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EFFETS THYSIOLOGIQUES ET EFFETS CHIMIQUES

L'électricité peut produire trois ordres d'effets, les uns physiologiques, les autres chimiques, les autres calorifiques.

La quantité d'électricité qu'on peut faire passer à travers les tissus n'est jamais suffisante pour en élever la température à un degré capable d'en modifier les propriétés. Si une partie électrisée s'échauflFe, cela est dû à l'afflux sanguin produit par l'action excitante ou physiologique de l'électricité, bien plus qu'au passage de l'électricité elle-même. Cette élévation de température, au surplus, n'est que de quelques degrés et ne mérite pas de nous arrêter plus longtemps; nous n'aurons donc à nous occuper que des effets physiologiques et des effets chimiques.

Les premiers sont instantanés, en ce sens qu'ils se produisent au moment même où l'électricité, statique ou dynamique, fait irruption dans les tissus. Une étincelle, une décharge ne durent qu'un instant infiniment court. Presque aussi courte est l'action physiologique d'un courant continu et constant, prolongé même pendant plusieurs heures ; elle se manifeste par une sensation ou une contraction subite au moment où l'on ferme le circuit, par un phénomène égal et semblable au moment où on l'interrompt, mais elle est nulle pendant toute la durée du courant.

Les effets chimiques, au contraire, durent aussi longtemps que le courant lui-même ; ils ne se produisent qu'avec une certaine lenteur ; ils sont proportionnels à la durée du courant, et ils sont à peu près nuls lorsque l'électricité est appliquée de manière à n'exercer sur les tissus qu'une action instantanée. Il est donc essentiel, lorsqu'on veut obtenir des effets chimiques, d'employer des courants continus, c'est-à-dire de recourir à la galvanisation. Les étincelles, même nombreuses et rapprochées, les décharges, môme assez fortes pour donner de violentes commotions, ont une action chimique inférieure à celle delà pile la plus petite. Quant aux appareils d'induction, qui donnent une série de courants instantanés, et qui, par la répétition continuelle de leur action excitante, produisent des effets physiologiques extrêmement énergiques, ils ne peuvent produire sur les tissus aucun effet chimique appréciable, parce que les courants qui se succèdent sont alternativement dirigés en sens inverse, et que chacun d'eux neutralise les effets de celui qui l'a précédé.

Maintenant, il est clair que les effets de l'électricité dépendent de la nature des appareils qui la fournissent, bien plus que du mode d'application auquel on donne la préférence dans tel ou tel cas particulier. Les aiguilles introduites dans les tissus permettent de faire pénétrer cet agent dans des points déterminés, et peuvent sans

APPLICATIOxN DE LÉLECTRICITÉ.

doute, dans certains cas que nous examinerons tout à l'heure, en rendre les effets plus énergiques, mais elles ne sauraient en changer le mode d'action. La différence qui existe entre l'électrisation cutanée et l'électro-puncture se réduit donc à ceci : que, dans le premier cas, un conducteur organique est interposé entre le conducteur métallique et les parties sur lesquelles on se propose d'agir; tandis que, dans le second cas, le conducteur métallique pénètre dans l'épaisseur de ces parties. En d'autres termes, l'électrisation cutanée est médiate, l'électrisation par l'autre procédé est immédiate ; mais cette différence n'est pas essentielle et ne suffit pas pour établir une distinction radicale entre deux méthodes.

En médecine comme en chirurgie, la première base de la classification des moyens thérapeutiques est leur mode d'action. Autant de modes d'actions différents, autant de méthodes. Quant aux détails de l'application, ils ne donnent lieu qu'à des distinctions secondaires qui permettent dégrouper dans la méthode un certain nombre de procédés.

Les nombreux moyens dont on s'est servi pour transmettre aux tissus l'action excitante de l'électricité, directement ou indirectement, avec ou sans le secours de l'acupuncture, sous forme d'étincelles, de décharges ou de courants induits, rentrent dans une première méthode que nous désignerons sous le nom d'électrisation.

La seconde méthode comprend les moyens destinés à faire subir aux tissus l'action chimique de l'électricité, et elle mérite le nom de galvanisation, parce que cette indication ne peut être remplie avec quelque efficacité qu'à l'aide des courants continus ou galvaniques.

Toutefois, les courants continus ne jouissent pas seulement de la propriété de produire des phénomènes chimiques ; ils possèdent en outre la propriété d'excitation qui se manifeste une première fois au moment où l'on ferme le circuit, une seconde fois au moment où on le rompt, et chaque fois seulement pendant un instant très-court. On peut donc s'en servir pour exciter les tissus. En outre, quoiqu'on ne puisse jamais les priver entièrement de leur action chimique, on peut du moins, sciemment ou non, par le choix spécial de la pile et des conducteurs, réduire cette action au point de la rendre à peu près insensible. Lorsqu'il en est ainsi, les courants continus n'agissent plus que comme excitants , et ceux qui s'en serviraient en croyant appliquer la méthode de la galvanisation, se tromperaient beaucoup; ils n'auraient appliqué qu'un des procédés de la méthode de l'électrisation, et l'un des plus défectueux. En d'autres termes, la méthode de la galvanisation ne consiste pas seulement dans

ÉLECTRICITÉ ET GALVANISATION. 461

l'emploi d'un courant galvanique ; mais d'un courant continu engendré, dégagé et propagé de manière à transmettre efficacement aux tissus l'action chimique de la pile.

Je n'en pourrais dire plus long sans entrer dans des détails de physique pure, qui seraient déplacés dans un ouvrage comme celuici. Ce qui précède suffira, je l'espère, pour convaincre les praticiens que l'application de l'électricité n'est pas une chose purement manuelle; qu'il ne suffit pas de se procurer le premier appareil électrique venu, et de s'en servir indifféremment et de la môme manière dans tous les cas ; qu'enfin, sous peine d'agir tout à fait au hasard, il est indispensable d'acquérir des connaissances précises sur les conditions qui permettent d'utiliser l'électricité, suivant les indications, tantôt comme agent d'excitation, tantôt comme agent chimique.

J'ai vu un chirurgien, d'ailleurs fort estimable, enfoncer dans une tumeur érectile, des aiguilles à acupuncture communiquant avec les deux conducteurs d'un de ces appareils d'induction qui servent à exciter les muscles, et s'étonner ensuite de n'avoir pu obtenir aucune coagulation. La coagulation du sang est un effet chimique, et les courants d'induction ne peuvent produire aucun effet de ce genr€, puisqu'ils sont instantanés, et alternativement dirigés en sens inverse. Si le chirurgien dont je parle eût pris la peine d'étudier la physique, il n'eût pas fait subir à son patient une opération douloureuse, et surtout inutile.

Les deux méthodes de l'électrisation et de la galvanisation comportent chacune deux procédés, l'un médiat, l'autre immédiat. Le procédé médiat consiste à appliquer l'électricité sur les surfaces tégumentaires; le procédé immédiat consiste à la faire pénétrer dans les tissus avec des aiguilles à acupuncture.

Les deux procédés de la méthode de l'électrisation portent les noms d'électrisation simple ou cutanée, et d'électro-puncture.

Les deux procédés de la méthode de la galvanisation portent les noms de galvanisation simple et de galvano-puncture.

On voit que les mots électro-puncture et galvano-puncture sont loin d'être synonymes, quoique beaucoup d'auteurs les emploient indifleremment l'un pour l'autre, par suite d'une confusion qui a plus d'une fois égaré leur pratique.

Maintenant, on me permettra d'étudier successivement, dans deux paragraphes distincts, la méthode de l'électrisation, et celle de la galvanisation.

APPLICATION DE l'ÉLECTRICITÉ.

§ 1. — Électrisation et éleclro-punt ture.

L'éleclrisation est la méthode qui met enjeu les propriétés excitantes de l'électricité.

Il y a déjà un siècle qu'on a essayé de faire résoudre certaines tumeurs au moyen de l'électricité. De Haen, espérant que les secousses produites par la machine électrique pourraient produire une excitation favorable dans les adénites chroniques des scrofuleux, fit avec beaucoup de persévérance des tentatives qui furent d'ailleurs tout à fait infructueuses. Voici ce qu'il en dit dans la quatrième partie de son ouvrage, publié à Vienne en 1759 : Tentavi an experimentum electricitatis succederet in curandis colli strumis scrophulisque, quemadmodum Acta Acad. Montpel. id testantur. Binas puellas per octo menses constanter ad Machinam applicui, ictu ad affecta loca determinatOy sed frustrà fuit. An mala inveterata nimis (1) ?

Le procédé de la secousse était tellement défectueux que les insuccès de de Haen ne pouvaient avoir aucune signification ; mais on ne tarda pas à perfectionner les moyens d'électrisation, dans le but de substituer à l'action générale de la secousse l'action locale et fréquemment répétée des étincelles. Je ne décrirai pas les nombreux procédés qui furent imaginés dans ce but, et qui ont fait place aujourd'hui à des moyens d'une application plus commode et plus efficace. Malgré le peu de précision de leurs appareils, les praticiens du dix-huitième siècle réussirent plus d'une fois à faire résoudre, par l'électrisation, les adénites scrofuleuses, connues alors sous le nom d'écrouelles. Cavallo annonça que les tumeurs récentes guérissaient en général par ce moyen, surtout lorsqu'on y joignait les traitements internes en usage à celte époque (2). Ces résultats, on le voit, n'étaient nullement décisifs. Mauduyt fit à son tour deux essais dont l'issue fut favorable. Il guérit en trois mois, chez une petite fille de six ans, une grosse tumeur ganglionnaire ulcérée de la région parotidienne ; mais il avait joint à l'application de l'électricité l'usage des bols fondants. Son second malade était un soldat scrofuleux, atteint depuis dix-huit mois d'adénitescervicales volumineuses. Un traitement par l'électricité seule fit d'abord en peu de temps fondre les tumeurs, mais six semaines après les glandes s'engorgèrent de nouveau. On reprit l'électrisation en y ajoutant les

(1) Ar.t. de Haen, Ratio medendi. Paris, 1761, in-i2, t. II, p. 200-201, pars iv, cap. vm, n» 9.

(2) Cavallo, Médical Electricity. Lond., 1780, cité pnr Mandnyt, Mémoire sur les différentes manières d'administrer l'électricité. Paris, 1784, in-8, p. l62.

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