‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 113 sur 158 · PROCÉDÉ DE LA RÉFRIGÉRATION ORDINAIRE · texte numérisé non relu

PROCÉDÉ DE LA RÉFRIGÉRATION ORDINAIRE

toine, qui en était couvert dans presque toute son étendue (1).

Cette observation, que je crois unique jusqu'ici, prouve la possibilité de faire résoudre par la réfrigération les tumeurs cancéreuses ; mais elle prouve en même temps que cette méthode, comme toutes les autres méthodes chirurgicales, n'a aucune prise sur la dialhèse cancéreuse.

La méthode de M. Arnott ne peut donc avoir la prétention de faire plus que les autres. 11 est certain, toutefois, qu'elle serait bien préférable à l'opération, si elle était douée d'une efficacité constante ou presque constante. Mais il est permis de croire que les cas où elle produit, au moins pour un temps, des effets curatifs, sont très-exceptionnels, car les praticiens anglais l'ont à peu près abandonnée aujourd'hui.

On s'en est peu occupé en France. Après la publication du premier mémoire de M. Arnott, M. Velpeau fit à la Charité quelques essais dont le résultat fut à peu ppès nul; mais il n'y mit pas beaucoup de persévérance. Je ne puis dire si d'autres chirurgiens de Paris ont étudié cette méthode. J'y ai eu recours deux fois avec succès comme palliatif de la douleur, dans un cas de cancer de l'estomac, et dans un cas de cancer des ganglions inguino-iliaques. Une vessie de glace, appliquée deux ou trois heures par jour sur les tumeurs, fit disparaître presque entièrement les douleurs, non-seulement pendant la durée de la réfrigération, mais encore pendant les intervalles des apphcations. L'emploi de ce moyen fut continué dans les deux cas une quinzaine de jours. Les tumeurs ne présentèrent aucune modification appréciable; mais je n'ai pas persévéré assez longtemps pour savoir si la réfrigération aurait ralenti la marche du mal.

M. Arnott attache beaucoup d'importance à la distinction de deux procédés, dont les effets, d'après ses observations, sont essentiellement différents : l'un est celui de la réfrigération ordinaire, l'autre est celui de la congélation.

Le premier procédé consiste à appliquer simplement sur la tumeur une vessie pleine de glace, qu'on laisse en place quelques heures par jour, ou au besoin pendant toute la journée. Tout le monde connaît le mode d'action de ce procédé, qui fait contracter les vaisseaux et diminue l'afflux du sang. Il produit en outre un effet anesthésique sur les filets nerveux superficiels, mais il ne congèle pas les tissus, il ne leur fait subir qu'un froid modéré; il n'exerce sur leur nutrition qu'une influence légère. On conçoit, toutefois, qu'il puisse

(1) Transactions of ihe Pathological Society of London, vol. Y. Lond., 1854 , in-8, p. 311.

RÉFRIGÉRATION ET GOiNGÉLATION .

entraver l'exhalation et l'organisation du blastème, retarder le développement de la production accidentelle, et môme en favoriser la résolution. L'observation de M. Simon prouve que cette résolution peut être complète, mais un pareil résultat est certainement trôsexceplionnel.

Le procédé de la congé lalion, auquel M. Arnott donne résolûment la préférence, consiste à faire subir au tissu de la tumeur une réfrigération très-intense et très-passagère, au moyen d'un mélange frigorifique. On ne se propose 'plus seulement de soutirer le calorique des tissus, mais de modifier la vitalité de ces tissus au moyen d'une action violente et subite. On sait depuis longtemps que le refroidissement d'un membre, poussé môme jusqu'à la congélation, ne fait qu'y suspendre les fonctions vitales. Cette suspension n'est définitive que lorsque la durée de la réfrigération dépasse une certaine limite, variable du reste, suivant les animaux, suivant les individus, suivant l'étendue et la nature anatomique de la partie congelée, enfin, et surtout, suivant l'intensité du froid. Lorsqu'on reste en deçà de cette limite, on peut impunément congeler les tissus, et les résultats de l'anesthésie locale par réfrigération le prouvent bien manifestement. Dès que le mélange frigorifique est enlevé, la chaleur des parties environnantes rayonne sur les tissus durcis par le froid. Le sang solidifié se liquéfie, et la circulation reprend son cours. Dans l'origine, on craignait que cette méthode anesthésique ne provoquât de graves accidents locaux, que le dégel ne produisît sur les tissus d'innombrables petites ruptures, que le retour subit du sang et de la chaleur ne donnât lieu à une réaction violente, et qu'il ne s'ensuivît une inflammation phlegmoneuse ou même gangréneuse. Ces craintes ne se sont pas réalisées. Non-seulement une congélation de quelques minutes n'éteint pas la vie, mais encore elle paraît inoffensive. On ne peut méconnaître cependant qu'elle fait subir aux tissus une épreuve d'une certaine gravité, puisque cette épreuve ne pourrait se prolonger sans danger.

M. Arnott a donc espéré que la congélation et le dégel pourraient avoir pour conséquence de porter atteinte à la vitalité des cellules cancéreuses, de leur ôter la propriété de s'accroître et de se reproduire, et de les livrer sans défense aux lois de l'absorption : c'est en vue de ce mode d'action hypothétique qu'il a institué le procédé de la congélation des tumeurs.

Pour faire descendre la température des cellules jusqu'au degré de la congélation, dans toute l'étendue d'une tumeur, il se sert d'un mélange réfrigérant composé de deux parties de glace pilée et

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