‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 9 sur 92 · KYSTES PLACENTAIRES · texte numérisé non relu

KYSTES PLACENTAIRES

blir aucun rapprochement entre ces cavités transitoires, trèspassagères, et les follicules glandulaires. Mais, malgré les différences essentielles que nous venons de signaler, elles ont cela de commun que les unes et les autres peuvent être distendues par le liquide intérieur, et se dilater en kystes. Les kystes dus à l'hydropisie;des villosités choriales sont ordinairement extrêmement nombreux ; ils sont disposés en forme de grappes ; la plupart sont sphériques ou ovoïdes, variant du volume d'un grain de mil au volume d'une noisette ; mais il en est de fusiformes , de piriformes, de tubuleux, il en est même de rameux, et l'on conçoit ainsi que l'idée d'attribuer la formation de ces kystes à la dilatation des vaisseaux lymphatiques ou sanguins du placenta, se soit présentée tout naturellement à l'esprit des observateurs. L'hypothèse des vaisseaux lymphatiques, énoncée parVallisneri en 1690, dans une lettre adressée à Malpighi (1) fut adoptée quelques années après par Bidloo (2), et a trouvé des adhérents jusque dans notre siècle, quoique les anatomistes aient démontré depuis longtemps qu'il n'y a pas de vaisseaux lymphatiques dans les enveloppes du fœtus. Mais l'hypothèse de Ruysch, qui plaçait dans les vaisseaux sanguins du placenta l'origine des kystes placentaires (3), a plus de consistance, surtout depuis que M. Cruveilhier, étudiant avec le plus grand soin les formes multi pies et les connexions de ces kystes, a démontré d'une manière mcontestable qu'ils sont dus à la dilatation d'un système de canaux tubuleux et ramifiés (4). II est d'ailleurs prouvé, comme on le verra plus lom, que les vaisseaux de certaines tumeurs sanguines peuvent quelquefois se transformer enkystes. On peut donc invoquer aujourd hm, à l'appui de l'hypothèse de Ruysch, des arguments fort sérieux , et 11 eût été fort difficile de la réfuter si l'examen microsco-

tab.'\n.°*' ^P''' fi^ico-mediche, Venise, 1733, in-fol., t. II, p. 52, et

exfrcif li TZ' f^nT^f rT «'^«'^""■^«-^/"■'■"''^'^«''"'^ décades duœ,dec.s I, eNercit. Ji, p. 18, ettab. II, Leyde, 1708, in-4o. '

(3)Fred. Ruysch, Thésaurus anatomtcus, Yl, n" 104 et tah v «„• a * dan,, „os i„ p. „ e. 9, e,, p„„rp,u,ie ^ét^n^ol^L lÙ^^^^^^^ carum eentuna, Amsterdam, 1691, in-',', p. 41, /i„ 31 et 35 «<"!"!;!-

(1) Cruveilhier, Anatomie patkohgique du co'p,- hmiain, avec planches lr= 11

les vaisseau sa„,„lns d'une „«,e h,.ati,„e, a'valt ^ ! i ^ ^

eo .-«/^ Haïr.; 17)' "

DES KYSTES PROGÈNES.

pique n'avait établi d'une manière évidente l'identité déstructure des villosités choriales et des kystes des môles hydatiques.

Deuxième type. Cavité préexistante close, et naturellement vide.— Les kystes de cette catégorie sont d'abord ceux qui se développent dans les bourses muqueuses et dans la cavité des synoviales tendineuses. On doit y joindre les kystes du cinquième ventricule cérébral, ceux des anciens sacs herniaires dont le collet est depuis longtemps oblitéré, certains kystes du cordon spermatique,leskystes du canal de Nuck connus sous le nom à'hydrocèle de la femme; et enfin on y joindrait encore l'hydarthrose, l'hydrocèle de la tunique vaginale, les hydropisies des séreuses et des grands ventricules cérébraux, si l'on n'était convenu, comme je l'ai déjà dit (p. 12-14),dc distraire ces diverses affections de la classe des kystes pour les ranger dans la classe des hydropisies.

Parmi les cavités préexistantes que nous venons d'énumérer, il en est qui sont essentiellement closes; telles sont les bourses muqueuses et les synoviales tendineuses. D'autres communiquent normalement avec des cavités plus grandes, mais en ont été séparées par une oblitération plus ou moins ancienne; c'est ainsi que les vieux sacs herniaires peuvent être transformés en cavités closes par l'oblitération de leur collet ; que le prolongement péritonéal connu sous le nom de canal de Nuck peut être séparé de la cavité péritonéale par suite de l'occlusion de son goulot ; et qu'une partie du conduit vagino-péritonéal du cordon spermatique peut échapper à l'oblitération physiologique et rester perméable, tout en ayant cessé de communiquer avec le péritoine et avec la tunique vaginale. Toutes ces cavités accidentellement closes sont des diverticules de cavités plus grandes, et ont comme celles-ci pour paroi une membrane naturelle tapissée d'épithélium. Les synoviales tendineuses possèdent également une paroi membraneuse à revêtement épithélial, mais il n'en est pas de même des bourses muqueuses qui, à proprement parler, n'ont pas de véritable paroi. Tantôt normales, ou plutôt produites par des mouvements physiologiques, tantôt accidentelles, c'est-à-dire développées par suite d'habitudes professionnelles, d'attitudes pathologiques, ou de pressions anormales (1), et dues, dans tous les cas, à des actions méca-

(I) Je ne crois pas devoir donner ici l'énumération des bourses muqueuses normales ou pathologiques. Je renverrai pour cela aux traités généraux de chirurgie. Voyez surtout : Bérard et Denonvilliers , Compendium de chirurgie, t. II, p. 21» Paris, 1851, grand in-S»; — Foliin, Traité de pathologie externe, t. Il, p. 116, Paris, 18G3, grand in-8".

IIYGROMAS CHRONIQUES. 41

niques, qui ont pour conséquence de dépasser les limites de la laxité du tissu conjonctif, et d'y produire des ruptures ou des écartements de fibres, elles n'ont d'autre paroi que ce tissu même, irrégulièrement refoulé, inégalement condensé, et leur surface interne est par conséquent privée d'épithélium.

Les cavités closes que nous considérons sont donc extrêmement diverses par leur nature, leur origine, leur ancienneté et leur constitution anatomique, mais elles ont toutes cela de commun quelles existent à l'état de cavités closes plus ou moins longtemps avant de se transformer en kystes, et qu'elles sont naturellement vides, c'està-dire, ou bien qu'elles ne sont le siège d'aucune sécrétion, ou bien qu'elles exhalent seulement une très-minime quantité d'humeur qui lubrifie leur paroi sans former collection dans leur intérieur. Il" faut donc, pour qu'elles se remplissent de liquide, qu'elles deviennent le siège d'une maladie capable d'y faire naître une sécrétion anormale. Cette maladie est le plus souvent une inflammation, soit aiguë, soit chronique ; mais quelquefois on ne constate ni les causes, ni les symptômes , ni les lésions de l'inflammation, et la formation du kyste paraît due alors à une simple anomalie de sécrétion; il est clair toutefois que cette sécrétion anormale ne peut être autre chose qu'un eff-et, et qu'elle est la conséquence d'un état morbide de la membrane qui limite la cavité ou des tissus qui la circonscrivent.

L'inflammation aiguë est rarement la cause de ces kystes : si elle est suppurative, elle produit un abcès , nonunkvste; et celle qui, moms intense, se borne à faire exhaler un fiquide séreux, donne lieu à une hydropisie aiguë, ou hygroma aigu, qui se résorbe presque toujours spontanément au bout de quelques jours ou de quelques semaines. Il peut se faire cependant que la résorption lasse défaut, ou soit incomplète, et que la cavité se trouve définitivement transformée en kyste, mais cela est assez exceptionnel et om que l'inflammation aiguë des cavités closes doive faire craindre a lormation d'un kyste, c'est au contraire un des moyens que 1 art emploie avec le plus d'efficacité pour amener la guérison des kystes développés dans ces cavités.

Les kystes des bourses muqueuses portent le nom de kystes nygromateux, iVhygromas chroniques, ou simplement à'hygromas.

chronique. "^"'""'"'^^ ^"^^^"'^ ^'^«^^^^^

devenir le siège d'hygromas. L'épanchement de liquide qui lestra

:ans-

*^ DES KYSTES PROGÈNES.

forme en kystes a souvent pour cause rinllammation ou l'irritation chronique provoquée par des frottements répétés : c'est ainsi que l'hygroma des bourses muqueuses prérotuliennes s'observe principalement chez les individus qui travaillent à genoux, ou chez les religieux qui passent leur temps en génuflexions.

Je signalerai une variété particulière d'hygroma qui se produit fréquemment dans des bourses muqueuses accidentelles développées entre les divers lobes d'une même tumeur. Ces kystes, appelés lacuneux par M. Lebert, s'observent souvent dans les grands adénomes de la mamelle.

Les kystes des synoviales tendineuses doivent être désignés sous ie nom de hjstes péintendineux. Le nom de kystes synoviaux qu'on leur a quelquefois donné doit être réservé pour désigner des kystes d'une tout autre nature.

Les kystes développés dans le conduit vagino-péritonéal du cordon spermatique, ont reçu le nom d'hydrocèles enkystées du cordon. •On a élevé des doutes sur la nature de ces kystes (I), depuis qu'une étude plus complète du vas aberrans et la découverte des débris du corps de Wolff ont permis de rattacher à une origine glandulaire certains kystes du cordon, sur lesquels nous ne tarderons pas à revenir. Mais l'existence de l'hydrocèle enkystée péritonéale du cordon est démontrée d'une manière incontestable. Rappelons d'abord qu'à tous les âges de la vie, et jusque dans la vieillesse avancée, quelques sujets conservent, dans le cordon spermatique, le long du canal déférent, une cavité séreuse allongée, qui provient évidemment du conduit vagino - péritonéal, incomplètement oblitéré. M. Cloquet a fait représenter une pièce sur laquelle trois de ces cavités séreuses, communiquant entre elles par des ouvertures très-étroites, étaient superposées le long du cordon, et ce qui prouvait bien leur origine péritonéale, c'est que l'une d'elles, la plus inférieure, communiquait encore avec la tunique vaginale par

(1) Dans sa communication à la Société de chirurgie, le 7 avril 1858, M. Giraldès s'était borné à dire qu'une grande partie des kystes du cordon spermatique provenaient des débris du corps de Wolfif. {Bulletins de la Soc. de dnrurgie^ t. VIII, p. 409.) Il avait ajouté, p. 412, que les kystes du conduit péritonéal étaient plus rares qu'on ne l'avait supposé. Mais, dans un travail ultérieur, publié en 1861, il a été plus exclusif, et la quatrième et dernière conclusion de son Mémoire est « que « l'organe tubuleux formé par les rudiments du corps de Wolff est le point de déo part, l'origine des tumeurs du cordon connues sous le nom de kystes, à'/iydro. « cèles enkystées. » [Journal de physiologie^ de Brov?n-Séquard, janvier 18PI, t. IV, p. 7.)

HYDROCÈLES ENKYSTÉES. 43

une ouverture un peu plus large (1). Pour le dire en passant cette disposition explique très-bien la formation des kystes multiples en forme de chapelet, dont Ledran a cité un exemple remarquable : «J'ai conservé, dit-il, une pièce anatomique dans « laquelle on voit quatre petites tumeurs aqueuses, rondes et « grosses comme des noisettes, lesquelles, formées entre les feuillets « du péritoine, se montraient en dehors par-dessous le ligament de (c Fallope. » Le sujet avait en même temps une hydrocèle de la tunique vaginale (2). — Dès le moment qu une cavité séreuse close, provenant du conduit péritonéal, persiste jusqu'à un âge avancé chez un certain nombre d'individus, il devient extrêmement probable que cette cavité est exposée, comme les autres séreuses, grandes ou petites, à devenir quelquefois le siège d'une hydropisie, et à se transformer en kyste. Les faits consignés dans le livre de M. Curling changent cette probabilité en certitude. Les pièces figurées et décrites par cet auteur prouvent que l'hydrocèle enkystée du cordon coïncide assez souvent avec l'oblitération incomplète des autres parties du conduit péritonéal. Tantôt la partie inférieure de ce conduit est restée perméable au-dessous du kyste, sous la forme d'un canal séreux qui va s'ouvrir dans la tunique vaginale ; tantôt c'est au-dessus du kyste qu'on trouve un conduit séreux prolongé le long du canal déférent jusqu'au niveau de l'anneau inguinal interne, où il s'ouvre dans le péritoine (3). Ajoutons que l'hydrocèle enkystée se développe quelquefois dans le canal mgumal, à une distance considérable des organes glandulaires qui donnent lieu à la formation des kystes non-péritonéaux du cordon (4).

Les kystes connus sous le nom à' hijdrocèles de la femme sont tout a lait comparables aux précédents. L'histoire de ces tumeurs est beaucoup moms avancée que celle des hydrocèles enkystées du cordon spermatique. Toutefois les points suivants sont parfaitement établis : !<> Le prolongement péritonéal, nommé canal de Nuck peut rester perméable dans toute sa longueur longtemps après la naissance; Camper en a plusieurs fois retrouvé le vestige chez des

P-,l?/;«?î"^"''; anatomiques sur les hernies de Vabdomen, Th. inang.

Pans. 1817, m-40, p. 40, en note, et pl. IV, fig. 3. ^ '

(2) Ledran, Traité des opérations de chirurgie, Paris, 1742,in-8o, p ,78 3; Curhng, Maladies du testicule, trad. franç., Paris, 1867, in-S», p ■20^-206

(0 Voyez encore, pour l'histoire de l'hydrocèle enkystée du cordon, le Mémoire

r-J/a/lTe^h de ' ~ ''^^^"^"^'

•>pt> manque, Th. de concours, Paris, 1848, iu-4°, p. 8.

DES KYSTES PROGÈNES.

femmes mortes en couches. 2° Ce canal peut, chez la femme adulte, devenir le siège d'un épancliement absolument semblable à celui qui constitue l'hydrocèle congénitale chez l'homme. Dans un cas observé parLecat, chez une femme de quarante-six ans, un conduit séreux émané du péritoine et gros comme une plume d'oie, se prolongeait dans toute la longueur du canal inguinal et venait former, au-dessous de l'anneau externe, une vésicule grosse comme le doigt et pleine de sérosité (1). 3° L'hydrocèle de la femme occupe exactement la région qui correspond au trajet du canal de Nuck ; ce canal, comme on sait, se prolonge dans l'origine 'jusqu'au-dessous de l'anneau inguinal externe. 4° L'hydrocèle de la femme présente, dans sa forme et dans ses rapports, autant de fixité que l'hydrocèle de la tunique vaginale de l'homme, ce qui permet de considérer comme probable que cette tumeur a son siège dans une cavité préexistante naturelle dont les rapports sont constants. On conçoit d'après cela que Monteggia , Palletta, Sacchi et Regnoli, aient été conduits à considérer l'hydrocèle de la femme comme un kyste du canal de Nuck, transformé en cavité close par l'oblitération de son goulot (2). Plusieurs observations, et en particulier celles de Palletta et de Sacchi, tendent à confirmer cette opinion, qui me paraît probable, mais qui cependant ne peut être considérée comme rigoureusement démontrée. Ainsi que M. Morpain l'a dit avec juste raison dans son intéressante thèse inaugurale : «Personne « n'a prouvé jusqu'ici que l'oblitération du canal de Nuck puisse « se faire d'une manière incomplète, en laissant persister une cavité « distincte, semblable à la tunique vaginale (3). » Pour ma part, dans mes recherches sur le sac dartoïque et sur la terminaison du ligament rond, j'ai constaté plusieurs fois, sur des petites filles, la persistance du canal de Nuck, mais je n'ai jamais trouvé le moindre

(1) Camper, Acad. de Haarlem, t. VII, et Lec&t/ Philosoph. Transactions, \olume XLVII, cités l'un et l'autre par Rougemont dans sa traduction française du Traité des hernies, de Ricliter, Bonn, 1788, in-4o, p. 266 (note).

(2) M.omegg\a., Instiiuzionichirurgiche;i>a.rt. 3,cap.xiv, § 1660 (édit. Caimi,Milan, 1841, grand in-8'', t. II, p. 476). — Palletta, SuU' idrocele délie donne, dans Mem. dell' Instit. ItaL, t. II, p. 101. — Carlo Sacchi, à&as Annali universali di Medicina, vol. XLVII, p. 437 (1831), trad. dans Archiv. générales de médecine, l".sér,, t. XXVI, p. 374-388 (1831). — G. Regnoli, Intorno Vidrocele délie donne, Pise, 1832, in-S», fig., traduit dans Arch. génér. de méd., 2^ série, t. V, p. 126 (1832). Ce dernier auteur admet plusieurs variétés d'hydrocèles de la femme; l'iiydropisie du canal de Nuck constitue l'une de ces variétés.

(3) Morpain, Études anatomiques et pathologiques sur les grandes lèvres, Thèse inaug., Paris, 1852, in-é», p. 40.

Page 1