KYSTES PURULENTS
abcès, chaud ou froid, entouré d'une membrane dite pyogénique, est un kvstc périgcne. Le pus d'un abcès chaud, d'abord infiltré dans les tissus, ne tarde pas à se collecter, et, lorsque ce corps étranger ne trouve pas promptement une issue, il s'entoure d'une membrane périgène qui ne diffère par aucun caractère anatomique des kystes formes autour des autres corps étrangers, et qui s'en distingueseulement par la sécrétion purulente dont elle est le siège. La membrane qui entoure les abcès froids se rapproche davantage encore de celle des kystes périgènes. Mais, malgré ces incontestables analogies, tout le monde a compris la nécessité d'établir une distinction tranchée entre les abcès, qui tendent naturellement à s'ouvrir par ulcération, et les kystes, qui peuvent s'ouvrir, sans doute, qui s'ouvrent même quelquefois par ulcération, mais dont les parois acquièrent le plus souvent une résistance proportionnelle à la tension intérieure. La distinction des kystes purulents et des abcès est tout à fait indispensable dans la pratique, mais dans la théorie elle ne repose que sur des caractères de second ordre, qui ne sont même pas absolus. De même qu'il est impossible de tracer une ligne de démarcation entre les abcès chauds et les abcès froids, il Bst impossible de dire exactement où finissent les abcès froids, et 011 commencent les kystes purulents. Un kyste purulent est un abcès froid dont la membrane pyogénique a subi une modification favorable, et a cessé cle sécréter des globules purulents. Cette cessation n'est pas instantanée; ce n'est d'abord qu'une diminution plus ou moins notable, à la faveur de laquelle l'absorption devient supérieure à l'exhalation. Cette diminution le plus souvent n'est que passagère ; et l'abcès, après avoir rétrogradé pendant quelque temps, recommence ensuite à s'accroître ; mais lorsque la sécrétion purulente, de plus en plus diminuée, finit par tarir peu à peu, la poche se rétracte en s'épaississant, et alors, plusieurs éventualités peuvent se présenter. Quelquefois le contenu de l'abcès se résorbe entièrement, et la membrane pyogénique finit par s'oblitérer tout à fait. D'autres fois la résorption n'enlève que le sérum du pus ; les globules purulents, de plus en plus condensés, persistent dans la poche sous la forme d'une bouillie grumeleuse, épaisse, ou même d'une matière caséeuse difficile à distinguer de celle des kystes tuberculeux; cette collection petite, indolente, susceptible de rester indéfiniment stationnaire, et entourée d'une membrane parfaitement isolablc, constitue ce qu'on appelle un kyste purulent. D'autres fois enfin, les globules de pus se dissolvent, disparaissent dans le sérum, et sont entièrement absorbés comme dans le premier
KYSTES NÉOGÈNES.
cas; mais la mcml)ranc pyogéniquc ne s'ohiilère pas. Elle continue à sécrcler un liquide séreux; le contenu, d'abord opaque, devient de plus en plus clair, puis de plus en plus transparent, et un véritable kyste séreux se trouve ainsi formé dans la cavité de l'abcès. Ce mécanisme de la guérison des abcès iroids est extrêmement rare, mais il est rendu incontestable par une belle observation d'Aran. Un malade atteint d'hydro-pneumo-thorax avait en môme temps des tubercules vertébraux qui avaient donné lieu à la formation de quatre abcès par congestion, parfaitement indépendants les uns des autres. Le plus grand de ces abcès descendait jusque dans la cuisse gauche; un second abcès occupait la fosse iliaque droite; tous deux avaient cessé de communiquer avec les os. Les deux derniers, beaucoup plus petits, étaient en communication avec les cavernes tuberculeuses des vertèbres. Le grand abcès du côté gauche fut ponctionné, sept mois avant la mort; on en retira 700 grammes de pus et on y poussa une injection iodée. La tumeur se reproduisit bientôt, puis elle rétrograda peu à peu. L'abcès de la fosse iliaque droite, qui n'avait pas été traité, diminua de la même manière, et tous deux disparurent presque entièrement dans les derniers temps de la vie. A l'autopsie, on trouva l'abcès du côté gauche converti en un « kyste à parois lisses, brillantes et polies « comme une membrane séreuse. Ce kyste contenait environ " SO grammes d'un liquide parfaitement transparent. » L'abcès de la fosse iliaque droite était converti en un kyste plus petit, contenant également de la sérosité, mais de la sérosité moins transparente. Quant aux deux petits abcès, ils ne renfermaient que du pus. Ainsi, après la guérison de l'affection osseuse qui leur avait donné naissance, les deux grands abcès par congestion, ne communiquant plus avec les os, s'étaient transformés en kystes séreux. Ce changement avait pu être provoqué ou favorisé, du côté gauche, par l'injection iodée, mais il était survenu spontanément dans l'abcès du côté droit {i). Lorsque je remplaçais le professeur Laugier, à l'Hôtel -Dieu, en octobre 1854, j'ai observé un fait qui peut être, jusqu'à un certain point, rapproché du précédent. Un homme avait eu l'artère fémorale blessée par un coup de couteau-poignard porté obliquement. L'artère était sans doute entièrement coupée en travers, car l'hémorrhagie s'arrêta par la seule compression, et ne reparut plus. Le trajet de l'instrument s'enflamma, et suppura; le pus fit
(I) Aran, Sur un phénomène particulier produit par la toux dans l'/iydtv -pneumothorax et sur un mode peu connu de guérison des abcès par congestion, dans Ardiivcs générales de médecine^ 5» sér., t. VIIF, p. 1)9 (ISôG).
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des fusées profondes, mais il ne fut pas nécessaire de pratiquer des contre-ouvertures, et la plaie extérieure se cicatrisa enfin, après avoir suppuré deux mois. Quelques jours après, une tumeur fluctuante se montra à quelques centimètres de la cicatrice ; je crus que c'était un nouvel abcès, ou plutôt un abcès formé par l'accumulation du pus dans la partie profonde de l'ancien trajet, et je pratiquai une ouverture étroite qui donna issue à environ 30 grammes de sérosité parfaitement transparente. Il s'agissait donc d'un kyste séreux, formé dans l'ancien trajet purulent, que la cicatrisation de la peau avait transformé en cavité close. Ma petite incision se referma par première intention, et, grâce à une compression méthodique, le liquide ne se reproduisit pas; mais il est clair que si l'ouverture n'avait pas été pratiquée, ce kyste aurait pu persister et même s'accroître ultérieurement.
§ 2. Kystes autogènes. — Les kystes autogènes sont des kystes de formation entièrement nouvelle, qui ne doivent leur origine ni cà la dilatation d'une cavité préexistante, ni à Tirritation produite par un corps étranger, et qui naissent de toutes pièces dans l'organisme, par suite d'un travail spontané, spécial, idiopathique.
Ces kystes, dont la nature est très-diverse, peuvent se former à toutes les époques de la vie, intra ou extra-utérine. Ils peuvent même dater de la première période des formations embryonnaires.
Au point de vue de la physiologie pathologique, les kystes autogènes ne se distinguent des autres que par des caractères négatifs. On admet qu'ils sont autogènes parce qu'on ne trouve, là où ils se développent, aucune condition anatomique capable d'en expliquer l'origine. Tel kyste, que l'on rangeait autrefois dans la classe de ceux que nous appelons autogènes, a pris place maintenant parmi les kystes progènes, parce qu'on a découvert la cavité, glandulaire ou autre, où il prend naissance. Par suite de ces découvertes, et surtout depuis l'ère du microscope, la classe des kystes autogènes a subi une réduction considérable, et nous n'y maintiendrons qu'un petit nombre de kystes ; mais nous y ajouterons des kystes qu'on a longtemps considérés comme périgènes, et que la plupart des ■auteurs considèrent encore comme tels,- en vertu d'une théorie que nous aurons à réfuter.
Les kystes autogènes se divisent en deux catégories bien distinctes : les uns sont caractérisés par un contenu séreux, au moins dans l'origine, et par une paroi dont la structure est simple; les autres renferment un contenu organisé et possèdent une paroi dont la structure complexe est plus ou moins analogue à celle de
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cerUùns tissus ou de certains organes spéciaux. Dans le premier cas, hi paroi ne se compose que de tissu conjonclif ou de tissu fibreux, c'est-à-dire d'éléments qu'on est habitué à voir se produire partout, sous l'innuenee des causes les plus diverses. Dans le second cas, les éléments de la paroi et delà partie solide du contenu sont groupés de manière à constituer des tissus spéciaux, plus ou moins complexes, et môme des espèces d'organes analogues à des organes normaux, mais situés dans des régions où rien de pareil n'existe à l'état normal. Nous donnerons aux kystes du premier groupe le nom de kystes séreux autogènes, et aux kystes du deuxième groupe celui de hjstes héiérotopiques, emprunté à la théorie de M. Leberl, que nous admettons en principe, en y apportant toutefois quelquemodifications.
A. Kystes séreux autogènes. — L'existence de cette catégorie de kystes est établie par plusieurs ordres de faits qui ne sont pas susceptibles, dans l'état actuel de la science, de se prêter à une autre interprétation.
Nous citerons en premier lieu les kystes des os, — non pas ceux des os maxillaires qui sont, sinon toujours, du moins presque toujours des kystes progènes, développés dans les follicules dentaire-, — mais ceux des autres os, longs ou plats, qui ne renferment à l'état normal aucune cavité préexistante.
Il y a une douzaine d'années, assistant, à l'hôpital Beaujon, à la visite du regrettable Robert, je vis cet habile chirurgien pratiquer une ponction dans une tumeur de la fosse sous-épineuse de l'omoplate, tumeur plus grosse que les deux poings, parfaitement arrondie, assez ferme mais dépressible, et qui avait évidemment son siège dans l'épaisseur même de l'os, car elle donnait lieu sous le doigt à la sensation de parchemin, caractéristique, comme on sait, des tumeurs entourées d'une coque osseuse amincie. Robert hésitait entre le diagnostic d'un kyste et celui d'un ostéosarcôme. La ponction donna issue à une grande quantité de liquide séreux parfaitement transparent ; pour vider la poche il fallut exercer une pression assez forte sur la paroi superficielle, et on reconnut alors que le Irocart était plongé dans une cavité creusée entre les deux lames compactes de l'omoplate. Voilà donc un kyste séreux, uniloculaire, développé dans l'épaisseur d'un os plat, dans une région 011 les deux tables de tissu compacte, à peine séparées par une très-mince couche de tissu spongieux très-dense, sont presque confondues en une seule. Il est extrêmement probable que ce kyste a pris naissance dans l'une des aréoles du tissu spongieux interposé ;
KYSTES SÉREUX AUTOGÈNES. 125
mais ccllcs-ci ne sont pas des cavités véritables; elles sont entièrement remplies de ce qu'on appelle à tort le suc médullaire, qui n'est point un suc, mais un tissu organisé et vasculaire. Ce n'est donc pas dans une cavité préexistante que le kyste s'est développé; car il n'existe dans le tissu osseux, aucune glande, aucun organe creux, et l'on est bien obligé d'admettre que le kyste en question est néogène.
• Les kystes des os sont quelquefois multiples. Travers et Breschet en ont cité des exemples ; le plus remarquable est celui que M. Nélaton a montré en 1844 à la Société de chirurgie, et qu'il a fait représenter dans ses Eléments de pathologie chirurgicale (i). La diaphyse du fémur, dans toute sa longueur, était transformée en une énorme tumeur, composée d'une innombrable quantité de kystes, les uns très-petits, les autres du volume d'une noix. Des cloisons osseuses irrégulières, incomplètes, entre-croisées, traversaient entons sens cette tumeur, où l'on ne trouvait d'autres parties solides que ces cloisons et les parois membraneuses des kystes. Depuis que l'on connaît la transformation kystique des tumeurs érectiles des parties molles, on a pu se demander si les tumeurs polykystiques des os ne seraient pas des tumeurs érectiles transformées. S'il en était ainsi, les kystes multiples dont nous parlons seraient des kystes progènes, et non des kystes autogènes. Mais cette vue est entièrement hypothétique, et elle est en outre contraire à toutes les probabilités. La transformation kystique, en effet, n'est dans les tumeurs érectiles qu'un accident très-exceptionnel; pour une tumeur érectile qui a subi cette transformation, on en trouve mille peut-être qui n'en présentent aucune trace. D'oii il suit que si les kystes des os reconnaissaient une semblable origine, ils devraient être infmiment plus rares que les tumeurs érectiles des os. Or, c'est précisément le contraire qui a lieu. Les kystes des os sont rares, sans doute, mais le sont beaucoup moins que les tumeurs érectiles des os, dont l'existence môme a pu être mise en doute par plusieurs auteurs modernes. Supposera-t-on que celles-ci aient une tendance particulière à subir la transformation kystique? Ce serait oublier que la transformation kystique est rarement spontanée, qu'elle est presque toujours provoquée par des froissements, des pressions, des opérations, en un mot par des causes irritantes auxquelles une tumeur érectile contenue dans l'intérieur d'un os échappe presque entièrement. D'ailleurs les kystes multiples décrits
(1) T. II, p. -18, 1''' édit., Pa is, 1847, in-S».
KYSTES NÉOC.ÈNES. |
par M. Nclaton occupaient toute l'clendue de la diaphyse du fémur, à l'exclusion des épiphyscs, et on ne connaît aucun exemple de tumeur éreclile développée dans la diuphyse d'un os long. Il serait donc au moins étrange d'attribuer ces kystes à une cause dont la possibilité n'est pas encore établie. Ajoutons enfin que l'existence des kystes autogènes des os est démontrée par les cas où le kyste est unique. Alors, en eflet, il n'y a pas moyen de recourir à l'hypothèse d'une tumeur érectile transformée. II est possible, il est "vrai, qu'un kyste unique se forme dans une tumeur érectile ; mais celle-c'i persiste à l'état de tumeur érectile; elle ne serait transformée que si d'innombrables kystes s'étaient développés dans toute son étendue, et si tous ses vaisseaux étaient ainsi oblitérés. Par conséquent, lorsqu'on trouve dans un os un kyste unique, autour duquel il n y a aucune trace de tissu érectile, on est tout à fait certain qu'il ne s'agit pas d'une tumeur érectile transformée, et que le kyste est autogène. Dès lors il n'est plus nécessaire de recourir à une hypothèse tout à fait invraisemblable pour expliquer l'existence'^ de^turaeurs polykystiques des os. Rien ne nous autorise donc à considérer ces kystes multiples comme progènes; tout nous permet, ai: contraire, de les ranger dans la catégorie des kystes autogènes.
Les kystes sous-péritonéaux du mésentère ou de la paroi abdominale me paraissent devoir rentrer dans le même groupe. J'ai eu l'occasion d'étudier à la Société anatomique deux kystes séreux du mésentère, présentés, l'un par M. Ducasset (1), l'autre par M. Mesnet (2); j'ai examiné avec soin cette dernière pièce, et je rae suis coifvaincu que le kyste n'avait aucun rapport avec les ganglionmésentériques, et qu'il s'était formé de toutes pièces dans le tissu conjonctif qui sépare les deux feuillets du mésentère. Au surplus, l'hypothèse d'un kyste ganghonnaire n'est plus possible, lorsque le kyste sous-péritonéal occupe la paroi abdominale, comme cela avait lieu dans un cas présenté à la Société anatomique par Bauchet (3). On a supposé que les kystes sous-péritonéaux se formaient dans des bourses muqueuses sous-péritonéales, à la manière des hygromaordinaires, qui sont des kystes progènes; mais il aurait d'abord fallu établir l'existence des bourses muqueuses sous-péritonéales, et c'est ce qu'on n'a point fait.
(1) Bull, de la Soc. anat., 1848, t. XXIII, p. G7.
(2) Loc. cit., 1851, t. XXVI, p. 135.
(3) Loc. cit., \8à2, t. XXVII, p. 20. J'ai lieu de croire que c'est cette môme pièce qui a (5lé décrite par M. Cruveilhier {Anal, patli. générale, t. III, p. 508, en note [1856].
KYSTES HÉTÉROTOPIQUES. 127
Les kystes des plexus choroïdes, qui sont presque toujours multiples, et dont la fréquence est telle qu'on a été tenté de les considérer comme normaux, sont également des kystes autogènes, car il n"y a dans les plexus choroïdes aucune cavité normale. J'ai déjà réfuté (p. oo) l'opinion de Baillie qui supposait que ces kystes étaient dus à la dilatation des veines. J'ajoute qu'ils n'ont pas plus de rapports avec les capillaires qu'avec les veines. Lorsqu'on examine au microscope, sous des grossissements de 15 à 30 diamètres, un plexus choroïde qui renferme des kystes, on découvre presque toujours, à côté des kystes visibles à l'œil nu, d'autres kystes naissants qui peuvent n'avoir qu'un dixième ou un vingtième de millimètre de diamètre, et ces kystes microscopiques sont déjà parfaitement sphériques. Je n'en ai pas vu un seul qui eût une forme allongée et qui eût la moindre connexion avec les vaisseaux capillaires. Les kystes des plexus choroïdes sont donc autogènes.
On doit considérer également comme autogènes les kystes séreux multiples que M. Cruveilhier a observés chez les ruminants, et qui peuvent occuper à la fois un grand nombre d'organes. Ainsi, ce professeur a vu, sur le même mouton, des kystes séreux innombrables dans les poumons, le foie, les reins, et jusque dans Vépaisseur 4es parois du cœur. ll ajoute que ce n'étaient pas des kystes hydatiques, et l'affirmation d'un observateur aussi compétent ne peut être révoquée en doute. Tous ces kystes étaient semblables entre eux ; ils étaient séreux, à iDarois très-minces, et contenaient un liquide très-limpide. Ils s'étaient formés sous l'influence d'une diathèse particulière. Ceux du cœur n'étaient évidemment pas progènes ; et comme ils ne différaient en rien des autres, il est permis d'en conclure que tous ces kystes étaient autogènes.
L'existence des kystes séreux autogènes étant suffisamment éta- .)Iie par les exemples précédents, il y a lieu de se demander mainlenant, si d'autres kystes, qu'on a pu, à la rigueur, à l'aide d'une hypothèse, rattacher à des cavités préexistantes, ne seiaient pas plutôt des kystes autogènes. Je fais allusion surtout aux kystes congénitaux multiples dont j'ai déjà parlé à l'occasion des kystes vasculaires (voy. plus haut, p. 36-58),
Le mode de formation des kystes autogènes n'a pu être déterminé jusqu'ici. J'ai déjà dit (p. 24) que Frerichs et Rokitankys assignent pour point de départ à ces kystes une cellule élémentaire ou un noyau de cellule; mais j'ai dit en même temps que ces vues sont encore hypothétiques.
E. Kystes hé lér otopiques. — Les kystes que nous désignons sous
'-•^ KYSTES NÉOGÈNKS.
ce nom ont 6t6 longtemps considérés comme des kysles fœlaux, c'est-à-dire, comme des kystes périgènes, développes autour d'un fœtus égaré ou d'un embryon monstrueux. On rangeait dans cette catégorie des kystes fœtaux non-seulement tousceuxqui renferment un fœtus complet ou les débris d'un fœtus complet, mais encore tous ceux où l'on trouve des organes à structure spéciale, comme des os. des dents, de la peau, ou seulement des poils multiples. Les recherches de M. Lebcrt sur Vhétérotopie plastique (i), ont porté un rude coup à cette théorie. L'existence des kystes fœtaux périgcnL"est et demeure incontestée; mais la plupart des faits qu'on y rattache doivent être interprétés d'une tout autre manière, depuis surtout que les observations embryogéniques ont révélé la véritable cause des phénomènes généralement attribués à l'inclusion fœtale.
Avant de m'occuperdes kystes hétérotopiques, je parlerai d'aboi <1 des kystes fœtaux proprement dits. Ce sera le meilleur moyen de mettre en relief la différence qui existe entre ces deux groupes.
Les vrais kystes fœtaux sont ceux qui succèdent à des grossesseextra-utérines. Ils ne peuvent exister, par conséquent, que chez les femmes qui ont atteint ou dépassé l'âge de la puberté. L'ovule fécondé qui n'exécute pas sa migration normale, et qui se fixe soil dans la trompe, soit dans le péritoine, soit sur l'ovaire môme, se développe d'abord de la même manière que s'il était arrivé à bon port. L'évolution de l'embryon et de ses membranes est régulière. L'enveloppe la plus extérieure, qui remplace pour lui la paroi utérine, constitue dès l'origine une sorte de kyste ; toutefois on conçoit que cette poche, appelée àjouer, dans la nutrition du fœtus, le même rôle que la muqueuse utérine, doit présenter, pendant toute la vie de ce fœtus, des caractères tout à fait spéciaux. Quoiqu'elle ne soit pas en-continuité de vaisseaux avec l'être qu'elle renferme, elle a avec le placenta fœtal des rapports de contiguïté tellement intimes et une telle solidarité de nutrition, qu'il n'y a dans cet éla( rien de comparable à la disposition des véritables kystes. Une grossesse extra-utérine n'est donc pas un kyste; mais elle peut se transformer en kyste lorsque le fœtus meurt avant d'avoir atteint un grand volume, ce qui est le cas le plus ordinaire, et lorsque la mère échappe aux chances de rupture, de péritonite, de suppuration, d'infection putride, qui sont d'autant plus à craindre que le fœtus, au moment de la mort, est plus volumineux. Le placenta ne tarde
(l)Lebert, Des kystes dermoïdes el de rhétérotopie plaitiquc en général^ Mém. de la Soc. de biologie, F" série, t. V, p. 203-:;73 (1852).
KYSTES HÉÏÉROTOPIQUES OVAHIQUES. j 29
pas à tomber en putrilage, ainsi que les membranes du fœtus; celui-ci dès lors n'a plus aucune connexion avec la paroi de la poche qui le renferme, et le kyste fœtal se trouve constitué. La paroi de ces kystes, plus ou moins épaisse et toujours fibreuse, se rétracte le plus souvent, en même temps que la plupart de ses vaisseaux s'atrophient. Le liquide où le fœtus, devenu corps étranger, flotte librement, subit diverses modifications, et se résorbe le plus souvent en grande partie. Quant au fœtus, il devient quelquefois le siège d'une sorte de momification ou d'une transformation en gras de cadavre, mais en général il se décompose; ses chairs putréfiées se réduisent en une espèce de bouillie, qui peut ultérieurement disparaître plus ou moins complètement par résorption; mais ses os restent dans le kyste, où l'on peut les retrouver au bout de plusieurs années, quelquefois au bout de vingt et trente ans. On conçoit au surplus que ces corps étrangers multiples, irréguliers, flottants continuellement ballottés dans les efî-orfs ou dans les mouvements delà défécation, puissent produire à la surface interne du kyste une irritation suivie de suppuration, que cet abcès intra-kys tique pmsse s'ouvrir soit à l'extérieur, soit dans la vessie, le vagin ou le rectum, et guérir après l'expulsion totale de son contenu. C'est ce qm a heu quelquefois ; mais quelquefois aussi le liquide du kyste se résorbe graduellement, la poche se ré tracte sur les débris osseux du fœtus, lesétreint, les immobilise, et les choses, parvenues à cet état, peuvent persister sans changement notable pendant un trèsgrand nombre d années. A l'autopsie, on trouve dans la poche une petite quantité de matière grumeleuse, jaunâtre ou brunâtre, avec des restes osseux provenant surtout du squelette de la tête, et présentant des ormes et un état de développement en rapport avec âge ou le fœtus a succombé. Ces débris de squelette sont libres dans la cavité du kyste; s'ils sont fixés quelquefois, c'est par une agglu tmation pure et simple sans adhérence organique Tels sont Ips véritables kystes fœtaux consécutifs â des groLsses e;tra utérin Ils ne se rencontrent que chez la femme, qu'après l'âge de la nuberté e que dans la moitié inférieure de la cavité abdominale Leur histoire n'a donné lieu à aucune contestation II n'en est pas de même d'une autre catégorie de kystes oui a été
aes poi s, el ou I on rencontre, par conséquent, des parties oroani sées qu, parassent provenu- cVun proclui? de concepLtraîs où
KYSTES MÉOGÈNES.
l'on trouve cependant, avec un peu d'attention, la preuve que ces parties organisées ne sont pas, ne peuvent pas être les restes d'un véritable Toetus.
Ainsi, les os, les dents, les poils, sont souvent implantés sur la paroi du kyste, à laquelle ils sont fixés par des liens organiques. Lorsque cette implantation existe, il est impossible de songer à l'hypothèse d'une grossesse extra-utérine, car jamais un fœtus ne peut, pendant sa vie, entrer en fusion avec la poche qui le renferme, et encore moins après sa mort. Il arrive souvent, il est vrai, que quelques-uns de ces prétendus organes embryonnaires deviennent libres au milieu de la bouillie graisseuse qui remplit le kyste, mais il suffit qu'un seul d'entre eux soit réellement implanté sur la paroi, il suffit que celle-ci supporte -un seul bulbe pileux, pour qu'il soit certain qu'elle a produit également les autres organes. Quelquefois enfin tous les organes sont libres, et c'est alors seulement que l'hypothèse d'une grossesse extra-utérine pourrait se présenter à l'esprit, mais l'état même de ces organes prouve qu'ils ne peuvent pas être des débris de fœtus.
En effet, s'ils provenaient d'un fœtus, ils devraient avoir tout au plus le volume, la forme, la structure, qu'ils présentaient lorsque le fœtus a péri, puisque tout développement est impossible après la mort. Les poils ne devraient pas dépasser la longueur et la grosseur qu'ils ont chez le fœtus à terme. Les dents ne devraient être ni plus développées ni plus nombreuses qu'elles ne le sont au moment de la naissance. Chaque os devrait avoir la forme normale qu'il affecte à l'une des époques de la vie intra-utérine. Il devrai! y avoir un rapport parfaitement régulier entre tous ces organes, sous le rapport de leur volume. Enfin, les organes les plus solides disparaissant nécessairement les derniers, on devrait toujours trouver des os dans les kystes qui renferment de la peau ou des poils.
Au lieu de cela : Les dents offrent souvent un volume égal ou supérieur à celui des dents d'un adulte; leur forme est presque toujours tout à fait anormale ; leur nombre est quelquefois supérieur à celui que pourraient fournir les deux dentitions réunies. Les poils sont souvent gros comme des crins de cheval. Ils peuvent avoir plus d'un mètre de longueur; ils peuvent présenter des colorations différentes sur les divers points de leur longueur. Dans un cas observé par Blandin sur le cadavre d'une vieille femme, les poils, long:s de plus d'un mètre, étaient fins et blonds à l'une de leurs extréniilés, gros etnoirs à l'autre extrémité, et présentaientà leurpartie moyenne une couleur et un volume intermédiaires, — preuve bien évidente
KYSTES IIÉÏÉHOTOPIQUES. THlîOHIE DE l'jNCLUSION . jjj
qu'ils avaient mis bon nombre d'années à se développer (1), Les os olFt-ent des formes insolites, et le plus souvent tout à fait méconnaissables. On n'en trouve ordinairement qu'un ou deux, et si ceuxlà ont résisté aux phénomènes aveugles delà décomposition, il n'y a pas de raison pour que tous les autres aient disparu. Dans les kystes des vraies grossesses extra-utérines, les os se conservent en raison du volume et de la solidité qu'ils ont acquis au moment de la mort du fœtus et, pour ce motif, la plupart des débris osseux proviennent toujours des os du crâne. Ici, au contraire, il est extrêmement rare que les os puissent être déterminés comme ayant pu fan-e partie d'un crâne, et qu'ils puissent même être désignés sous le nom d'os plats. Ce sont des masses informes, qui échappent à toute description. S'il arrive quelquefois qu'une de ces masses soit considérée comme une mâchoire, c'est uniquement parce qu elle donne implantation à une ou plusieurs dents, mais personne ne peut dire s'il s'agit d'une mâchoire supérieure ou d'une mâchoire inférieure. Enfin, parmi ces kystes il en est qui ne renferment que des dents; d'autres, des dents et des poils, sans aucune trace d os; d autres, et ce sont les plus nombreux, des poils seulement; quelques-uns ne contiennent pas même de poils- on n'y trouve qu'une substance graisseuse identiquement semblable par ses caractères physiques, microscopiques et chimiques à celle qui entoure les poils, les dents ou les os libres dans la cavité des kystes plus compliques ; et ce qui établit encore l'identité de nature de
vv^r-^r ^^'^'^ '^'""^ l'ovaire, c'est que tous sont evêtus intérieurement d'une couche épidermique, et qu'on rerouve presque toujours, sur une partie au moins de l'étendue de leur paroi, une structure analogue à celle de la peau
Tout cela suffirait déjà pour établir sans réplique que les kystes en question ne sont pas consécutifs à des grossesses ovarfqu s Mai Uy a un autre argument bien autrement saisissant • c esT des kystes Identiquement pareils quant à leur paroi et quant I I contenu ont été observés à tous les âges, clans „ /o'." L [ "J Hes du corps, et dans les deux sexes ! ^ i tes peu -
kv!terîf^°"^T ' ''^""^'"^ Péremptoire, on a supposé que ces kVbtes, lorsqu'ils occupaient l'ovaire étaient ch.- h a
dus à une tout autre cause : Vùéusion f.tale. „ seraU 1^:^
132 KYSTES NÉOGÈNES.
étrange que deux causes aussi différentes pussent donner lieu à des résultats identiques. Mais il s'agit d'examiner avant tout cette théorie de Vinchmun fœtale, et de voir si elle repose sur autre chose que sur un à priori.
Certains monstres doubles sont formés de deux individus parl'aitement développés, unis entre eux par un pédicule assez étroit, et intimement associés dans leur vie, mais ayant cependant deux individualités, deux intelligences, deux volontés parfaitement distinctes. On a donc supposé que ces deux êtres étaient des jumeaux, développés isolément soit dans deux ovules, soit dans un seul ovule à deux blastodermes, et que, mis en contact l'un avec l'autre dès les premières phases de leur développement, ils s'étaient soudés, comme se soudent,, dans les expériences de M. Bert, deux animaux de même espèce tenus en contact par des surfaces avivées.
A côté de cette première classe de monstres doubles, qu'on appelle autositaires, parce que les deux individus, également développés, sont doués d'une vie propre, et que chacun d'eux se nourrit par lui-même (aÙToç, soi-même, cîtoç, nourriture), existe la classe des monstres doubles parasitaires, composés d'un individu autositc se nourrissant par lui-mêmC;, et d'un parasite privé d'organes de nutrition, et se nourrissant aux dépens de l'autosite. On a supposé encore que ces monstres doubles parasitaires étaient le résultat de la fusion de deux individus primitivement distincts, mais d'une fusion plus intime que dans le premier cas, ou peut-être d'une fusion plus précoce, dans laquelle l'un des deux germes, en grande partie atrophié, n'aurait fourni que quelques organes, tels que de;membres, des mâchoires supplémentaires, etc.
Cette atrophie de l'un des germes, une fois admise, a fourni l'explication d'une foule d'anomalies. Un partisan logique de la théorie de la fusion des germes, M. Pigné, est allé jusqu'à dire que l'existence d'un seul doigt surnuméraire était la preuve de la diplogénèse. Et il est clair que si les membres supplémentaires proviennent d'un germe distinct, il n'y a pas de raison pour ne pas attribuer la même origine aux doigts supplémentaires. Cette consc-^ quence extrême et rigoureuse aurait dû faire réfléchir les partisans de la diplogénèse par soudure ; car la polydactylie existe ordinairement sur plusieurs membres, souvent sur les quatre membre?, ce qui supposerait autant de soudures de germes qu'il y a de membres atteints ; — et elle est en outre héréditaire, ce qui nécessiterait des suppositions extravagantes. Une autre conséquence non moins extrême de cette doctrine de la diplogénèse, a été la théorie
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de l'inclusion fœtale. Tout kyste, quelque profond qu'il soit, où l'on trouve des os, des dents, des poils ou tout autre organe figuré, et qu'il n'est pas possible de rapporter à une grossesse extrautérine, est considéré comme la conséquence d'une diplogénèse. On suppose que deux germes, d'abord distincts, se sont rencontrés et soudés, qu'en outre, l'un de ces deux germes, plus malheureux, a pénétré dans l'autre, que dès lors, emprisonné au milieu de celuici, il n'a pu, faute d'espace, se développer dans toutes ses parties, et qu'il a donné naissance seulement à quelques organes informes.
Cette théorie de l'inclusion porte en soi des contradictions singulières. Ploucquet a trouvé dans un kyste de l'ovaire, outre des os et des poils, plus de trois cents dents diverses par la forme et par le volume (i). La grossesse extra-utérine, accident très-connu dans ses effets, ne peut être invoquée pour expliquer un pareil phénomène, d autant mieux qu'il n'y avait aucun os dans le kyste, et qu'un fœtus si bien denté aurait dû avoir au moins des mâchoires. C'est donc à l'inclusion fœtale qu'on a eu recours. Mais si l'on conçoit qu'un germe inclus et gêné dans son développement puisse avorter dans la plupart de ses organes, on ne conçoit plus qu'une cause portant obstacle au développement puisse avoir pour conséquence de faire développer trois cents dents au lieu de vingt; — ou au lieu de cinquante-deux, si l'on veut réunir les dents des deux dentitions. Pour obtenir trois cents dents, il faudrait supposer que six germes distincts, au moins, se sont donné rendez-vous pour pénétrer ensemble dans un septième germe, et pour s'y fusionner en un seul point. Voilà donc une première et insoluble difficulté : les kystes attribués à des inclusions renferment quelquefois plus de dents qu'il n'est donné à un être humain quelconque d'en posséder ou d'en produire pendant toute sa vie.
En second lieu, on n'a pas réfléchi que la pénétration d'un germe dans un germe, ou d'un embryon dans un embryon, suppose que l'un d'eux est beaucoup plus volumineux que l'autre, en vertu de cet axiôme élémentaire que le contenant est plus grand que le contenu. Or, ces deux germes ou ces deux embryons sont jumeaux ;
(1) Quelques auteurs ont attribué cette remarquable observation à Autenrieth qui la effectivement reproduite en extrait dans son Mémoire sur les dégénères' cences des ovaires considérées au point de vue physiologique, mais qui l'a empruntée à une Dissertation de Ploucquet, intitulée : J)/mor«6î7e physconiœ ovarii non osteoffeniœ et odontogeniœ anomalœeamnplum, Tahime, 1798 Vov Au teimeth Untersuchung ausgearleter Eyersdkke in physioloçùcher Ansichf à^ni Archtv fur die Physiologie, Bd VII, s. 257-259 (Halle, 1807, in-8o) '
ils sonldonc ;\ pou près éga.ix on voh.me. Siipposora-t-on auo l'un fl eux sûiL resté en arrière dans son évolution? On n'a même pas la ressource de cette liypothèse, car la pénétration est un phénomène mécanique impliquant l'idée que le corps pénétrant est doué d une consistance supérieure ou an moins égale à celle du corps pénétré Or, l'embryon est d'autant plus mou qu'il est plus petit, c est-cVdire moins avancé dans son développement, de sorte qun 1 introduction d'un embryon petit au milieu d'un embryon plus grand et plus ferme est matériellement impossible
En troisième lieu, quelque supposition qu'on puisse faire sur lo volume relatif des deux embryons au moment de cette prétendu.pénétration, on est toujours obligé d'admettre que ces deux jumeaux ne peuvent pas être extrêmement inégaux en volume. Supposons que l'un d'eux soit trois ou quatre fois plus large que l'autre • mettons dix fois, si l'on veut, ce qui établirait entre eux beaucoup pins de différence qu'ii n'y en a entre un nouveau-né chétif et un adulte de la plus belle venue. Le petit ne pourra pénétrer dans le grand qu'en produisant des dégâts énormes, en refoulant et .séparant soit des organes déjà formés, soit des organes en voie de formation, et en faisant subir une perturbation profonde au développement de toutes les parties situées sur son trajet. Quand on songe que certaines monstruosités très-graves et très-étendues ont pour point de départ un petit accident local extrêmement restreint, on est en droit d'en conclure que le théâtre de l'inclusion doit être le siège d'un bouleversement considérable, que toute la région traversée par l'embryon parasite doit présenter des troubles de développement excessifs, que tous les organes qui la composent doivent être altérés dans leur évolution, dans leur forme, dans leurs rapports. Or, il en est tout autrement. L'inclusion la plus profonde, celle qui devrait par cela même être la plus grave, laisse persister autour d'elle une organisation parfaitement régulière.
Si, malgré ces difficultés multiples et insolubles, la théorie de l'inclusion fœtale a été si généralement adoptée, si l'on n'a pas reculé devant l'idée d'attribuer à une monstruosité par diplogénèse le plus petit kyste dermoïde profond renfermant seulement quelquespoils, c'est parce qu'on trouvait toutes les transitions entre ces kystes et les kystes plus compliqués renfermant des dents et des os, entre ceux-ci et les monstres parasitaires non-enkystés qui font saillie à l'extérieur sous forme de membres, de mâchoires ou même d une tête supplémentaire, entre ces derniers, enfin, et les monstres doubles autositaires. Cette série, qui commence au sim-
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pie kyste pilifère congénital pour aboutir au caf? des frères Siamois, est si complète, si naturelle, si bien ménagée dans ses transitions, qu'il est impossible de songer à la scinder, et que la théorie applicable à l'un quelconque de ses termes doit être applicable à tous les autres. C'est ainsi que l'hypothèse de la diplogénèse par soudure de deux individus primitivement distincts, née tout naturellement de l'étude des monstres doubles autositaires, s'est étendue, de proche en proche et d'anneau en anneau, jusqu'aux kystes qui nous occupent, et qui, outre les noms de kystes fœtaux par inclusion, portent, dans la classification tératologique de Geoffroy-Saint-Hilaire, le nom de monstres doubles endocymiens.
Les objections que nous venons de faire contre l'origine de ces prétendus kystes par inclusion ont dû nécessairement se présenter à l'esprit de tous les auteurs ; mais on les a écartées parce qu'on croyait l'hypothèse de la diplogénèse par soudure tout à fait démontrée par l'exemple des monstres doubles autositaires doués de deux individualités parfaitement distinctes. Ceux-ci présentent cependant des caractères anatomiques qui auraientdû dissiper cette illusion, parce qu'ils sont vraiment incompatibles avec l'idée d'une soudure. On aurait dû se demander pourquoi les deux autosites se tiennent toujours par des parties rigoureusement similaires. La rencontre de deux jumeaux est nécessairement chose fortuite: s'il y a quelque chance pour qu'ils entrent en contact par des parties à peu près homologues, il y a infiniment plus de chances pour qu'ils se rencontrent autrement. Or, ce n'est pas seulement par des parties à peu près homologues que s'effectue l'union des monstres doubles autositaires; elle s'efi'ectue constamment par des parties rigoureusement, absolument homologues, de telle sorte que ces monstres doubles sont aussi symétriques que les êtres simples les plus normaux. Si l'on calcule, avec un esprit exempt de prévention, le degré de probabilité d'une semblable soudure, on trouve que cette probabilité est à peu près égale à zéro. Qu'on lise maintenant dans le grand ouvrage d'Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire l'admirable description des monstres doubles autositaires, celle des ischiopages, par exemple, et l'on verra à quelle conséquence conduit la théorie de la soudure. L'ischiopage a deux paires de membres abdominaux, deux symphyses pubiennes, deux périnées, deux vulves ou deux verges, deux urèthres, deux vessies, etc. ; et l'on est obligé d'admettre que chaque paire de membres appartient par moitié à chacun des deux individus; que chaque symphyse est formée par l'union du pubis droit de l'un avec le pubis gauche de l'autre; que
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Chaque vulve ou chaque verge, chaque urèthre, chaque vessie, sont iormés également par l'union de deux moitiés d'organes, une moitié empruntée à l'organe droit du premier sujet, l'autre à l'organe gauche du second, etc. ; et avec cela un seul anus indivis, propriété commune de deux jumeaux. Il y a là de quoi confondre l'imagination, et plus les descriptions de Geoffroy-Saint-Hilaire sont claires plus 11 est impossible de les concilier avec la théorie de la soudure' Toutes ces invraisemblances n'auraient peut-être pas réussi à renverser la théorie de la soudure, si l'expérimentation et l'observation directe n'avaient enfin mis un terme à cette illusion D'une part, l'expérimentation a prouvé que les œufs à deux jaunes, faciles à reconnaître chez les oiseaux à leur forme et à leur volume ne donnent jamais de monstres doubles, mais deux jumeaux parfaitement isolés (1); et d'une autre part l'observation directe, faite par Valentm sur des œufs de poissons artificiellement fécondés a prouvé que les monstres doubles naissent d'un seul et unique vitellus, d'un seul et unique blastoderme, d'un seul et unique germe L'œuf est normal sous tous les rapports, si ce n'est que le germe,' c'est-à-dire l'embryon naissant, est bifurqué par une segmentation plus ou moins profonde. Sur 917 œufs de perche étudiés par Valentin, il y en eut six qui présentèrent cette disposition monstrueuse. Dans un cas, la bifurcation fut constatée soixante-douze heures avant l'apparition des deux cœurs. Chaque branche de bifurcation se comporte de la même manière que la partie correspondante d'un embryon ordinaire, et il en résulte une double série d'organes au lieu de la série unique de l'évolution régulière. Valentin en conclut, et on ne peut se soustraire à l'évidence de cette conclusion, que les monstres doubles sont dus à la segmentation d'un germe unique, et non à la fusion de deux germes primitivemen t distincts (2).
La diplogénèse est donc la conséquence d'un trouble survenu dans la première période du développement de l'embryon, d'une distribution irrégulière ou plutôt anormale des cellules embryoplastiques. Valentin n'est pas éloigné de croire que le nombre très-considérable des germes doubles qu'il a observés (6 sur 917) dépendait des actions mécaniques exercées sur ces œufs, qui,
(1) Voy. mon Mémoire sur Vincubation des œufs à deux jaunes, dans Annales des sciences naturelles, 1862, 4e série, t. XVII, 1" cahier. Mes expériences, faites en 1849 et 1850, sont mentionnées dans les Bulletins de la Soc. anatomique, 1860, t. XXV, p. 42, et 1851, t, XXVI, p. 150.
(2) Comptes rendus de la Société de biologie, 1852, 1" série, t. IV, p. 99. (Extrait du Mémoire de Valentin, par Hiffelslieim. )
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transportés h une assez grande distance immédiatement après la fécondation artificielle, et continuellement maniés pour l'observation, avaient en outre été nettoyés à plusieurs reprises avec un pinceau. Cette supposition n'est pas invraisemblable. Le moindre déplacement des cellules du blastoderme ou de la tache embryonnaire peut avoir pour l'avenir des conséquences incalculables. En tout cas, il suffit que la production et la répartition de ces cellules subissent, par une cause quelconque, primordiale, morbide ou accidentelle, la plus légère perversion, pour que certains organes se développent anormalement dans des régions insolites, — par une véritable hétérotopie, que l'on peut appeler originelle ou embryonnaire, pour la distinguer de l'hétérotopie pathologique qui se manifeste après la formation des organes, et à toutes les époques de la vie.
De la diplogénèse autositaire, étudiée par Valentin, on descend, par gradations insensibles, jusqu'aux kystes par inclusion, jusqu'à ceux même qui ne renferment qu'une simple production cutanée, caractérisée par la présence de bulbes pileux et de glandes sébacées. Dans son remarquable mémoire sur les kystes dermoïdes et invVhétérotopie plastique (1), M. Lebert, ne connaissant pas encore les observations de Valentin, ne put donner à sa théorie de l'hétérotopie tons les développements qu'elle comportait. Il ne fît pas remonter l'origine des prétendus kystes par inclusion jusqu'à la première phase du développement embryonnaire, et, sans méconnaître que la majorité des kystes renfermant des organes figurés, comme des os ou des dents, datent de la vie intra-utérine, il se laissa aller à penser que des kystes de cette nature pouvaient se former après la naissance. Ce qui a concouru, sans doute, à lui donner cette opinion, c'est l'étude des kvstes dermoïdes pileux osseux ou dentaires de l'ovaire. Il est certain que ces kvstes sont id'autant plus rares que les sujets sont plus jeunes. Cela n'a pas peu (contribué à les faire considérer comme des grossesses extra-utérmes; mais il suffit qu'on les rencontre quelquefois avant la puberté pour que l'idée d'une grossesse doive être écartée, non-seulement dans ces cas, mais dans tous les autres cas semblables. Si les kystes ovariques qui nous occupent ne sont ni nécessairement congénitaux m nécessairement postérieurs à la puberté, et si, par conséquent. Il peuvent se former, s;non pendant toute la vie, du moins pendant une grande partie de la vie, on est en droit d'en conclure,
(1) Mémoires de la Société de biologie, 1862, t. IV, p. 203.
KYSTKS NÉOOkNKS. ^
avec M. Lobort, qno ce sont dos productions accidcnlclles héloroplastiques. Mais on remarquera que l'ovaire est essentiellement un organe de reproduction. Les éléments générateurs qu'il est appck' à produire ne peuvent subir leur développement régulier que lorsque la femme est arrivée à un certain âge, et qu'elle est soumise en outre h la fécondation. Mais si l'on songe que chez certains animaux inférieurs la sexualité n'est pas indispensable à la repi'oduction, que d'autres animaux plus élevés peuvent fournir jusqu'à six et sept générations sans que la fécondation soit renouvelée, on arrive à concevoir comme possible que l'ovaire de la femme nonpubère et de la femme non-fécondée puisse produire une substance organisable, où naissent sans aucun ordre quelques rudiment^ d'organes.
Quant aux kystes bétérotopiques non-ovariens, il en est d'extrêmement simples qui peuvent se former à toutes les époques de la vie ; ce sont ceux qui ne dépassent pas sensiblement le degré de complication des kystes des glandes sébacées, et qu'on doit considérer comme développés dans des glandes sébacées néogènes. J'en ai cité un exemple tout à fait concluant dans l'un des chapitres qui précèdent (voy. p. 76). L'existence d'un certain nombre de poils, implantés sur la paroi d'un kyste de cette nature, n'est pas incompatible avec l'idée que le kyste se soit formé plus ou moins longtemps après la naissance. Mais lorsque la paroi du kyste est nu véritable sac cutané , lorsqu'elle renferme dans sa structure un nombre imm.ense de follicules pileux, de glandes sébacées régulièrement disposées et de glandes sudoripares, il est bien difficile d'admettre qu'une production aussi complexe ne soit pas congénitale. L'observation confirme cette vue, car, lorsque la tumeur occupe une situation superficielle, on peut presque toujours acquérir la certitude qu'elle existait déjà dès les premiers jours de la vie, on du moins qu'on en a reconnu la présence de très-bonne heure. Il y a dans la science un certain nombre de cas oii l'observateur a négligé de prendre cette information; mais dans tous les cas où elle a été prise, la congénitalité de l'affection a été suffisamment établie. 11 est donc infiniment probable que telle est aussi l'origine des kystes bétérotopiques plus profonds dont l'existence n'est révélée que par l'autopsie. Enfin les kystes, plus complexes encore, qui renferment des organes figurés, tels que des dents, des os, ou des ébauches de viscères, doivent à plus forte raison être congénitaux; et ici la certitude est plus grande que dans le cas précédent, parce que ces faits, par leur singularité et par leur rareté, frappent
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vivement Pal. ton lion, et parer que les observateurs n'ont jamais négligé d'ouvrir une enquête sur l'origine des tumeurs. Le résultat constant de cette enquête a été que les kystes ossifères ou dentaires accessibles à la vue ou au toucher existaient déjà au moment de la naissance.
On peut donc tenir pour certain que les kystes bétérotopiques, à paroi et à contenu complexes, sont toujours congénitaux. Mais à quelle époque de la vie intra-utérine se sont-ils formés? Il me paraît extrêmement probable qu'ils remontent aux premiers temps de l'évolution embryonnaire, qu'ils existaient déjà en germe dans l'embryon à peine ébauché, et qu'ils se sont développés ensuite en même temps que les organes normaux de cet embryon. En d'autres termes, je les considère comme les résultats d'une hétérotopie embryogénique,etnon comme des tumeurs développées consécutivement, au sein d'organes déjà formés. Ce qui vient à l'appui de cette opinion c'est que les kystes en question n'ont jamais été observés, à ma connaissance, ailleurs qu'à la tête, au cou ou au tronc (1). Il est donc fort probable que la cause qui les produit agit avant la formation des membres, qui, comme on sait, commencent à paraître, sous la forme de peti ts tubercules, vers la fin du quatrième mois. — Il est clair qu'à une époque aussi rapprochée de la conception, les kystes bétérotopiques ne peuvent pas présenter les caraclères qu'ils présenteront plus tard. Les organes qu'ils renferment, comme les organes normaux, ont leur évolution. Le tissu dentaire, le tissu osseux, ne s'y montrent sans doute pas d'emblée, et traversent probablement des phases analogues à celles que l'histogénie a déterminées. Ce qui constitue dans l'origine les kystes bétérotopiques, ce n'est donc pas l'existence des os, des dents ou de tout autre organe, mais celle d'une paroi génératrice de ces' organes, dont le développement peut être d'ailleurs plus précoce ou plus tardif qu'il ne l'est dans les organes normaux analogues du mÔmefœtus.Amsi, l'on a trouvé plusieurs fois des dents déjà toutes formées et volumineuses dans des kystes bétérotopiques, chez des
(I) M. vr.not a publié dans la Gazelle médicale (1837. p. G18) l'observation d'un kyste rempli de pcls, qui était situé à la jambe, chez un homme de trente six ans Ce kyste éta.t gros comme une aveline. L'auteur suppose que les poils de la peau au l,eu de pousser vers l'extérieur, ont poussé en dedans et produit le kyste - cett^ hypothèse ne mérue pas d^étre réfutée. Ce kyste était-il congénital? On te'le e t pas; 'époque où il a paru n'est pas indiquée. C'est le seul cas de kyste pilifère d membres qm soit venu à ma connaissance, et je ne connais aucun t é abl s' oit ht nf " ^^^t^-topiques plus compliqués aient été observés dans s memb" soit chez I homme, soit chez les autres animaux. "«mores
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nouveau-nés, dont les dents normales étaient encore en voie de formation.
Ici se termine la longue énumération des nombreuses espèces de kystes que nous nous proposions de faire connaître. Il ne pouvait entrer dans notre plan de décrire séparément toutes ces espèces, et leurs innombrables variétés. Nous avons donc été oblige de passer sous silence beaucoup de cas particuliers ; mais nous espérons du moins avoir signalé tous les types de quelque importance.
Aucun sujet n^est plus complexe que celui-là ; les espèces les plus diverses par leur nature se rapprochent et semblent se fusionner par leurs caractères extérieurs ; on trouve le même contenu dans les kystes les plus disparates, et des contenus très-différents dans des kystes de même origine. La même paroi mince, lisse, et brillante comme une séreuse, peut se retrouver sur des kystes glandulaires, vasculaires, hygromateux, ou néogènes. Les divisions basées sur l'apparence du contenu, ou sur celle de la paroi, établissent donc des rapprochements et des distinctions tout à fait illusoires. C'est pourtant sur ces caractères fallacieux qu'on a pendant longtemps fait reposer et que quelques auteurs font reposer encore la classification des kystes. Les belles recherches de M. Gruveilhier ont montré qui\ fallait suivre une autre voie, et qu'il importail bien moins de savoir si la matière enfermée dans le kyste ressemblait à de la sérosité, à de la gelée, à de la graisse, ou à du miel, que de déterminer l'origine et le siège anatomique de la lésion. J'ai suivi son exemple, et s'il m'est arrivé quelquefois de conclure autrement que lui, je me fais un devoir de déclarer que ces critiques de détail ne portent aucune atteinte à l'ensemble de sa doctrine.
Quoique convaincus de l'excellence du principe de classification anatomo-pathologique promulgué par M. Gruveilhier, beaucoup de chirurgiens, se plaçant au point de vue exclusivement pratique, ont jugé utile de conserver certaines divisions basées sur les propriétés physiques des parois des kystes. Certains kystes ont une surface interne parfaitement lisse, une paroi mince comme une séreuse, et ont reçu d'après cela, indépendamment de toute question d'origine, le nom de kystes séreux. D'autres ont une paroi épaisse et dense, une surface interne plus ou moins dépolie, revêtue d'une couche épidermique, quelquefois visible à l'œil nu, et quelquefois même séparable par la dissection ; ils peuvent renfermer des poils ;
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leur contenu épais, opaque, présente souvent, soit à l'œil nu, soit au microscope, une grande ressemblance avec la matière sébacée ; enfin la plupart de ces kystes sont situés dans l'épaisseur ou immédiatement au-dessous du derme, et, pour tous ces motifs, on leur a donné le nom de kystes dermoïdes. Certes, il y a beaucoup de kystes qu'il est impossible de faire rentrer dans l'un ou l'autre de ces groupes. La distinction des kystes séreux et des kystes dermoïdes ne peut donc pas servir d'élément de classification. Elle n'en est pas moins fort commode dans la pratique chirurgicale, parce qu'elle constate des différences physiques qui jouent un rôle important dans les résultats' des moyens thérapeutiques. Les kystes dermoïdes, avec leurs parois épaisses, et leur surface interne revêtue d'un véritable épidémie, ne se prêtent pas à l'emploi des méthodes qui provoquent, à peu de frais, l'oblitération des kystes séreux. On peut donc continuer à se servir avec avantage des mots kystes dermoïdes et kystes séreux, pourvu qu'il soit bien entendu que ces mots ne consacrent pas une distinction essentielle, et qu'ils sont destinés seulement à faciliter la discussion des indications thérapeutiques.