étroite avec le système veineux. Il est possible que la pression exercée sur la tumeur se transmette en masse à la veine adjacente, l'aplatisse et empêche ainsi l'expulsion du sang. C'était, je pense, ce qui avait lieu sur la petite malade que j'ai présentée à la Société de chirurgie. La pression n'amenait qu'une réduction tellement minime que plusieurs collègues ne purent la constater. Mais lorsqu'on plaçait la tête dans une position déclive, la tumeur ne tardait pas à se distendre, pour redevenir plus petite et plus molle lorsqu'on remettait l'enfant dans la position verticale. Ainsi la réductibilité, presque nulle par la pression, était, au contraire, rendue très-nette par la position. On conçoit que la pression puisse aplatir la veine adjacente, qui reste, au contraire, parfaitement perméable dans les changements de position.

Page 1