CHAPITRE Yl
ÉTUDE CLINIQUE Eï TRAITEMENT DES KYSTES
Nous ne pouvons nous proposer de décrire ici une à une les nombreuses espèces de kystes que nous avons passées en revue dàns les chapitres précédents, et encore moins les variétés secondaires comprises dans chacun des groupes que nous avons établis. Cette étude nous entraînerait dans d'interminables détails de pathologie spéciale, et ne saurait trouver place dans un ouvrage général comme celui-ci. S'il nous est arrivé fréquemment de soumettre à la discussion les opinions relatives à la nature de tel ou tel kyste en particulier, c'est parce que cette critique de détail était nécessaire pour constituer les groupes, et se rattachait directement à des questions générales de doctrine. Mais la partie purement clinique de l'histoire des kystes ne donne pas lieu à de semblables discussions. Les notions qui s'y rapportent sont pour la plupart connues depuis longtemps; elles sont exposées dans tous les livres classiques, familières à tous les chirurgiens, et nous pourrons, par conséquent, nous borner à en présenter ici un résumé sommaire.
§ 1. Signes. — Les kystes sont des tumeurs circonscrites, arrondies, souvent mobiles. Leur consistance est assez variable; elle dépend à la fois du degré de distension de la poche et de l'épaisseur de ses parois. Les kystes osseux, à leur début, sont en général plus fermes qu'ils ne le seront plus tard; ils offrent quelquefois une dureté qui peut aller jusqu'à simuler une petite tumeur fibreuse. En s'accroissant ils se ramollissent plus ou moins; cette règle toutefois comporte de nombreuses exceptions. Ceux qui ont acquis un certain volume donnent une sensation de fluctuation plus ou moins nette, suivant que le contenu est plus ou moins fluide, que la paroi est plus ou moins épaisse, et plus ou moins distendue.
Les grands kystes très-pleins donnent quelquefois, sous les chocs alternatifs des deux mains, une sensation d'ondulation ou de rénitencc qui se manifeste «urtout lorsque le liquide intérieur est très-
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aqueux, et que Ton utilise dans le diagnoslic des kystes de l'ovaire. Au contraire, les kystes qui ne sont pas entièrement remplis donnent une sensation de ballottement, et quelquefois même un frémissement vibratoire, que l'on perçoit très-bien par exemple dans les kystes qui succèdent aux décollements traumatiques de la peau. J'ai vu quelques cas où ce frémissement était tellement semblable au frémissement liydatique qu'il aurait pu en résulter une erreur de diagnostic, si le siège sous-cutané et la cause de la tumeur n'avaient pas rendu le diagnostic évident. Le frémissement hydatique proprement dit constitue le trait le plus caractéristique des kystes qui renferment des vésicules acéphalocystes. Il n'existe d'ailleurs que dans les cas oii les vésicules sont flottantes, volumineuses et sphériques. Il disparaît lorsqu'elles se vident et s'aplatissent.. On l'a attribué à l'ébranlement communiqué à la masse du liquide ambiant par la rencontre et le choc des vésicules acéphalocystes qui y flottent. Mais il peut se produire dans les cas où il n'y a qu'une seule vésicule; on peut même l'obtenir en pratiquant une légère percussion sur une vésicule séparée et placée sur une table; iîest dû par conséquent à la vibration des parois de la vésicule.
Les kystes multiloculaires ne rentrent pas dans la description précédente. Les tumeurs polykystiques superficielles forment ordinairement des masses mollasses, dont la consistance rappelle celle du lipome. Toutefois, lorsqu'un ou plusieurs des kystes multiples prennent un grand développement, ils peuvent se détacher de la masse principale à un degré suffisant pour donner lieu à de la fluctuation.
Les kystes très-superficiels, à paroi mince et à contenu limpide, peuvent olirir une transparence comparable à celle de l'hydrocèle Ce symptôme s'observe surtout dans les kystes des membranes muqueuses, tels que la grenouillette, les kvstes des glandes labiales Pic. Les kystes qui sont recouverts par la peau ne peuvent devenir transparents que dans les régions, comme le scrotum, où cette membrane est naturellement mince, - à moins qu'ils n'aient acquis un volume suffisant pour la distendre et l'amincir. On peut quelquefois constater la transparence par le procédé usité dans le cas (leThydrocèle; mais le plus ordinairement ce procédé n est pas applicable. On se sert alors d'un tube opaque dont une extrémité est appliquée sur l'un des côtés de la tumeur. Le stéthoscope reml)iit très-bien cette indication . Le bout auriculaire est placé sur la peau, et on regarde par l'extrémité évasée de l'instrument
Les caractères des kystes deviennent de plus en plus obscurs ù
mesure que la tumeur occupe une situation plus profonde. Les kystes contenus dans la cavité crânienne et dans la cavité thoracique échappent à l'exploration directe. Ceux qui sont situés dans l'abdomen sont accessibles au toucher, mais, à moins que le sujet ne soit très-maigre, ils ne se manifestent et surtout ne se reconnaissent que .lorsqu'ils ont acquis un volume assez considérable. C'est alors seulement qu'on peut, avec quelque certitude, y constater le caractère de la fluctuation. La difficulté s'accroît encore lorsque la tumeur abdominale est un kyste multiloculaire, parce qu'alors la fluctuation proprement dite l'ait presque toujours défaut, à moins que l'un des kystes ne soit très-volumineux. Ces tumeurs polykysliques profondes renferment d'ailleurs souvent une matière à demi solidtî, et les poches sont quelquefois distendues à tel point que la consistance de la masse morbide peut présenter à la palpation une dureté presque égale à celle de certaines tumeurs fibreuses.
Les kystes contenus dans l'épaisseur des os distendent et amincissent progressivement la lame osseuse qui les entoure; et il peut arriver un moment où celle-ci, réduite à l'épaisseur d'un parchemin, cède brusquement sous la pression du doigt, pour revenir tout aussi brusquement sur elle-même lorsque le doigt cesse de la comprimer. Il en résulte un petit craquement que le doigt perçoit aisément, et qui est connu sous le nom de bruit de parchemin. Il vaut mieux dire sensation de parchemin, car il est rare que l'oreille perçoive un son.
Les kystes ne s'accompagnent en général d'aucun phénomène de réaction locale ; point de rougeur, point de chaleur, point de douleur, à moins qu'il ne survienne une complication inflammatoire tout à fait accidentelle. Certains kystes peuvent cependant provoquer des douleurs, en faisant subir une distension ou une compression aux nerfs des parties environnantes, mais ces douleurs sont en quelque sorte extrinsèques, elles n'ont pas leur siège dans la tumeur elle-même. Les kystes peuvent encore donner lieu à des troubles fonctionnels plus ou moins graves, par la compression qu'ils exercent sur certains organes. Les kystes intra-crâniens peuvent produire les paralysies; les grands kystes de l'abdomen, en refoulant le diaphragme, gênent la respiration, etc. L'étude de ces divers accidents fait partie de la pathologie spéciale.
§ 2. Marche. — La marche des kystes est extrêmement variable. Certains kystes se développent avec une grande rapidité; on a vu, par exemple, des kystes de l'ovaire acquérir en peu de mois un volume énorme* D'autres kystes s'accroissent au contraire avec