DIVISION ET CLASSIFICATION
vasculaires sont les éléments autogènes de cette production accidentelle. J'aurais donc adopté volontiers le nouveau nom proposé par M. Follin, si la dénomination de tumeurs érectiles m'avait paru défectueuse; mais j'ai déjà dit qu'elle est suffisamment correcte pour qu'il ne soit pas nécessaire de l'abandonner.
§ 2. — Division et classification.
Les tumeurs érectiles présentent de nombreuses variétés correspondant à des différences d'origine, de siège, de structure, de gravité, etc. Suivant qu'on a pris l'un ou l'autre de ces éléments pour base de la classification de ces tumeurs, on les a divisées en groupes plus ou moins naturels, plus ou moins légitimes.
D'après leur origine, on les a divisées en congénitales et accidentelles ou acquises. Les premières [nœvi maferni) étaient attribuées autrefois à une aberration du nisus formativus, produite par l'imagination des mères. Les nœvi consécutifs à la naissance, dépendants d'influences locales plus ou moins analogues à celles qui font développer les autres espèces de tumeurs, se trouveraient par là pro- ^fondément séparés des ntevi congénitaux. Il serait tout à fait oiseux de réfuter aujourd'hui cette théorie de l'imagination maternelle, mais il n'est pas sans utilité de constater qu'il n'y a aucune différence clinique ou anatomique entre les tumeurs érectiles congénitales et celles qui se développent ultérieurement. Gela est tellement vrai qu'il est souvent très-difficile de déterminer si une tumeur érectile s'est formée avant ou après la naissance. Cette détermination serait tout à fait impossible, si l'on en était réduit à l'examen du malade; on est obligé de s'en rapporter au dire des parents, qui s'y trompent fréquemment et qui trompent les chirurgiens de la meilleure foi du monde. Beaucoup de taches érectiles, en effet, se manifestent à l'âge de quelques jours ou de quelques, semaines, et il en résulte de nombreuses incertitudes. Ainsi, j'ai assisté à une discussion entre une mère et une nourrice qui se renvoyaient réciproquement la responsabilité d'un nfevus vasculaire situé sur la fesse d'un nourrisson.
On divise encore les tumeurs érectiles, d'après leur situation, en cutanées et sous-cutanées. Cette division, à laquelle beaucoup de praticiens attachent une grande importance, est bien loin d'avoir la portée qu'on lui attribue. On remarquera d'abord qu'elle est arbitraire et incomplète, car un très-grand nombre de tumeurs érectiles ne sont ni cutanées ni sous-cutanées, à moins que, par un étrange
DES TUMEURS ÉUECTILES.
abus de langage, on n'appelle sous-cutané loul ce qui n'est pas eutané. Les tumeurs érecliles des muqueuses, du tissu conjonctif sous-muqueux, de la langue, des muscles, des ovaires, des os, etc., rentreraient donc dans la classe des tumeurs sous-cutanées? En second lieu, il n'y a aucune ditrérence anatomique essentielle entre ]es tumeurs érectiles de la peau et celles des autres tissus. Wardrop, qui a le premier proposé de les distinguer, et qui en faisait môme deux espèces morbides difrérentcs, croyait sans doute qu'elles n'étaient pas caractérisées par la même lésion. Toutefois, comme il n'a décrit que les na3vi sous-cutanés, et qu'il a simplement nommé les autres, on ne peut savoir sur quels éléments de comparaison il faisait reposer la distinction. Ceux qui après lui ont accepté cette distinction n'ignoraient pas qu'elle est tout à fait sans valeur au point de vue anatomique, mais ils ont cru qu'elle était légitimée, au point de vue clinique, par l'inégale gravité des deux affections. Il est certain, en effet, que les tumeurs érectiles cutanées sont, plus souvent que les autres, stationnaires et inoffensives. Mais il n'est pas moins certain qu'on a exagéré à la fois la bénignité des naevi cutanés et la malignité des nœvi sous-cutanés. Les premiers peuvent s'accroître sans limite et donner lieu à des accidents très-graves. Quant aux nœvi sous-cutanés, ils sont loin de comporter toujours d'une manière aussi fâcheuse; Wardrop luimême a reconnu qu'ils peuvent rester stationnaires sous un petit volume, et qu'ils peuvent même se résoudre spontanément (i). La division établie par Wardrop ne peut donc pas être conservée. On se sert avec avantage des deux mots cutané et sous-cutané pour indiquer le siège du mal, mais ces adjectifs n'ont qu'une acception purement anatomique. — Ainsi il y a des tumeurs érectiles cutanées, sous-cutanées, profondes, muqueuses, sous-muqueuses, musculaires, glandulaires, osseuses, etc. Ce ne sont ni des espèces ni des variétés ; c'est la même affection occupant des tissus ou des organes différents.
Une division plus légitime, ou du moins plus méthodique que les précédentes, est celle qui repose sur les connexions réelles ou présumées de la tumeur avec les diverses parties du réseau vasculaire périphérique. Ce réseau se compose de trois parties : 1° les artérioles terminales, désignées par Kôlliker sous le nom de vaisseaux de transition artériels; 2° les radicules veineuses, désignées par le
(1) Hodgson, Traité des maladies des artères et des veines. Appendice de la traduction française de Brescliet, Paris, 1819, in S", t. II, p. 5i5.