‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 30 sur 92 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

pathologiques, mais qui sont eux-mêmes les éléments de la tumeur, et qui d'ailleurs revêtent souvent, comme on le verra plus loin, la forme toute spéciale de granulations vasculaires. Et peu importe que ces vaisseaux nouveaux se forment de toutes pièces, ou qu'ils naissent des capillaires normaux par voie de protrusion et de germination, ou enfin qu'ils s'organisent autour des globules sanguins extravasés par suite d'une rupture. Quelle que soit l'origine qu'on leur attribue, les tumeurs qu'ils constituent rentrent dans la classe des productions accidentelles, car celle-ci comprend un grand nombre de tumeurs dont les éléments procèdent directement des éléments normaux.

La formation des vaisseaux nouveaux ne peut s'effectuer que dans le réseau capillaire, dont la dilatation fait partie essentielle de la constitution des tumeurs érectiles. Mais cette dilatation peut être précédée ou accompagnée de celle des dernières ramifications artérielles ou veineuses qui aboutissent au réseau capillaire. Voilà pourquoi les tumeurs érectiles ont des affinités tellement étroites avec les angiectasies, et surtout avec les angiectasies artérielles, qu'il est impossible de les en séparer par des limites bien déterminées et de les en distinguer par une définition rigoureuse. Le phénomène de la formation des vaisseaux nouveaux, n'étant pas primordial, ne peut servir de base exclusive à cette définition, Dun autre côté, le fait de la dilatation des capillaires ne donnerait qu'une idée tout à fait incomplète de la constitution des tumeurs érectiles. Il y aurait d'ailleurs quelque inconvénient à spécifier ainsi le siège de la dilatation vasculaire, puisque dans certains cas les dernières ramifications artérielles sont dilatées en même temps que les capillaires, et paraissent même quelquefois l'ôtre avant eux et plus qu'eux. On peut donc se demander s'il est bien vrai que les capillaires proprement dits soient toujours le siège primitif de la lésion, et cela suffit pour qu'on doive éviter jusqu'à nouvel ordre de les faire figurer exclusivement dans la définition des tumeurs érectiles. Enfin, quoique les vaisseaux nouveaux de ces tumeurs soient toujours dans l'origine des capillaires caractérisés à la fois par la petitesse de leur calibre et par la simplicité de leurs parois il arrive quelquefois que quelques-uns des vaisseaux finissent nar acquérir un grand volume et une structure plus compliquée de manière à établir entre le système artériel et le système veineux des anastomoses assez larges pour transmettre des battements aux vemes efférentes de la tumeur. Des vaisseaux aussi gros dont les parois peuvent présenter la structure des parois veineuses et même

DES TUMEURS ÉRECïlLES.

des parois artérielles, ne peuvent être désignés sous Ite nom de capillaires.

J'ai essayé de tourner ces difficultés en adoptant la définition suivante, qui est loin de me satisfaire, mais qui me paraît plus exacte que celles qu'on a données jusqu'ici :

Les tumeurs érectiles sont des productions accidentelles constituées principalement par la dilatation et la multiplication des vaisseaux qui transmettent le sang des artères aux veines.

J'ai cru devoir passer sous silence un caractère qui sert de base à une définition très-répandue, et d'où est môme tirée la dénomination de tumeurs érectiles. Je veux parler de la formation d'un tissu spongieux, aréolaire, dont les cellules, remplies de sang, ressemblent jusqu'à un certain point à celles du tissu érectile du corps caverneux. Quoi qu'on en ait dit, Texistence de ces cellules est loin et même très-loin d'être constante; les recherches modernes, et particulièrement celles de M. Luigi Porta (1), ont établi que, sinon dans toute la durée du mal, au moins à son début, on ne trouve dans la tumeur que des lacis de vaisseaux sans aucune trace de tissu spongieux ; la formation de celui-ci, lorsqu'elle a lieu, est donc presque toujours consécutive ; c'est un accident de structure qui ne peut être considéré comme le caractère fondamental de la lésion.

Le nom de tumeurs érectiles, que je ne crois pas devoir abandonner, a donné lieu à des contestations sérieuses. Dupuytren, qui a choisi cette dénomination, et qui l'a fait prévaloir, croyait que le tissu des tumeurs érectiles était toujours aréolaire et semblable au tissu du corps caverneux. C'était une erreur, comme je viens de le dire, et comme je le démontrerai bientôt. La plupart des tumeurs érectiles ne sont pas aréolaires, et s'il n'y avait dans l'économie d'autre tissu érectile que celui du corps caverneux, la dénomination adoptée par Dupuytren, consacrant une fausse analogie, devrait être définitivement rejetée. Mais, en môme temps que l'anatomie pathologique déterminait plus exactement la structure des tumeurs érectiles, l'anatomie normale établissait une distinction bien marquée entre la structure du tissu érectile du corps caverneux et celle du tissu érectile de l'urèthre. Ce dernier tissu ne renferme pas d'aréoles véritables; il est formé d'un lacis inextricable de vaisseaux anastomosés; les cellules qu'on aperçoit sur la

(1) Luigi Porta, Dell' angecfasia, Milano, 1861, grand {11-4°, avec 2 pl. Mémoire lu à l'Institut lombard des sciences, lettres et arts, séance du 7 février 1861. Voy. surtout p. 30-33.

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