‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 34 sur 92 · CLASSIFICATION DE ROUX · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DE ROUX

dis-je, se coagule (oujours en certains points, formant ici des caillots noirs, là des caillots fibrineux, plus loin un magma informe, où la matière cancéreuse se trouve combinée avec la fibrine et les globules. Rien de pareil ne s'observe dans le second cas. La circulation s'effectue dans toutes les parties de la tumeur d'une manière assez régulière et assez active parce que le sang ne s'y coagule jamais. On voit combien ces deux affections diffèrent l'une de l'autre. Elles occupent presque les deux extrémités de la série des productions accidentelles. Maintenant donc, si nous laissons de côté les prétendus anévrysmes de Pott, c'est-à-dire les tumeurs hématodes, nous pouvons dire que la seconde variété de tumeurs érectiles artérielles, attribuée par Roux à la criblure des parois des troncs artériels est tout à fait imaginaire. Quelque volumineuses que puissent devenir les artères contenues dans les tumeurs érectiles, cellesci ne se forment jamais que sur les vaisseaux très-petits du réseau terminal périphérique. L'état cribleux qu'on observe très-rarement sur les parois de ces vaisseaux dilatés outre mesure, n'est pas la cause de la production delà tumeur; c'est un phénomène consécutif, qui survient éventuellement lorsque le mal fait des progrès trèsconsidérables.

Les tumeurs érectiles veineuses, de môme que les tumeurs artérielles, ont été subdivisées par Roux en deux variétés tout à fait analogues aux précédentes. La première variété débuterait sur les radicules veineuses les plus déliées ; la seconde se formerait sur le trajet des gros troncs veineux par suite de l'érosion cribriforme de leurs parois. Je n'hésite pas àrejeterhors de la classe des productions accidentelles les tumeurs de cette seconde catégorie. L'érosion des troncs veineux, affection rare et obscure, observée d'abord par Else, sur la veine jugulaire, et retrouvée de loin en loin par quelques chirurgiens (1), donne lieu à des extravasations de sang, comparables aux anévrysmes par rupture, et ne peut, à aucun titre, être rapprochée des tumeurs érectiles. Si l'on a fait ce rapprochement trompeur, c'est parce que, dans certaines tumeurs érectiles, des veines d'abord microscopiques, et plus tard dilatées à un degré extraordinaire, peuvent présenter sur leurs parois des perforations ^ cnbriformes. Je ne puis que répéter ici ce que j'ai dit tout à l'heure enparlant des tumeurs artérielles, savoir, que les tumeurs érectiles

(1) Je croîs en avoir observé un exemple sur le vivant. La uimeur était située sous 1 angle de la mâciioire. .T'ai présenté la jeune malade à la Société de chirurgie, voyez BulleUns de la Soc. de chir., 2" série, t. I, p. 321 et 324 18C0

DES TUMEURS ÉRECTILES

ont toujours leur point de départ sur des vaisseaux extrêmement petits, et ne peuvent jamais débuter sur les vaisseaux assez volumineux pour que leurs parois possèdent la structure des artères el des veines proprement dites. Je ne veux pas dire par là que les vaisseaux propres des tumeurs érectiles ne puissent, en se dilatant, acquérir une structure aussi compliquée que celle des artères et des veines; je ne veux pas dire non plus que les tumeurs érectilc^ ne puissent, en se développant, amener la dilatation des tronc^ vasculaires qui viennent y aboutir ; je veux dire seulement que la lésion qui les constitue débute constamment sur le réseau terminal des vaisseaux périphériques.

En résumé, sur les cinq variétés ou sous-variétés de tumeurs érectiles, admises par le professeur Roux, il en est deux que nous pouvons rejeter dès à présent : ce sont celles qui résulteraient de l'état cribleux des t7-oncs vasculaires. Restent donc les trois autres variétés, qu'on désigne assez généralementaujourd'hui sous les noms de tumeurs érectiles artérielles^ mixtes ou intermédiaires^ et veineuses. et sur la nature desquelles nous aurons bientôt à nous prononcer.

La classification de Gerdy, plus compliquée encore que celle de Roux, porte à sept le nombre des variétés de tumeurs érectiles (1). Je reproduis ici cette classification, en intervertissant un peu, pour plus de clarté, l'ordre adopté par l'auteur, et je rappellerai que Gerdy désignait les tumeurs érectiles sous le nom de tumeurs vasocapillaires, ce qui implique l'idée d'une tumeur affectant primitivement les plus petits vaiisseaux.

1° Tumeurs vaso-capillaires mixtes, composées i\ peu près également de capillaires artériels et de capillaires veineux.

2° Tumeurs artério- capillaires, formées par les capillaires artériels.

3° Les mêmes avec dilatation des artères afférentes. 4° Artério-criblure ; les mêmes, avec état cribleux des parois des artères dilatées.

5° Tumeurs veino-capillaires, formées par les capillaires veineux. 6° Les mêmes, avec dilatation des veines qui en partent. 7° Veino-criblure ; les mêmes avec état cribleux des parois des veines dilatées.

Gerdy parle encore, sous toutes réserves, d'une huitième variété de tumeurs sanguines, en se demandant si ces tumeurs, plus graves que les autres, ne seraient pas des cancers hématodes ; a la

(I) Gerdy, C/ià^urgie pratique, t. II, p. 495 et p. 491, Paris, 1862, in-S".

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