COMPLICATIONS. — DILATATIONS VARIQUEUSES
du réseau capillaire. Il est certain, par conséquent, que quelquesuns au moins des gros vaisseaux de la tumeur du doigt provenaient des capillaires primitifs, dilatés et hypertrophiés au point de s'être transformés en artères ou en veines.
Ainsi, les vaisseaux non capillaires des tumeurs érectiles peuvent provenir soit des capillaires hypertrophiés, soit des artères ou des veines des tissus envahis par le mal; mais il est souvent difficile, quelquefois impossible, de les rapporter à l'une de ces deux origines plutôt qu'à l'autre.
La dilatation des vaisseaux artériels ou veineux des tumeurs érectiles peut, à la longue, devenir très-considérable. Le plus souvent les parois de ces vaisseaux sont assez minces eu égard à leur calibre, ce qui facilite les progrès ultérieurs de la dilatation ; en outre elles peuvent présenter un grand nombre d'orifices arrondis, inégaux, très-rapprochés les uns des autres, et rappelant l'aspect d'un crible irrégulier. Cet état cribleux peut exister sur les artères ou sur les veines. De là les noms de veino-criblure et d'artério-criblure employés par Gerdy pour désigner les tumeurs qui ont subi cette altération. L'état cribleux s'observe rarement ; je n'ai pas eu l'occasion de l'étudier en grand, mais les cinq ou six petites perforations qui existaient sur la paroi d'une veine dilatée, dans la tumeur de la langue dont j'ai déjà parlé (voy. plus haut, p. ISo), constituaient certainement le premier degré de l'état cribleux des veines, et je n'ai dès lors aucun motif pour élever des doutes sur l'exactitude des observations où il est dit que la criblure existait sur des vaisseaux artériels ou veineux d'un calibre plus considérable.
J'ai parlé jusqu'ici de la dilatation des vaisseaux contenus dans l'épaisseur même de la tumeur. Jq dois étudier maintenant celle qui se manifeste, en dehors de la tumeur, sur les veines qui en partent, ou sur les artères qui s'y rendent.
La dilatation des veines émergentes n'est pas fort rare ; mais il est rare qu'elle s'étende jusqu'à une grande distance. Elle se présente en général sous la forme de varices plus ou moins tortueuses, d'où partent des veines encore dilatées, mais rectilignes, dont le calibre diminue graduellement et qui vont se rendre dans l'une des veines normales de la région. Quelquefois même les veines variqueuses dont nous parlons reprennent brusquement, à très-peu de distance de la tumeur, un calibre très-petit, et alors aucun vaisseau dilaté d'une manière appréciable ne fait suite au paquet variqueux qui entoure la tumeur. Ainsi, dans l'observation déjà cilée de M. Robin (voy. plus haut, p. 185), la tumeur érectile, grosse seule-
' J^ DES TUMEUUS ÉRECTILES.
mcnl comme une cerise, était située dans l'épaisseur du muscle vaste interne. « Elle adhérait à un grand nombre de petites veines « dont les plus grosses avaient le volume d'une plume de corbeau, et « qui toutes avaient l'aspect variqueux. Elles se perdaient dans /V- (f paisse ur du muscle auquel elles appartenaient {\]. n
Ces veines étaient donc primitivement des veinules extrêmement petites, qui s'étaient dilatées ensuite de proche en proche jusqu'à une petite distance de la tumeur.
La dilatation consécutive et l'état variqueux des veines émei gcntes s'expliquent aisément par la distension qui résulte de l'arrivée d'une trop grande quantité de sang. Il est clair, en effet, qu'au niveau de la tumeur les vaisseaux capillaires dilatés établissent entre les artères et les veines une communication plus largo qu'à l'état normal. Le passage du sang est donc facilité, et il e>t môme très-probable d'après cela que l'ampliation des veines émergentes doit être un phénomène constant; mais ce phénomène n'esl pas toujours apparent ; il ne le devient que lorsqu'il est assez prononcé pour donner un calibre notable à des veinules presque invisibles. Les différences très-grandes qui existent sous ce rapport entre les diverses tumeurs érectiles dépendent sans doute en grande partie de la constitution individuelle du système veineux, conime cela a lieu pour la production des varices ordinaires mais elles dépendent probablement encore de l'état particulier des vaisseaux de la tumeur érectile, du nombre et de la largeur des tubes vasculaires qui font communiquer les artères avec les veines.
La dilatation des veines émergentes ne s'observe ordinairement que dans le cas de tumeurs érectiles veineuses. On a vu cependant quelquefois des tumeurs artérielles donner 'lieu à cette complica- ; tion, mais toujours alors la dilatation des artères précède celle des veines et en est la cause déterminante. Sur la pièce déjà mentionnée de M. Denucé, les veines du doigt médius, de la main et de la partie inférieure de l'avant-bras étaient énormément dilatées; mais elles communiquaient à plein canal avec les artères, et l'ampliation dont elles étaient le siège était comparable à celle qui accompagne l'anévrysme artério-veineux.
L'existence de varicosités ou de varices véritables autour des tumeurs érectiles ne constitue en général qu'une complication de peu de gravité. Les veines dilatées reprennent promptement leur calibre normal lorsque la tumeur est traitée par des méthodes obli-
(1) Mém. de la Soc. de biologie, 1" série, t. V, p. 1S3, année 1853.