CLASSIFICATION DE ROUX
môme auteur sous le nom de vaisseaux de transition veineux ; et 3» les capillaires proprement dits, interposés entre les deux ordres de vaisseaux précédents. Les capillaires proprement dits sont caractérisés par une paroi simple, amorphe, hyaline et parsemée de noyaux. Les vaisseaux de transition n'ont plus tout à fait la même simplicité; leur paroi présente déjà un double contour, quoiqu'on ne puisse pas y distinguer deux tuniques; leurs noyaux, un peu plus volumineux, sont un peu plus rapprochés, mais ne constituent pas encore, comme sur les artères et les veines, un véritable épithélium. Somme toute, ces vaisseaux, par leur disposition et par leurs fonctions, se rattachent plutôt au système artériel ou au système veineux, mais, par leur structure, ils se rapprochent bien plus du système capillaire, et c'est ce qu'on avait déjà reconnu même avant les progrès récents de l'histologie, puisqu'on les avait désignés respectivement sous les noms de capillaires artériels et de capillaires veineux, pour les distinguer des capillaires proprement dits.
On conçoit maintenant qu'une tumeur érectile puisse affecter principalement l'une ou l'autre de ces trois parties du réseau vasculaire terminal, et qu'une môme lésion occupant ainsi des sièges très-voisins sans doute, mais cependant distincts, puisse donner lieu à des effets diff'érents. En combinant cette donnée avec les résultats de l'observation clinique, on a admis trois variétés de tumeurs érectiles, désignées sous les noms de tumeurs artérielles, veineuses et mixtes ou intermédiaires.
Roux, qui, je le pense, a le premier établi cette division, a subdivisé les tumeurs érectiles artérielles en deux variétés secondaires, suivant que la lésion occupait les artérioles terminales, ou des artères d'un calibre plus considérable (1). Adoptant une idée déjà émise par Pott, et confondant avec les tumeurs érectiles des tumeurs d'une espèce toute différente. Roux admit que des troncs artériels volumineux, tels que l'artère tibiale postérieure par exemple, pouvaient devenir le siège d'un grand nombre de petites érosions, que le sang, s'échappant à travers leurs parois percées comme des cribles, s'inflltrant peu à peu dans le tissu cellulaire, y creusait un grand nombre de petites cavités, d'aréoles irrégulières, et qu'il en résultait une tumeur spongieuse, caverneuse, de même nature que les tumeurs érectiles. Le chirurgien de l'Hôtel-Dieu •avait été, comme ses prédécesseurs, induit en erreur par la res-
(1) Dictionnaire de médecine en 30 vol., article TuMEUns fongueuses sanguines, t. XXIX, p. 823-824, Paris, 1844, in-8».
^^^^ DES TUMEURS ÉRECTILES
scmblance grossière qui existe entre les cancers hématodes et certaines tumeurs érectiles. 11 est parfaitement certain que les tumeurs décrites par Pott (I), et désignées plus tard sous le nom d anévrysmes de Pott ou anévrysmes pur érosion, ne sont ni des anéyrysmes ni des tumeurs érectiles, mais de véritables cancers. Mais Il n est pas moins certain qu'on a souvent donné le nom d'anévrysme de Pott à des tumeurs sanguines entièrement différentes de celles que Pott a décrites. Dans certaines tumeurs érectiles, situées sur le trajet des artérioles terminales, la dilatation de ces petits vaisseaux devient quelquefois énorme et presque incrovable. On trouve alors, en disséquant la production accidentelle, des conduits artériels d'un calibre égal à celui de l'humérale, et dont les parois extrêmement minces sont criblées d'un grand nombre d'ouvertures irrégulières. Cette variété, assez rare du reste, n'est que le degré le plus avancé du développement des tumeurs érectiles des plus petites artérioles. Elle diffère donc essentiellement du prétendu anévnjs^ne de Pott, qui se produit sur le trajet des troncs artériels, lorsque ceux-ci sont désorganisés par la propagation d'un cancer adjacent. Si l'on a confondu ces deux lésions l'une avec l'autre, c'est parce que, dans les deux cas, des vaisseaux artériels volumineux peuvent être criblés de trous; mais à côté de ce trait de ressemblance il y a des différences radicales. Il suffira d'en citer deux ri" Dans l'anévrysme de Pott, les cavités sanguines multiples qui . communiquent avec l'artère ou les artères lésées, sont très-inégales, irrégulières, anfractueuses, et privées de'parois propres; elles sont creusées au sein d'une tumeur solide, hétérologue, ordinairement mais non toujours cancéreuse, dont le tissu a été déchiré par le choc du sang artériel et dont on retrouve toujours les restes, visibles à l'œil nu, aussi bien qu'au microscope. Dans l'autre espèce de tumeur sanguine, au contraire, les cavités sanguines, beaucoup plus régulières, beaucoup moins inégales, sont limitées par des cloisons membraneuses, par des parois lisses, luisantes, semblables à la membrane cutanée du système vasculaire. 2° Dans le premier cas, le sang, circulant d'une manière très-irrégulière à travers des cavités de toutes dimensions, se renouvelant rapidement dans celles qui communiquent directement avec l'artère, stagnant au contraire dans celles qui en sont plus éloignées, et soumis enfin au contact de la substance hétérologue de la tumeur, le sang.
(1) The Chirurgical Works of Percival Pol f, edit Earle, London, 1808, iii-S% vol. III, p. 223,