SIGNES, MARCHE
intolérable. Le moindre effort musculaire, la toux, les grandes inspirations, sufGsaient pour éveiller de vives douleurs. Le malade ne pouvait plus boutonner son gilet. Cette tumeur fut enlevée, et on reconnut avec surprise que c'était un lipôme pur et simple (1). Un autre cas analogue a été observé par Bégin et Sanson. La douleur, plus vive encore, avait fini par porter une grave atteinte à la santé générale (2).
Nous avons dit que la tumeur du lipôme est ordinairement libre d'adhérence et mobile à la fois sous la peau et sur l'aponévrose. Toutefois les lipomes très-superficiels sont quelquefois adhérents à la peau par leur partie centrale. L'adhérence avec les parties profondes est moins commune, mais elle n'est pas extrêmement rare. On a vu plus haut que ces adhérences profondes paraissent consécutives à un travail d'inflammation chronique.
Les variations de consistance du lipôme sont considérables, et on ne s'en étonnera pas, si l'on se souvient que certaines tumeurs graisseuses renferment une notable quantité de tissu fibreux. La tumeur en pareil cas est ferme, rénitente comme une tumeur fibreuse, elle est lourde à la main, et donne fréquemment lieu à des erreurs de diagnostic. — D'autres fois, au contraire, la trame celluleuse est fort peu développée, et le lipôme acquiert ainsi une mollesse qui le rend tout à fait fluctuant. Cette fausse fluctuation a plus d'une fois fait confondre les lipômes avec des abcès froids, ou avec des kystes peu distendus.
Les signes du lipôme deviennent fort obscurs lorsque la tumeur est située sous l'afjonévrose et ensevelie sous des muscles. Il est alors ou difficile, ou impossible d'en constater les caractères avec précision : on ne peut en déterminer nettement les contours ; on n'en apprécie la consistance que d'une manière imparfaite ; enfin lorsque la tumeur est très-molle, elle donne la sensation d'une fluctuation profonde tout à fait semblable à celle d'un abcès.
Le développement du lipôme est habituellement assez lent. Mais il y a des exceptions à cette règle ; on a vu des tumeurs graisseuses acquérir en moins d'une année un volume considérable. L'accroissement peut être continu et sans limite. D'autres fois, et c'est le cas le plus ordinaire, la tumeur s'arrête dans sa marche pendant plusieurs mois ou plusieurs années. Souvent elle reste définitivement stationnaire, mais souvent aussi, à une époque quelconque,
(1) Perrotte, Thèse citée ^ p. 23.
(2) Sabatier-Dupuytren, Médecine opératoire, 1832, t. III, p. 98.
^ DIÎS LIPOMES.
elle recommence à faire des progrès. Blaes parle d'un lipôme qui augmentait devolumeàchaque époque menstruelle. Dans un cas cité par Littre, un hpômc de l'épaule s'accroissait chaque fois que le malade faisai des excès alcooliques. Cette affection, du reste, est extrêmement locale ; elle n'exerce aucune influence particulièr^suf ensemble de l'économie ; elle ne gêne que par son volume, et lorsqu elle entrave certaines fonctions,c'est seulement d'une manière mécanique. Jamais les ganglions lymphatiques correspondants ne deviennent le siège d'un engorgement de même nature que la tumeur; niais Ils peuvent être atteints d'engorgement inflammatoire lorsque le lipôme vient à s'enflammer. Dans la célèbre observation de Dupuytren, les ganglions étaient même injectés de pus
Les hpômes peuvent s'enflammer, suppurer, s'ulcérer, et se gangrener. Ces divers accidents sont presque toujours dus à l'intervention d'une cause extérieure, à une pression trop forte, à un coup, etc. Toutefois 11 y a des cas où l'inflammation des lipômes, surtout des lipômes très-volumineux, paraît spontanée. Cette inflammation peut être aiguë ou chronique. L'inflammation aiguë, tantôt diffuse, tantôt circonscrite, se révèle par les signes ordinaires de la phlogose, douleur, chaleur, tension et, quand la tumeur est superficielle, rougeur de la peau. Elle peut aboutir à la formation d'un abcès central dont le diagnostic est toujours assez épineux. Les abcès des lipômes peuvent aussi se développer à la suite d'une inflammation chronique, et le diagnostic en est encore plus difficile que dans le cas précédent. Voici un fait qui donnera une idée de cette difficulté : Il a été communiqué, en 1846, à la Société de chirurgie par Michon(l). Une femme de 30 ans, atteinte de lipôme volumineux de la cuisse, consulta Velpeau, qui trouva la tumeur fluctuante, et diagnostiqua un abcès froid. Quelque temps après Michon, consulté à son tour, porta le même diagnostic, et fit en conséquence une ponction avec un trocart. Il ne vint rien. Une seconde ponction pratiquée avec un bistouri aigu n'eut pas plus de succès. Alors le chirurgien fit une longue et profonde incision parallèle à l'axe du membre; celte fois il s'écoula un verre de pus; il resta une tumeur solide, encore volumineuse, dont l'extirpation fut faite séance tenante. C'était un lipôme sous-aponévrotique, à la partie centrale duquel existait une poche purulente, tapissée d'une membrane pyogénique semblable à celle des abcès froids. Les abcès intérieurs des lipômes, déjà indiqués par Abernethy,
(I) Voy. Gaz. (les hôpitaux, 20 jaiiv. ISiC.