ÉLECTRISATION. — HISTORIQUE
remèdes internes, et la guérison, cette fois, fut prompte et durable ( I). Dans une autre partie de son ouvrage, Mauduyt parle d'une grosse loupe molle et indolente, située sur le côté de la poitrine, un peu plus bas que la mamelle, datant de vingt-trois ans, chez une femme de soixante ans qui fut soumise à l'électricité pour une hémiplégie. En trois mois la tumeur, qui était d'abord grosse comme un petit melon, fut réduite à la grosseur d'un pain d'un sou. Hallé avait été témoin de ce fait, qui aurait gagné sans doute à être présenté sous une forme un peu plus scientifique (2). Le siège et la mollesse de la « loupe » en question ne permettent guère de la considérer comme une tumeur ganglionnaire. Était-ce un lipôme? C'est possible, mais l'observation est trop incomplète pour être interprétée avec certitude.
Quoi qu'il en soit, la méthode électrique ne prétendait plus seulement à la guérison des écrouelles. Bientôt Grapengiesser proposa de l'appliquer au traitement du goitre (3). Plus tard, La Beaume mit ce projet à exécution chez trois malades. Un malade fut guéri ; dans le second cas, le goitre diminua d'une manière notable; le résultat fut nul chez le troisième malade (4). La Beaume se servait des courants galvaniques, mais il les appliquait de telle sorte qu'ils ne pouvaient produire aucun effet chimique, et qu'ils agissaient exclusivement comme agents excitateurs. Par ce moyen il obtint en outre la diminution d'une tumeur abdominale, et la guérison d'une grosse tumeur consécutive à une contusion (5). Il fît résoudre complètement une -tumeur douloureuse du sein qui datait déjà de plusieurs années (6). Il guérit ou améliora plusieurs malades atteints de tumeurs scrofuleuses des ganglions du cou (7). Enfin, il essaya de traiter les cancers par la galvanisation, mais cette fois il échoua complètement (8).
Je ne chercherai pas à nier ces faits, quoiqu'il soit bon de faire remarquer qu'ils manquent de précision, et qu'ils ne sont pas suffisamment scientifiques. Il est certain que les excitations électriques peuvent modifier avantageusement la nutrition de certaines tumeurs
(1) Mauduyt, loc. cit., p. 164.
(2) Loc. cit., p. 199.
;3) p. Sue, Histoire du galvanisme. Paris, 1802, in-8, t. II, p. 4i6,
(4) La Beaume, Du galvanisme appliqué à la médecine, traduit de l'anglais par Fabré-Palaprat. Paris, 1828, in-8, p. 336. '
(5) Loc. cit., p. 3:J7.
(6) Loc. cit., p. 300.
(7) Pas. 296.
(8) Pag. 338.
APPLICATION DE l'ÉLECTRICITÉ.
ganglionnaires. Il n'y a donc aucune raison théorique pour rejeter comme absurdes ou impossibles les guérisons ou les améliorations obtenues sur d'autres tumeurs non cancéreuses. On reconnaîtra pourtant qu'en pareille matière un fait isolé a fort peu de signification. Il ne s'agit pas de savoir si un lipôme ou un adénôme a pu être guéri ou amélioré par l'électricité, mais de chercher si l'électricité a assez de prise sur ces tumeurs pour qu'il y ait lieu de lui accorder quelque confiance; et un pareil jugement n'est possible que lorsqu'il existe dans la science un certain nombre d'observations authentiques et comparables. Je ne m'occuperai donc pas des tumeurs qui ont été une fois par hasard soumises à l'éleclrisation, avec plus ou moins de succès, et, me restreignant à celles qui ont été l'objet de recherches plus sérieuses, je n'aurai à parler que des goitres et des engorgements ganglionnaires chroniques.
On vient de voir que sur trois cas de goitres, La Beaume obtint une guérison, une amélioration et un résultat entièrement nul.
M. Massé a publié en 1850 trois autres faits qui sont moins encourageants. Le premier cas, intitulé demi-succès, est relatif à un goitre dur et bosselé, qui finit par étouffer le malade. L'auteur essaya d'abord l'électro-puncture, puis l'électrisation simple avec l'appareil d'induction de Clarke; le traitement fut continué pendant six mois et parut enrayer la marche du mal, mais au bout de ce temps les accidents s'aggravèrent, et le malade mourut deux mois plus tard. Dans le second cas, il s'agissait d'une femme de trente ans atteinte d'un simple goitre hypertrophique peu volumineux et inoffensif. L'électro-puncture fut appliquée pendant un mois sans aucun résultat. Enfin, dans le troisième cas, un petit goitre fut traité par l'électrisation simple, à l'aide de l'appareil d'induction de Breton, a Je (( n'ai point obtenu la guérison, dit M. Massé, mais chacun a pu con- « stater une amélioration positive (1). »
On voit que l'action de l'électrisation sur les goitres est fort incertaine. Le succès annoncé par La Beaume m'empêche de rejeter cette méthode d'une manière absolue, mais j'avoue que je lui accorde bien peu de confiance.
Elle est beaucoup plus efficace dans le traitement des adénites chroniques et des engorgements hypertrophiques des ganglions. J'ai déjà parlé des résultats très-satisfaisants obtenus par Mauduyt. Sigaud La Fond, à peu près à la même époque, traita douze malades par l'électricité associée aux médicaments internes, et fit résoudre
(1) Journal des connaissances médico-chirurgicales. Paris, 1860, in-8, t. XXXV, p. 98.