‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 31 sur 92 · SYNONYMIE · texte numérisé non relu

SYNONYMIE

coupe ne sont qu'apparentes, ce sont les bouches béantes de vaisseaux coupés en travers. De telle sorte que les tumeurs érecliles non aréolaires, et c'est le plus grand nombre, ont réellement une structure analogue à celle du tissu érectile uréthral, tandis que celles qui sont aréolaires ont une structure comparable à celle du tissu érectile du corps caverneux. Je pense d'après cela que la dénomination de tumeurs érectiles est suffisamment exacte et mérite d'être conservée.

Ces tumeurs ont reçu des noms très-divers, et il n'est aucune synonymie qui soit plus compliquée. Les tumeurs érectiles superficielles et congénitales, qui forment à la surface des téguments des taches roses, rouges ou vineuses, diffuses ou circonscrites, plates ou saillantes, étaient désignées par les anciens sous le nom de nœvi. Mais ce mot, qui voulait dire marques, s'appliquait en outre aux taches pigmentaires, aux taches couvertes de papilles hyperlrophiées ou de poils plus ou moins nombreux, et généralement à toutes les marques qu'on aperçoit sur la peau des nouveau-nés. Le mot seign employé par Ambroise Paré avait le même sens et la même acception, ainsi que le mot signe usité aujourd'hui dans la langue vulgaire. Dans l'origine le mot nœvus ne désignait que les taches de naissance. Plus tard on en étendit l'application aux taches ou aux tumeurs érectiles qui peuvent survenir aux divers âges de la vie, et alors il devint nécessaire de distinguer les nœvi accidentels des nœvi congénitaux, qui furent nommés nœvi materni.

Jean-Louis Petit qui, le premier, indiqua la nature essentiellement vasculaire des tumeurs érectiles, et à qui, par conséquent, revient le mérite de les avoir séparées des autres espèces de nœvi, leur donna le nom de loupes variqueuses. On peut conclure de là qu'il avait étudié surtout les tumeurs érectiles veineuses, et c'est ce qui résulte d'ailleurs de la lecture de ses observations (1). Il est probable, au contraire, que John Bell n'avait en vue que les tumeurs érectiles «r^me//es lorsqu'il introduisit dans la science le nom d'anévrysme par anastomose, qui est encore usité dans la chirurgie anglaise (2). J'ai déjà raconté comment la ressemblance grossière qui existe entre certaines tumeurs érectiles et certains cancers hématodes avait conduit, au commencement de ce siècle, les chirurgiens anglais à confondre sous le même nom de fungus hœmatodes ces

(1) J.-L. Petit, Traité des maladies chirurgicales, ch. iv, § T, dans ses Œ, complètes, édit. Pigné, Paris, 1837, in-8»,p. 442 et suiv.

(2) Jolin Bell, Surgicul Works, Edinburgh, 1801, 'm \°, vol. I, p. 459.

DES TUMEURS ÉRECTILES

lieux espèces de tumeurs, si différentes sous tous les rapports (l).

Le nom de tumeurs funfjueuses saïu/uines, adopté vers la même époque par les chirurgiens français, n'était que la traduction du mot fimfjus hœmatodes, et il donna lieu aux mêmes confusions, car Boyer lui-même, tout en protestant contre l'impropriété de cette dénomination, qu'il proposa de remplacer par celle de tumeur caverneuse ou spongieuse sanguine (2), Boyer, dis-je, donna comme des exemples de tumeurs sanguines deux observations évidemment relatives li des cancers hématodes (3). En Allemagne, Graîfe connut mieux que ses prédécesseurs la nature des tumeurs ércctiles, qu'il considéra comme produites par la dilatation des vaisseaux capillaires, et qu'il désigna dès lors sous le nom d' angiectasies (4). Ce nom, toutefois, manquait de précision, puisqu'il pouvait s'appliquer tout aussi bien aux varices et aux anévrysmes ; mais celui de télangiectasie, qui signifie dilatation des vaisseaux terminaux, et qui se trouve dans un travail de Ph. v. Walther, publié en 1810, deuxans après l'apparition du second ouvrage de Greefe (5), serait bien préférable si l'idée qu'il exprime, savoir, que les tumeurs en question sont de simples dilatations des vaisseaux capillaires, était en parfait accord avec les faits.

Le nom de tumeurs érectiles, proposé par Dupuytren, et trèsvoisin d'ailleurs de celui de tumeurs caverneuses dont Boyer s'était servi, est celui qui est le plus généralement adopté en France. Toutefois, mon maître Gerdy a désigné ces tumeurs sous le nom de tumeurs vaso -capillaires (6); et tout récemment mon savant ami FoUin leur a donné le nom à'angionômes (7) qui les caractérise parfaitement. En effet la terminaison ôme, si usitée dans la nomenclature des tumeurs, fait naître immédiatement l'idée d'une production accidentelle, et en outre le radical ai^gio annonce que des cavitég

(1) Voy. plus haut, t. I, p. 19 21.

(2) Boyer, Maladies chirurgicales, t. 11, p. 201, Paris, 1814, in-S".

(3) loc. «7., p. 263 et 207.

(4) G.-F. Grsefe, Denoiione et cura angiectaseos labiorum, Leipzig, 1807, in4''. — Le môme ': Angiekfasie, ein Beiirag zur rationellen Cur und Erkenntniss der Gefussausdehnungen, Leipzig, 1808, iii-40 (avec 4 pl.).

(5) Ph. V. Wallher, Ueber die angebornen Fetthautgeschwùlste und andcre BUdungsfehler, Landsl.ut, 1810, in-fol. Je n'ai pu consulter cet ouvrage, mais l'auteur en a reproduit un extrait dans un Mémoire publié en 1833 dans son Journal de chirurgie. Walther, Utber Verhurtung , Skirrhus , Krebs, Medullarsarcom, BMschwamm, Telangiectasie und Âneurysma per Anastomosin, daus Grœfe und Waltlier, Journal der Chirurgie, Bd. V, s. 231, Berlin, 1823, in-S».

(G) P.-N. Gerdy, Chirurgie pratique, t. II, p. 489, Paris, 1852, in-8». (7)r'ollin, Traité de pathologie externe, t. 1, p. 204, Paris, 18G1, in-S».

Page 1