HISTORIQUE. ROYER-COLLARD
vée; mais il se retrouve encore dans quelques tissus adultes et dans certaines productions pathologiques ; 3" Vétat fibreux et laminaire, enfin, est l'état définitif des tissus compliqués, u Les deux formes (( fibreuse et laminaire, qui, par le fait, n'en font qu'une, résultent « de la combinaison et des modifications de la lymphe plastique et « des globules (1). » Ces lois sont applicables aux productions pathologiques, telles que le pus et le tubercule. Royer-Collard, dans ce premier travail, ne parle pas du cancer, mais, dans son Mémoire sur les caractères du cancer, publié deux mois plus tard dans le Bulletin d'août 1828, il compare le développement des tumeurs cancéreuses à celui de l'embryon, et explique les différences de leur structure extérieure par le degré d'organisation plus ou moins avancée de leurs éléments. « La forme vésiculaire est une des formes organiques primitives par lesquelles passe la production cancéreuse. La diversité i des formes dépend de la diversité des époques auxquelles on étudie la- maladie. Toutes les parties d'une masse cancéreuse ne se développant point en môme temps, il arrive souvent que l'on rencontre en un seul cancer plusieurs degrés de la maladie (p. 192). »
Toule la doctrine de l'école allemande actuelle se trouve donc formulée, depuis plus de trente ans, dans les travaux de M. Raspail et d'Hippolyte Royer-GoUard. Ces deux savants, toutefois, n'avaient posé que des principes généraux. Ils avaient indiqué l'origine des tissus, mais ils ne les avaient pas décrits; ils avaient cvqqV histogenèse et négligé l'histologie. M. Raspail, il est vrai, publia plusieurs mémoires spéciaux sur diverses productions végétales et sur les tissus adipeux des animaux; mais il n'eut pas le temps de compléter son œuvre et d'étendre ses recherches à tous les tissus. La révolution de 1 830 entraîna et égara cet esprit ardent dans le tourbillon de la 1 politique, pendant que Royer-Gollard, enlevé à la science par le I môme événement, usait sa belle intelligence dans les fonctions administratives.
Cette double défection arrôta subitement l'essor de l'histogénèse, I On n'abandonna pas pour cela complètement les études microsco- I piques. On vit paraître, de temps en temps, quelques mémoires isolés sur plusieurs tissus normaux et môme sur un petit nombre de ! productions accidentelles. En 1836, M. Gluge, pendant son séjour à I Paris, entreprit l'étude des tumeurs encéphaloïdes; il communiqua ses recherches à l'Académie des sciences le 2 janvier 1837, et s'il
(1) BuUelin de la Soc. anatomique, année 1828, 2e édit., p. 141 et p. 192. Voir aussi le compte rendu de Lenoir dans le même Recueil, année 1826, 2» édit., p. 216.
DES TUMEURS EN GÉNÉRAL
n'a pas découvert les cellules cancéreuses, déjà indiquées parTloyer- Collard, c'est lui du moins qui les a décrites pour la première fois (i). Mais ces travaux partiels manquaient dwdre et d'ensemble; les découvertes se succédaient avec lenteur et les descriptions n'avaient rien deprécis, parce que la langue micrograpliique n'était pas encore formée. Pour activer ces difficiles recherches, il fallait les coordonner, les systématiser et les diriger vers un but commun. Ce fut l'œuvre de Schleiden, de Schwann et de Mullcr qui, reprenant et développant les idées de Raspail et de Royer-Collard, complétèrent et promulguèrent la théorie cellulaire. Schleiden, au commencement de 1838, décrivit l'origine, le développement et les transformations des cellules végétales et en fît le point de départ de la formation de tous les tissus végétaux (2). Schwann, quelques semaines après, soumit
(1) Glugp, Recherches microscopiques sur le fluide contenu dans les cancers encêphaloîdes, dans Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1837, p. 20 (séance du 2 janvier).
(2) On lit partout que le premier travail de Schleiden sur les cellules végétales parut en 1837 ; mais j'ai lieu d'en douter, car, d'une part, dans son mémoire intitulé : Beitrage zur Phijtogenesis, qui parut au plus tôt en février 1838 dans les Archives de MuUer, p. 137, l'auteur ne fait aucune allusion à cette prétendue publication de l'année précédente, et il s'exprime comme s'il exposait ses idées pour la première fois; d'une autre part, ceux qui ont indiqué la source du mémoire de 1837, lequel serait intitulé : Ueber die Bilduny der Pflanzenzelle, ont prétendu qu'il a\ait paru dans les Arcliives de Muller, ce qui est tout à fait inexact. D'ailleurs, Muller, qui connaissait bien son journal, n'a parlé dans sa Physiologie que d'un seul travail de Schleiden, publié en 1838; c'est celui qui est cité plus haut, et qui est seul mentionné dans les ouvrages spéciaux de bibliographie. L'erreur vient probablement de ce que le troisième n° de janvier 1838 des Neue Notizen de Froriep, débute par un mémoire de Schwann, où il est question des recherches déjà publiées de Schleiden. Mais, en y regardant de plus près, on voit que l'auteur renvoie au mémoire publié dans le deuxième cahier des Archives de Muller pour 1838, et il en résulte que par une de ces irrégularités qui ne sont pas rares dans certaines publications périodiques, les numéros de janvier 1838 des Froriep' s Notizen ne parurent qu'un ou deux mois plus tard. Ces explications ne sont [ as sans utilité, parce que le rôle du noyau dans le développement des cellules .avait clé décrit par Valenlin, pour les cellules pigmentaires, en 1836, et que la priorité de cette découverte pa» raît devoir lui être attribuée. Henle n'hésite pas à la lui accorder {Anatomie générale, Irad. fianç. Paris, 1843, t. I, p. 129). Schleiden, en sa qualité de botaniste, n'était pas tenu de connaître le travail de Valentin, mais il ne pouvait pas iguorer les recherches de Raspail, relatives, en partie, à la structure des végétaux, et il est vraiment curieux de voir par quel procédé ingénieux et sommaire, il s'est débarrassé de l'incontestable priorité de ce savant. « Je puis me passer, dit-il [Mûller's Archiv, 1838, p. 138), d'une introduction historique, car, à ma connaissance, on n'a fait jusqu'ici aucune observation directe sur le développement des cellules des plantes. On sait depuis longtemps que les prétendues cellules primitives de Sprcng: ! sont des grains solides d'amidon, et m'occuper du travail de Raspail ne mo .-oinblo