‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 24 sur 92 · KYSTES TUBERCULEUX · texte numérisé non relu

KYSTES TUBERCULEUX

la face profonde du derme, qui est à peu près intacte, et la face superficielle de l'aponévrose sous-cutanée. Cette déchirure n'atteint que des vaisseaux très-petits qui, en général, ne fournissent que très-peu de sang, qui quelquefois même n'en fournissent pas du tout : on ne s'en étonnera pas, si l'on songe que leur division es le résultat d'un allongement exagéré, comparable à l'arrachement, et que les artères divisées par arrachement ne saignent presque jamais. Morel-Lavallée a donc eu parfaitement raison d'établir une distinction entre ces déchirures sous-cutanées dues à des pressions obliques, et les foyers sanguins produits par des chocs directs, sans méconnaître pour cela l'existence de cas intermédiaires entre les deux types. Ce qui caractérise le type qu'il a si bien étudié, c'est l'absence d'hémorrhagie, ou du moins l'extravasation d'une quantité de sang bien inférieure à celle que pourrait contenir la cavité traumatique. Les premières heures se passent donc sans qu'on voie se manifester une tumeur appréciable; mais, tantôt au bout de quelques heures, tantôt seulement au bout d'un à deux jours, ou même de trois à quatre jours, une exhalation de sérosité, fournie par les tissus déchirés (1), remplit peu à peu la poche, qui forme une tumeur croissante, d'abord flasque et ondulant sous le doigt, puis plus ferme et déjà fluctuante, et enfin distendue comme un kyste. La ponction pratiquée avec un trocart donne issue à un liquide transparent, quelquefois légèrement coloré en rouge, d'autres fois tout à fait limpide, qui se reproduit peu à peu les jours suivants, en conservant ses premiers caractères. Lorsque ces épanchements traumatiques de sérosité sont traités convenablement par des ponctions successives, suivies d'une compression méthodique, et plus tard par les vésicatoires volants, ils finissent le plus souvent par disparaître, et les parois opposées de la cavité s'agglutinent et

(1) Morel-Lavallée compare avec raison ce suintement de sérosité à celui qui se produit dans les moignons d'amputation après la suppressiou de l'iiémorrliagie, et qui, après avoir duré deux ou trois jours, fait place insensiblement à la suppuration. Il est disposé à admettre que cette sérosité est une sorte d'hémorrhagie séreuse fournie par les vaisseaux capillaires divisés, dont les extrémités déchirées et froissées, refusant passage aux globules, ne laissent plus passer que la partie la plus ténue du sang. Mais ce qui prouve qu'il s'agit bien d'une sécrétion, c'est que, lors- •qu'on pratique une ponction au bout de quelques jours, môme au bout d'un mois et plus, une sérosité exactement pareille à la première se reproduit peu à peu et remplit de nouveau la cavité, sans qu'on puisse cette fois l'attribuer à une hémorrhagie séreuse. Au surplus, il serait facile de prouver, môme pour les moignons ^'amputés, que l'exhalation de sérosité dont les plaies sont le siège n'est que le premier degré du travail de sécrétion qui, lorsque la plaie ne se réunit pas, aboutit «nsuite ;\ la formation du pus.

KYSTES NÉOGÈNKS.

se Cicatrisent; cette heureuse terminaison peut môme avoir lieu sans aucun traitement. Mais quelquefois raflcclion abandonnée à clie-môme ne rétrograde pas. L'épanchement ne se résorbe pas, le tissu conjonctil'qui l'entoure sécrète une lymphe plastique qui s'organise en une membrane plus ou moins épaisse, et qui constitue un véritable kyste périgènc. J'ai vu un de ces kystes qui existait déjà depuis six mois sans aucun changement, et que j'ai traité avec succès par l'injection iodée.

Les tubercules à l'état de crudité sont souvent entourés d'une membrane périgène qui n'est pas un véritable kyste, quoiqu'on les désigne alors sous le nom de tubercules enkystés. Lorsqu'ils sont ramollis et convertis en une bouillie dirilucnte plus ou moins mêlée de pus, deux cas peuvent se présenter : — ou bien cette collection s'accroît plus ou moins rapidement par l'addition continuelle des globules purulents que sécrète la membrane enveloppante; celle-ci joue le rôle de la membrane pyogénique, la tumeur se comporte comme un abcès froid ordinaire, et porte le nom d'abcès tuberculeux ;— ouhien la poche, au lieu de s'amoindrir et de se distendre, va plutôt en s'épaississant, en se rétractant; la sécrétion purulente est à peu près nulle; le contenu de la poche, au lieu de se diluer, tend au contraire à se condenser de plus en plus, acquiert quelquefois la consislance du mastic de vitrier, et les choses peuvent rester dans cet état pendant un temps presque indéfini. Ces collections stationnaires ou décroissantes, entourées d'une membrane plus épaisse, portent le nom de kystes tuberculeux, et sont effectivement plus rapprochées du type des kystes que de celui des abcès. Mais, à vrai dire, on passe de l'un à l'autre type par des transitions insensibles. Il y a beaucoup de cas où l'on ne peut dire s'il s'agit d'un kyste ou d'un abcès. Un abcès tuberculeux, déjà parvenu à un certain volume, peut rétrograder et se transformer en kyste tuberculeux; réciproquement, un kyste tuberculeux depuis longtemps stalionnaire peut devenir le siège d'une sécrétion purulente continue qui le transforme en abcès. Cette distinction est donc quelque peu arbitraire , puisqu'elle porte sur des caractères physiologiques plutôt que sur des caractères anatomiques.

J'en dirai autant de la distinction des abcès et des kyslcs purulents. Ce dernier nom a été employé dans deux acceptions différentes. Tout kyste qui s'enllamme peut sécréter du pus et devenir purulent. Mais les kystes purulents dont nous parlons ici sont ceux qui n'ont jamais renfermé que du pus.

Si l'on prenait les choses au pied de la lettre, on dirait que tout

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