‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 120 sur 158 · ÉLECTRISATION. — PROCÉDÉS · texte numérisé non relu

ÉLECTRISATION. — PROCÉDÉS

action irritante, que, chez plusieurs malades, comme on a pu le voir, les ganglions, avant de se résoudre, ont suppuré.

Gardons-nous cependant d'exagérer l'efficacité de cette méthode; elle a peu de prise sur les tumeurs très-anciennes, et tout permet de croire qu'elle est sans efficacité sur les engorgements tuberculeux des ganglions lymphatiques. Gomme il est souvent difficile, quelquefois impossible de savoir si ces ganglions sont infiltrés ou non de matière tuberculeuse, on est exposé à faire dans beaucoup de cas des tentatives tout à fait infructueuses. Mais ce traitement n€ produit aucune douleur véritable ; la suppuration qu'il provoque quelquefois ne peut être considérée comme un accident sérieux; on peut donc y recourir sans défiance, et je pense qu'avant d'extirper les tumeurs ganglionnaires chroniques qui ont résisté aux traitements ordinaires, il est bon de chercher à en obtenir la résolution partielle ou totale au moyen de l'électrisation.

Le mode d'application de cette méthode n'est sans doute pas indifférent. Sans parler des décharges électriques destinées à donner des commotions plus ou moins fortes, on a employé tour à tour, dans le but de faire résoudre les tumeurs, les étincelles et les aigrettes, les courants galvaniques et les courants induits. Mais ceux qui ont adopté l'un ou l'autre de ces procédés n'ont pas fait leur choix en vue du traitement des tumeurs. Ils ont appliqué aux tumeurs le procédé qui était en vogue de leur temps dans le traitement delà paralysie; or, s'il est probable que le moyen le plus propre à réveiller l'action des nerfs et des muscles est en même temps le plus propre à amener la résolution des productions accidentelles , il faut bien avouer que cela n'est pas expérimentalement démontré.

Ne connaissant aucune série des recherches comparatives faites dans le but de déterminer le meilleur mode d'application de l'électricité dans le cas qui nous occupe, nous serons obligé de faire appel à des considérations théoriques.

Lorsqu'on traite une tumeur par la méthode de l'électrisation, on se propose d'utiliser les propriétés excitantes de l'électricité, et non ses propriétés chimiques. Or, l'action excitante de l'électricité est instantanée, et il faudrait qu'elle fût extrêmement violente pour produire un effet durable, acheté, selon toute probabilité au prix d'une commotion dangereuse. Ce n'est donc pas par l'intensité de la décharge qu'on doit chercher à provoquer dans les tumeurs des changements favorables, et il faut se résigner à n'employer que des appareils d'une force modérée; mais une excitation instantanée pea

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énergique serait fort peu efficace , si l'on n'avait la ressource de la reproduire plusieurs fois de suite dans une seule séance. C'est par la répclilion de cette action légère qu'on peut espérer de transmettre sans danger au tissu des tumeurs une excitation suffisante.

L'ancien procédé des étincelles permettait d'atteindre ce but; mais il était environné de difficultés pratiques fort gênantes. Il exigeait l'emploi d'une machine volumineuse , qu'on ne pouvait transporter chez les malades, et d'ailleurs il n'agissait que faiblement sur les parties profondes. Il fut donc abandonné lorsque la découverte de Volta eut fourni le moyen d'obtenir un dégagement considérable d'électricité avec des appareils plus portatifs. Ce fut alors qu'on substitua aux premiers procédés l'emploi des courants continus, innovation fâcheuse qui eut pour conséquence de rendre l'électrisation beaucoup moins efficace, et de discréditer cette méthode. On n'a pas oublié que les courants continus, seuls capables de prodmre des phénomènes chimiques de quelque importance, n'exercent leur action excitante qu'au moment où l'on ferme le circuit et au moment où on le rompt. On peut, il est vrai, en une seule séance, couper et rétablir le courant un grand nombre de fois, c'est-a-dire que les courants continus peuvent devenir efficaces à la condition d être continuellement interrompus. Mais il s'écoula plus de trente ans avant que cette vérité fût entrevue, et aujourd hui même elle n'est pas suffisamment connue des praticiens. Il n'est donc pas étonnant que les tentatives d'électrisation faites avec les courants galvaniques aient donné des résultats inférieurs à ceux qu on obtenait avant la découverte du galvanisme.

L'application des courants d'induction à la thérapeutique a ouveK, il y a une vingtaine d'années, une nouvelle carrière aux Progrès de réîectrisation. C'est depuis lors seulement que eeltemetho e es fi nitivement entrée dans la pratique, et personne aujourd hmn en contre 1 efficacité dans le traitement de plusieurs affections nerveuses ou mlisculaires. Les courants induits -t instantanés ; ils son e tièrement privés d'action chimique; on les manie on les giadue av cTa p us grande facilité; pouvant être réitérés Pl"-eurs fois p avec la piu g énergiques pour produire dans

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ÉLECTRO-PUNCTURE.

mitres par une expérimentation méthodique, seule capable de résoudre définitivement les questions de pratique.

Il ne suffît pas de choisir l'appareil électrique le plus convenable, il faut encore se préoccuper du mode d'application des conducteurs.

On sait que la peau conduit l'électricité aussi bien que les autres tissus; on sait en outre que, lorsque les deux pôles d'une pile sont mis en contact avec un corps conducteur, le courant, toutes choses égales d'ailleurs, tend à se fermer en suivant le trajet le plus court. On a donc pensé que l'électricité appliquée à la surface de la peau devait concentrer toute son action sur les couches superficielles, et qu'elle devait pénétrer difficilement dans toute l'épaisseur d'une tumeur, môme d'une tumeur sous-cutanée. Quoique les belles recherches de M. Duchenne (de Boulogne) sur l'électrisation localisée des muscles aient montré que les courants, appliqués avec les précautions convenables à l'aide de conducteurs humides, peuvent pénétrer dans les chairs jusqu'à une assez grande profondeur, il est clair qu'il serait avantageux de pouvoir agir spécialement sur le tissu des tumeurs, sans perdre dans les téguments une partie considérable, et indéterminée, de l'électricité dégagée par l'appareil.

C'est dans ce but que Sarlandières, en 1825, avait imaginé l'électropuncture (1). Il ne s'en servait que pour agir plus directement sur les nerfs dans les cas de névrose ou de paralysie. Mais d'autres, après lui, l'appliquèrent au traitement des tumeurs. Lorsqu'on se propose de modifier l'état chimique des parties situées sous la peau, ce moyen jouit d'une supériorité incontestable. Mais, n'envisageant ici l'électricité qu'au point de vue de son action stimulante, je considère l'électro-puncture comme un procédé peu efficace lorsque la dose d'électricité employée est légère (ce qui n'a pas besoin- d'être démontré), et défectueuse lorsqu'elle est plus forte, car alors l'électricité, exerçant une action très-considérable sur le trajet des aiguilles et infiniment moins intense sur le reste de la tumeur, produit dans celle-ci des foyers d'irritation qui augmentent beaucoup les chances de la suppuration. On a vu que plusieurs abcès se formèrent chez le malade que M. Massé traita par l'électro-puncture.

Je pense donc que l'électro-puncture ne mérite pas la préférence que quelques praticiens lui ont accordée. D'ailleurs, si l'on craignait que l'électricité ne pénétrât pas suffisamment dans l'épaisseur des tumeurs, parle procédé ordinaire de l'électrisation simple, on pourrait se servir des excitateurs de M. Boulu. Ce sont deux demi-dis-

(1) Sarlandières, Mémoires sur l'éledro-imncture, et sur l'emploi du moxa japonais. Paris, 1825, in-S, I vol. de 150 pages.

APPLICATION DE l'ÉLECTRICITÉ .

qiies mclalliques à surface granulée ou garnie de pointes mousses et supportés par une plaque d'ivoire, h laquelle un manche est adapté. Les deux disques sont fortement appliqués sur les deux côtés de la tumeur, comme si on voulait la pédiculer ; puis on les met en communication avec les deux rhéophores d'un appareil d'induction, et l'électricité, passant par le plus court chemin d'un demi-disque à l'autre, traverse directement le tissu de la tumeur.

J'ai fait allusion plus haut à un procédé aujourd'hui abandonné, qui consiste à faire pénétrer l'électricité dans l'organisme sous forme de décharge (bouteille de Leyde), Ce procédé est connu sous le nom de commotion électrique. Il n'en est pas de plus défectueux. La commotion agit sur l'ensemble de l'organisme. Elle exerce sans doute une action plus forte sur les points qui reçoivent la décharge et la transmettent au reste du corps : c'est ainsi, par exemple, que la foudre produit quelquefois de très-graves lésions locales sans déterminer immédiatement la mort. Mais tout permet de croire qu'une commotion assez forte pour modifier d'une manière durable l'état d'une tumeur serait extrêmement dangereuse. Je ne parlerais donc pas de ce procédé, qui est illusoire quand la commotion est faible, périlleux quand elle est plus énergique, et que je repousse par conséquent d'une manière absolue, s'il ne me paraissait intéressant de mentionner à ce propos un singulier effet de la foudre. Le docteur Easton a publié l'observation d'une dame qui, ayant eu le bonheur de survivre à un coup de foudre, fut délivrée peu de temps après d'une tumeur squirrheuse qui avait résisté aux traitements ordinaires (1). Le journal The Lance t rapporte que le nommé Reuben Stephenson, de Langloss, fut foudroyé avec ses chevaux, qui furent tués. Il en réchappa à grand'peine, et resta malade pendant quelque temps. Le docteur Allison, de Bridlington, appelé à lui donner des soins, lui proposa de l'opérer d'un cancer de la lèvre inférieure (a malignant cancer of the under lip), dont le début remontait déjà à une époque assez éloignée. La proposition fut acceptée, et il fut convenu que l'opération serait pratiquée lorsque la santé générale du malade serait bien rétablie. Mais, quand le jour fut venu, M. Allison remarqua que la tumeur de la lèvre avait sensiblement diminué ; il se décida donc à attendre; la résorption continua à s'clfecluer, et au bout de peu de temps l'homme fut complètement guéri ( 2). Les journaux politiques ont plusieurs fois annoncé des faits semblables;

(1) Walshe, On Nature and Treulment of Cancer. Lond., 184G, in-8, p. 206.

(2) The Lancel, 6 oct. 1866, vol. H, p. 334.

GALVANISATION. EFFETS CHIMIQUES. 471

j'ai cité ceux qui précèdent parce qu'ils ont été observés par des médecins.

On sait que la perturbation profonde produite par l'action de la foudre, chez les individus qui y survivent, a plusieurs fois eu pour conséquence de modifier avantageusement la constitution, de changer en quelque sorte le tempérament, et de guérir des maladies invétérées (1). Est-ce à un effet de ce genre qu'il faut attribuer la résolution des tumeurs dont nous venons de parler? C'est possible, mais il est possible aussi que l'action locale de la foudre ait directement modifié la structure des tissus pathologiques, au point de dénaturer leurs éléments et de les rendre accessibles à l'absorption.

§ 2. — Galvanisation et galvano-puncture.

La galvanisation est la méthode qui a pour but de faire subir aux tissus ou aux liquides de l'économie l'action chimique de l'électricité.

Pour obtenir cette action chimique, on est obligé d'employer des courants continus, dégagés, soit par la pile de Volta, soit par des piles à un ou à deux liquides.

Tout courant continu, dégagé par une pile dont la tension est assez forte pour surmonter la résistance des tissus, produit des phénomènes chimiques qui se passent probablement dans toute l'étendue du courant, mais qui se manifestent exclusivement aux deux pôles, ou plutôt aux deux points où lesrhéophores sont mis en contact avec les tissus.

Lorsqu'on plonge dans l'eau pure deux aiguilles de platine communiquant avec la pile, l'oxygène se porte au pôle-j-, l'hydrogène au pôle — , et ces deux gaz se dégagent sous forme de bulles. Aucun dégagement n'a lieu dans l'intervalle qui sépare les aiguilles, et l'eau qui reste dans le vase, après la cessation du courant, n'a subi aucune altération chimique. Il est bien certain cependant que les molécules d'eau, interposées entre les deux aiguilles, ont éprouvé des modifications continuelles pendant toute la durée du courant; car les produits gazeux, résultant de la décomposition des molécules d'eau touchées par les aiguilles, au lieu de se dégager ensemble au niveau de chaque aiguille, se sont dégagés simultanément, mais séparément, tout l'oxygène sur l'aiguille positive, tout l'hydrogène sur l'aiguille négative. De deux choses l'une par conséquent : ou bien les molécules de l'eau intermédiaire ont été continuellement traversées

(1) Voy. Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. Pari?, 1837, in-8, t. I, p. 500.

APPLICATION DE l'ÉLECTRICITÉ .

en deux sens opposés i ar ces gaz, atlirés vers leurs pôles respectifs; ou bien, ce qui est infiniment plus probable, ce qui est m6me à peu près démontré, les gaz n'ont pas été transportés, et chacune des molécules de l'eau intermédiaire a sans cesse échangé ses éléments constituants avec les molécules voisines, pendant toute la durée du courant (1). Dans l'une ou l'autre hypothèse, on est obligé d'admettre que les conducteurs liquides, traversés par un courant continu, ne sont pas en repos comme ils paraissent l'être. Les phénomènes chimiques appréciables se manifestent seulement aux deux points d'immergence des conducteurs; mais ces phénomènes ne peuvent se produire qu'à la faveur d'un transport ou d'un échange de matière, qui s'efTectue dans toute l'étendue du liquide interposé.

Lorsqu'on répète l'expérience sur une solution saline, le sel est décomposé en même temps que l'eau; l'acide se porte au pôle positif, la base se porte au pôle négatif. On constate aisément ce double phénomène avec les papiers réactifs; et l'on constate en outre que le liquide reste neutre entre les deux pôles, lorsqu'ils sont suffisamment éloignés l'un de l'autre. Ainsi, comme dans le premier cas, l'action chimique ne se manifeste qu'autour des pôles, et le liquide interposé ne subit pas de décomposition; mais il faut de toute nécessité que les molécules de ce liquide soient continuellement le siège d'un transport ou d'un échange de matière.

Maintenant, supposons que les deux conducteurs de la pile, au Heu d'être immergés dans un liquide, soient appliqués sur un tissu organique humide, comme un fragment de muscle ou de peau. Lorsque la tension de la pile est assez forte pour que le courant puisse aisément passer, des phénomènes chimiques plus ou moins évidents, mais toujours appréciables au moyen du papier réactif, se manifestent aux deux pôles, et, suivant l'énergie du courant, on observe au niveau de ces pôles tous les degrés intermédiaires, depuis une légère réaction, acide au pôle -f-, alcaline au pôle—, jusqu'à la désorganisation complète des parties qui sont en contact immédiat avec

(2) Pour mieux faire saisir cette explication, qui est due à Grotthus, et qui est seule compatible avec les expériences, nous supposerons que le courant traverse du

pôle + au pôle — une série de molécules contiguës, nommées a, b, c x, y^z.

La molécule a en contai t avec le pôle + est décomposée ; son oxygène se dégage; son hydrogène se combine avec l'oxygène de la molécule b pour donner une molécule a'; l'hydrogène de b se combine aussitôt avec l'oxygène de c pour donner une molécule b', et ainsi de suite, jusqu'à la dernière molécule z dont l'hydrogène se dégage sur l'aiguille négative ; il résulte de cet éc!.an;;e continuel que les éléments des molécules intermédiaires se renouvellent continuellemeni pendant toute la durée du courant, sans que la composition chimique de ces molécules soit altérée.

GALVANISATION. EFFETS CHIMIQUES. 473

les deux conducteurs. Les parties intermédiaires, au contraire, conservent sans altération leur structure et leur composition chimiques; mais, comme dans les cas plus simples que nous avons d'abord pris pour exemples, on est obligé d'admettre que ces parties n'ont pas joué le rôle de simple conducteur, et que, pendant la durée du courant, elles ont laissé passer, ou échangé de proche en proche, les éléments de l'acide et de l'alcali qui sont mis en liberté autour de leurs pôles respectifs.

Sur le vivant, l'expérience donne le même résultat; en choisissant une pile assez forte en tension et en intensité (1), et en faisant pénétrer les courants dans les tissus par des surfaces très-petites, on produit, au niveau des points d'application, des phénomènes chimiques évidents. Mais ceux-ci ne peuvent être constatés que lorsqu'ils sont très-intenses, c'est-à-dire lorsqu'ils aboutissent à la désorganisation du sang ou des tissus qui sont en contact avec les pôles. Une action chimique moins énergique ne laisse pas de lésions durables; si l'acide qui se porte au pôle positif n'est pas assez concentré pour altérer analomiquement les tissus voisins, l'interruption du courant laisse les parties dans un état qui ne tarde pas à redevenir normal; l'équilibre se rétablit tout aussi promptement au niveau du pôle négatif, et l'action chimique ne peut être constatée. Si le courant est plus fort, et continué plus longtemps, les phénomènes chimiques peuvent produire au niveau des pôles une modification locale, suivie de réaction inflammatoire; mais l'action chimique, ici encore, n'est que passagère; ce n'est pas sur l'état anatomique des parties qu'elle exerce son influence, elle n'est qu'une cause d'irritation, et les lésions qui peuvent lui succéder n'ont rien de spécial. Somme toute, cette action n'est manifeste que lorsqu'elle est poussée à l'extrême, c'est-à-dire jusqu'à la désorganisation des éléments anatomiques.

Mais, quelles que soient les conditions où l'on se place, pourvu que l'électricité passe à travers les tissus, sur le vivant comme sur le cadavre, les courants continus ne peuvent pas ne pas produire des effets chimiques. Nous dirons tout à l'heure quelles sont les conditions propres à rendre ces effets plus ou moins énergiques; nous voulons seulement constater ici que, forts ou faibles, ils sont constants, qu'ils sont semblables aux phénomènes de la décomposition de l'eau pure ou salée, et que, comme ces derniers, ils se réalisent

(I) L'intensité d'une pile est proportionnelle à la surface de l'un quelconque de ses éléments. La tension est proporlionnelle au nombre des éléments. C'est par la tension que le courant surmonte la résistance des corps peu conducteurs. A tension égale, les effets chimiques sont proportionnels à l'intensité delà pile.

APPLICATION DE l'ÉLECTRICITÉ .

autour des pôles. Mais, comme ces derniers aussi, ils produisent nécessairement, dans les parties comprises entre les pôles, un transport ou un échange de matières, qui s'etTectue de molécule en molécule, et sans lequel les phénomènes qui se passent autour des pôles seraient impossibles.

Supposons que deux aiguilles de platine soient plongées dans une tumeur, et mises en communication avec les deux pôles d'une forte pile. Au bout de quelques minutes, il y aura une eschare autour de chaque aiguille; les éléments analomiques compris dans ces deux eschares seront désorganisés, et le sang des vaisseaux qui traversent l'eschare du pôle positif sera coagulé. Si la mortification du tissu dépend exclusivement de l'action respective des acides et des bases respectivement concentrés autour de chaque aiguille, ou si elle ne dépend pas aussi, en grande partie, d'une cause toute différente, c'est une question que j'ai étudiée ailleurs (1), et qu'il ne conviendrait pas d'examiner ici. Mais, ce qui n'est pas contestable, c'est que la coagulation de l'albumine du sang dans l'eschare du pôle positif (2) est due uniquement à l'action des acides qui se portent vers ce pôle. Il est donc certain qu'un ou plusieurs acides ont été mis en liberté autour de l'aiguille positive, que leurs bases se sont portées vers l'aiguille négative, et que les parties intermédiaires ont subi, de molécule en molécule, une perturbation qui a commencé et fini avec le courant. Si la tumeur, par exemple, est composée de cellules, on peut considérer le conducteur humide interposé entre les deux pôles comme formé d'une série de cellules contiguës, chacune d'elles empruntant et prêtant à ses voisines, pendant toute la durée du courant, les éléments des corps électro^négatifs et des corps électro-positifs qui se rendent ou plutôt se groupent, ceux-ci autour du pôle négatif, ceux-là autour du pôle positif.

Jusqu'à quel point cette perturbation moléculaire qui, sans porter atteinte à la composition chimique des éléments organisés, amène du moins très-probablement pour chacun d'eux, par voie d'échange réciproque, le renouvellement d'une partie de leur substance, jusqu'à quel point, dis-je, cette perturbation peut-elle modifier leurs propriétés vitales? C'est une question que je ne chercherai pas àxésoudre parle raisonnement, et que je me propose seulement de signaler h l'attention des expérimentateurs. Il est possible qu'après la

(1) Bioca, Des anéorysmes et de leur traitement. Paris, 185G, in-8. 2* partie, chap. XIV, Galvano-puncture, p. 33J-34I. ,

(2) Je ne parle pas de la coagulation de la fibrine qui, selon toute probabdite, n'est pas duc à une action chimique. Voy. loc. cit., p. 3:il à 325.

GALVANISATION PROLONGÉE.

cessation du courant la vitalité des élémenls organisés soit modifiée, comme il est possible aussi qu'elle ne le soit pas. Il est possible encore que certains éléments anatomiques résistent mieux que d'autres à cette action du galvanisme, que les éléments pathologiques y soient plus accessibles que les éléments normaux, qu'enfin les diverses espèces d'éléments pathologiques soient, sous ce rapport, inégalement partagées. Autant de questions que la théorie ne peut pas même aborder, et de la solution desquelles dépend en grande partie l'avenir du galvanisme. Depuis que le peu d'efficacité des courants continus, considérés comme agents d'excitation, a été reconnue, on a presque entièrement renoncé à la galvanisation, en réservant cette méthode pour les cas spéciaux où l'on veut obtenir au niveau des pôles une action chimique violente, comme une coagulation ou une escharification. Mais il n'est nullement démontré que l'action plus légère d'un courant continu, appliqué de manière à respecter la structure anatomique des parties, soit incapable de modifier les propriétés et la nutrition des tissus. Il y a deux ans, M. Legouest communiqua à la Société de chirurgie l'histoire d'un sous-officier qu'il avait guéri d'un torticolis intermittent (i), à l'aide d'un courant continu fourni par un seul couple de Daniell, et très-faible par conséquent, puisque la tension était réduite au minimum; mais ce courant, qui ne produisait aucune sensation, était maintenu sans interruption douze heures par jour. Dès le troisième jour l'amélioration se manifesta; au bout de douze jours la guérison était parfaite (2). Lorsque le fait fut présenté à la Société de chirurgie, des doutes s'élevèrent sur la cause de la guérison. M. Bouvier fit remarquer que la pile était bien faible, il se demanda si la guérison n'avait pas simplement coïncidé avec une électrisation qui lui paraissait à peu près illusoire, et je pensai comme lui que le courant fourni par un seul couple de Daniell était incapable d'agir comme excitant sur les muscles. Il était certain d'ailleurs que l'application du courant n'avait produit sur le malade de M. Legouest ni sensation ni contraction ; nous étions donc autorisés à faire des réserves sur la signification d'un fait qui était en contradiction avec les idées régnantes sur le mode d'action de l'électricité. Mais aujourd'hui, ayant été

(1) C'est le nom sous lequel cette affection est désignée; mais le mot intermittent ne doit pas faire croire que la maladie fût sujette à reparaître à certaines époques. La tête était droite lorsque le malade était au repos ; et le torticolis se produisait spasmodiquement dès qu'il commençait à marcher. Cet état durait depuis dix-huit mois et avait résisté à tous les traitements.

(2) Bulletins de la Société de chirurgie, I8CI, 2" série, t. II, p. 234 et 420

APPLICATION DE l'ÉLECTRICITÉ .

conduit par l'étude du traitement des tumeurs à distinguer le mode d'action de Vélectrisation, de celui de la galvanisation, je n'ai plus aucune raison théorique pour mettre en doute la possibilité d'agir avec efficacité sur la constitution des tissus, à l'aide d'un courant continu, trop faible même pour agir comme excitant; et je trouve môme extrêmement probable que la guérison du malade de M. Legouest a été due aux modifications que le tissu musculaire a éprouvées, sous l'influence d'une galvanisation faible, mais très-longtemps prolongée.

11 y aura donc lieu^ je pense, de chercher si la méthode de la galvanisation prolongée, pratiquée avec des courants peu énergiques €t trop faibles pour produire môme de la douleur et des contractions musculaires, ne pourrait pas modifier aussi le tissu de certaines tumeurs, à la faveur des perturbations moléculaires que la théorie nous oblige à considérer comme la conséquence nécessaire de l'action chimique des courants continus.

Occupons-nous maintenant des phénomènes chimiques évidents et durables qui se passent au niveau des pôles. Aussi bien ce sont les seuls qui aient été étudiés jusqu'ici, et qui aient été utilisés dans la thérapeutique.

Ces phénomènes, quoique dépendant d'une même cause, doivent être considérés séparément. Ce sont : la coagulation du sang, et la désorganisation des tissus. De là découlent deux applications bien distinctes de la méthode de la galvanisation, suivant qu'on se propose de provoquer l'oblitération d'une tumeur vasculaire, ou de détruire en totalité ou en partie le tissu d'une tumeur solide.

Mais, avant de parler de ces applications, nous devons chercher les conditions propres à produire dans les solides ou dans les liquides du corps des altérations chimiques aussi profondes, car, s'il est vrai que tout courant continu produise dans les conducteurs humides des actions chimiques, il n'est pas moins vrai que ces actions sont souvent trop légères pour désorganiser le sang ou les éléments anatomiques.

Considérée dans son ensemble, l'action chimique exercée par le <;ourant galvanique sur les tissus qui sont mis en contact avec les conducteurs de la pile, est proportionnelle à l'activité du courant qui traverse ces tissus; mais, considérée en un point déterminé, elle est proportionnelle seulement à la quantité d'électricité qui passe par ce point. Il en résulte qu'à courant égal l'altération chimique des tissus autour de chaque conducteur est d'autant plus rapide et d'autant plus grave que la surface de contact est plus petite (1).

(I) Je dis à courant égal, et non avec la même pile, attendu que, lorsqu'on réduit la surface de contact, on augmente la résistance que les tissus opposent au passage

GALVANO-PUrsCTURE. ACTION CAUSTIQUE. 477

Ainsi, lorsque l'étendue du contact est deux fois plus considérable au pôle positif qu'au pôle négatif, la quantité d'électricité qui s'écoule à chaque point de contact est deux fois plus grande autour de ce dernier pôle, et, quoique l'action chimique, considérée dans son ensemble, soit équivalente autour des deux pôles, elle produit une altération beaucoup plus forte dans les tissus qui sont en contact avec le pôle négatif.

La gravité de l'altération chimique, toutes choses égales d'ailleurs, est donc en proportion inverse de la surface mise en communication avec les rhéophores; de là résulte la possibilité d'obtenir la désorganisation des tissus ou la coagulation du sang avec des courants d'une force modérée, en réduisant, autant que possible, l'étendue de la surface de contact.

Quelque grande que soit cette surface, il serait toujours possible de construire une pile donnant un courant assez fort pour désorganiser les tissus; mais la secousse produite par l'irruption d'un pareil courant serait mortelle, ou du moins très-dangereuse. Ce n'est donc pas en augmentant la force du courant, mais en diminuant la surface d'application, qu'on peut arriver à obtenir par la galvanisation les effets chimiques qu'onveut produire.

On remplit cette indication au moyen de la galvano-puncture.

La galvano-puncture a un autre avantage. On a vu que l'action chimique proprement dite ne se manifeste qu'au contact des pôles. Sans le secours de la galvano-puncture, on ne pourrait donc agir que sur la peau. Sans elle, il serait impossible de faire coaguler le sang dans un vaisseau, ou de produire une eschare dans le tissu d'une tumeur.

Mais, en réduisant ainsi l'étendue de la surface de contact, on augmente considérablement la résistance des conducteurs, et, pour vaincre cette résistance, on est obligé d'augmenter la tension de la pile.

Cela posé, on s'est servi de la galvano-puncture pour remplir deux indications bien distinctes : 1° pour faire coaguler le sang dans les tumeurs sanguines (anévrysmes, varices, tumeurs érectiles); 2° pour désorganiser le tissu des tumeurs solides.

Je glisserai rapidement sur celte dernière indication. Crusell, de Saint-Pétersbourg, avait espéré que le courant continu, porté par

de l'électricité; on diminue, par conséquent, la force du courant; pour rendre au courant son énergie première, c'est-à-dire pour .faire écouler dans un temps donné une quantité d'électricité égale, il faut vaincre la résistance des conducteurs en augmentant non Vinieixsité, mais la tension de la pile; non l'étendue, mais le nombre de ses éléments.

APPLTCATION DE l'ÉLECTRICITÉ.

des aiguilles jusqu'au centre des tumeurs solides, pourrait non-seulement produire rapidement des eschares autour des aiguilles, mais encore, à la longue, modifier les éléments anatomiques dans une étendue considérable. Autour du pôle négatif, ces éléments, dissous par les alcalis, devaient s'écouler le long de l'aiguille, et des tumeurs volumineuses, môme des cancers du sein, devaient être détruites et enlevées molécule à molécule par celte méthode. Ces prévisions théoriques, énoncées dans les premières communications de Crusell aux Académies de Saint-Pétersbourg et de Paris, ne se réalisèrent pas. Crusell lui-même ne tarda pas à renoncer à sa méthode, qui mériterait à peine d'être mentionnée si les tentatives infructueuses de l'auteur n'avaient été le point de départ de ses travaux sur la galvano-caustie, méthode toute différente, dont il sera question plus loin.

L'idée de faire dissoudre les éléments des tumeurs par l'action chimique de la pile n'a aucun avenir. Cette dissolution ne pourrait en aucun cas se produire au pôle positif où se portent les acides, qui sont coagulants. Les alcalis se portent à l'autre pôle, et on sait que la plupart des tissus peuvent se dissoudre, plus ou moins promptement, dans les alcalis concentrés ; mais dans la galvano-puncture , telle qu'on peut la pratiquer sur l'homme vivant, ces alcalis ne sont jamais assez concentrés pour produire un pareil résultat.

La galvano-puncture, pratiquée suivant les indications de Crusell, ne peut donc avoir d'autre conséquence que de produire des eschares, dont il faut ensuite attendre l'élimination, comme si ces eschares avaient ét éobtenuesà l'aide d'une pointe de feu ou d'un fil enduit de caustique. Mais l'épaisseur de ces eschares est-elle du moins assez considérable pour que le tissu d'une tumeur puisse être détruit en totalité ou seulement en grande partie? S'il en était ainsi, la méthode de Crusell pourrait peut-être, dans certains cas particuliers, remplir des indications utiles. Mais il résulte des expériences que j'ai faites sur les animaux, que l'épaisseur des eschares n'est en proportion directe ni avec la force ni avec la durée du courant. Étant donné un courant Capable de produire une eschare, celle-ci au bout de quinze à vingt minutes a atteint une épaisseur qu'elle ne dépasse pas sensiblement lorsqu'on prolonge l'expérience pendant une heure. Voilà pour la question de durée. Pourra-t-on du moins avec des courants de plus en plus forts (jusqu'à la limite de la prudence) obtenir des eschares de plus en plus épaisses? Je crois pouvoir répondre négativement à cette question. L'épaisseur de Tcschare s'accroît sans aucun doute avec la force du courant, mais non en proportion de cette force. On produit aisément avec des courants modérés des es-

GALVANO-PUNCTURE .

— ACTION COAGULANTE. 479

chares de deux à trois millimètres d'épaisseur ; si alors on double le nombre des éléments, c'est-à-dire la tension de la pile, l'escbare ne s'étend pas même d'un millimètre. Pour obtenir une eschare épaisse d'un centimètre, il faudrait employer des piles d'une force formidable. La méthode de Crusell ne peut donc être acceptée dans le traitement des tumeurs de quelque volume, et, pour les petites tumeurs, elle est évidemment inférieure à plusieurs autres méthodes infiniment plus simples.

J'ai pourtant guéri par ce moyen, sans le vouloir, une tumeur érectile grosse comme une petite amande, qui occupait presque toute l'étendue de la lèvre supérieure d'un enfant encore à la mamelle. Mon regrettable collègue Jamain m'avait adressé cet enfant à l'hôpital des Cliniques, oii je remplaçais M. Nélaton. La tumeur faisait des progrès rapides. Je me décidai à la traiter par la galvano-puncture, espérant obtenir seulement la coagulation du sang. J'enfonçai dans la tumeur quatre aiguilles, dont trois furent mises en communication aveç le pôle positif d'une pile de Volta; la quatrième aiguille communiquait seule avec le pôle négatif. Les disques n'avaient que quarante-trois millimètres de diamètre, et, avec une aussi faible intensité, j'avais cru pouvoir porter la tension jusqu'à cinquante couples. C'était beaucoup trop. Avant que la coagulation du sang fût complète, je m'aperçus qu'une eschare s'était produite autour de la pointe de l'aiguille négative, qui arrivait jusqu'à une très-petite distance de la peau. Je m'arrêtai aussitôt. L'escbare paraissait d'abord assez mince, mais dès le lendemain je pus m'assurer qu'elle avait quatre millimètres de diamètre. Lorsqu'elle se détacha, elle laissa une cavité large et profonde; et le reste de la tumeur se modifia si bien pendant la cicatrisation, que la lèvre de l'enfant revint peu à peu à son volume normal. Cette tumeur avait guéri comme elle aurait pu le faire si je l'avais lardée avec une flèche de chlorure de zinc.

M. Ciniselli de Crémone a détruit de la môme manière un névrôme de la jambe dont le volume n'est pas indiqué (I).

La seconde indication de la galvano-puncture est beaucoup plus importante. Elle concerne exclusivement les tumeurs sanguines et repose sur l'action coagulante de l'électricité.

J'ai consacré, dans mon Traité des anévrysmes, un long chapitre à la galvano-puncture, et je prendrai la liberté d'y renvoyer le lecteur: je ne présenterai ici que le résumé des recherches que j'y ai consignées.

(1) Bull, de la Soc. de chirurgie, 2» série, t. I, p. 4:1 (I8G0\

APPLICATION DE l'ÉLECTRICITÉ.

Lorsque deux aiguilles, communiquant avec les pôles d'une pile suffisamment forte, sont immergées dans un vase rempli de sang défibriné, on voit aussitôt paraître autour de l'aiguille négative une sorte de mousse dil'fluenle, formée de bulles gazeuses très-petites et due au dégagement de l'hydrogène; autour de l'aiguille positive, l'oxygène se dégage sous forme de bulles beaucoup plus grosses et infiniment moins nombreuses. Si le métal des aiguilles est oxydable, il peut se faire que l'oxygène du pôle positif se combine entièrement avec l'aiguille, et alors le dégagement de gaz n'a lieu qu'au pôle négatif.

Bientôt un caillot d'un rouge noirâtre se dépose autour de l'aiguille positive; mais, quelle que soit la durée du courant, aucune coagulation ne se produit sur l'autre aiguille.

Le dégagement des gaz est le résultat de la décomposition de l'eau; la coagulation est la conséquence de la décomposition des sels neutres du sang, et notamment du chlorure de sodium, dont l'acide se porte au pôle positif; c'est cet acide qui coagule l'albumine du sang.

Lorsqu'on introduit les deux aiguilles dans les vaisseaux d'un animal vivant, le résultat est plus complexe. Le sang vivant renferme de la fibrine, qui se coagule au pôle positif en même temps que l'albumine; cette coagulation de la fibrine n'est probablement pas un phénomène chimique, car elle s'effectue aussi au pôle négatif, où les conditions chimiques sont inverses. Ainsi, sur le vivant, il se forme un caillot autour de chaque aiguille, et, en outre, le caillot du pôle positif est plus gros et plus solide que lorsqu'on opère sur du sang défibriné.

M. Slrambio, plus tard MM. Baumgarten et Wertheimber, ayant reconnu que, sur le sang défibriné, la coagulation ne se fait qii'autour de l'aiguille positive, et n'ayant pas tenu compte de la coagulation fibrlneuse, ont conseillé de simplifier l'opération de la galvanopuncture, en ne poussant dans la tumeur sanguine que la seule aiguille positive, et en appliquant simplement à la surface de la peau le conducteur du pôle négatif. Ce procédé, connu sous le nom de mono-galvnno-puncture, est ingénieux sans doute, mais il fait perdre le bénéfice de la coagulation fibrineuse qui s'effectue sur l'aiguille négative, dans le procédé ordinaire. Je le considère donc comme inférieur à ce dernier.

Le but qu'on se propose d'atteindre est de coaguler le sang, soit dans une poche anévrysmale, soit dans une veine dilatée, soit enfin dans les innombrables petits vaisseaux, dans l'espèce d'éponge sanguine qui constitue les tumeurs érectiles. On désire obtenir une

GALVANO-PUNCTURE. — CAUSES DES ESCHARES. 481

coagulation aussi étendue que possible; mais le courant qui fait coaguler le sang agit en outre sur les tissus traversés par les aiguilles, et tend à les désorganiser. On est donc exposé à produire des eschares. Cet accident, qui, dans certains cas, peut avoir des suites trèsfâcheuses, a toujours au moins l'inconvénient de provoquer la suppuration et de laisser des cicatrices. On doit donc chercher à l'éviter, et on peut dire que l'avenir de la galvanopuncture dépend du succès de cette recherche.

Afin de soustraire à l'action du courant les tissus traversés par l'aiguille, M. O'Shaugnessy d'abord, ensuite et surtout M. Pétrequin, ont emplo3^é des aiguilles enduites, jusque près de leur pointe, d'un vernis isolant de laque ou de résine. Mais cette précaution est insuffisante, car M. Pétrequin lui-même a plusieurs fois produit des eschares. Il faut croire que le vernis s'écaille et laisse passer l'électricité; on ne s'en étonnera pas si l'on songe que ce vernis doit être très-mince, et qu'il est soumis à un frottement assez fort au moment où l'on introduit l'aiguille. II est certain toutefois que les aiguilles vernies diminuent les chances de l'eschariflcation ; elles doivent donc recevoir la préférence dans le traitement des anévrysmes et des varices. Alors, en effet, la pointe des aiguilles pénètre dans une cavité spacieuse, et la partie non vernie peut être enfoncée de manière à n'être en contact qu'avec le sang. Mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'une tumeur érectile; ici les aiguilles, dans toute leur longueur, traversent alternativement des cavités vasculaires et des tissus organisés. Si donc l'on vernit une partie de ces aiguilles, il arrive de deux choses l'une : ou bien le vernis s'écaille, et alors la précaution est inutile ; ou bien le vernis ne s'écaille pas, et alors les téguments échappent bien à l'eschariflcation, mais celle-ci se produit autour de la pointe des aiguilles, c'est-à-dire au centre de la tumeur, et les eschares qui en résultent, ne communiquant pas avec l'extérieur, ne peuvent être éliminées qu'après avoir provoqué la formation d'un abcès; circonstance plus fâcheuse que si les téguments avaient été mortifiés du premier coup. J'ajoute que la ligne de démarcation entre la partie vernie et la partie non vernie est difficile à voir sur une aiguille libre, et impossible à déterminer sur une aiguille introduite dans les tissus. Le hasard seul peut faire que cette ligne de démarcation coïncide exactement avec les limites de la tumeur. Par conséquent, sous peine de mettre les téguments en contact avec la partie non vernie, on est obligé d'enfoncer l'aiguille assez profondément pour qu'une certaine longueur de la partie vernie pénètre dans la tumeur; et, à moins que celle-ci ne soit très-

APPLICATION DE l'ÉLECTRICITÉ.

volumineuse, cela ne peut se faire qu'en vernissant l'aiguille jusque très-près de la pointe. Il en résulte cette double conséquence, que les couches superficielles de la tumeur échappent k la coagulation, et que l'électricité, se dégageant seulement par la pointe, et agissant avec une énergie inversement proportionnelle à la surface de dégagement, concentre toute son action sur une très-petite étendue de tissus. Ainsi les chances de l'escharification sont accrues, en même temps que l'étendue de la coagulation est diminuée. Et cela suffit, je pense, pour m'autoriser à dire que les aiguilles vernies ne doivent pas être employées dans le traitement des tumeurs érectiles.

Faut-il donc renoncer à l'espoir d'utiliser la galvano-puncture, comme agent de coagulation, sans s'exposer à produire des eschares? Ces deux phénomènes, savoir : la coagulation qu'on veut obtenir, et l'escharification qu'on voudrait éviter, sont-ils inséparables? L'expérience permet déjà de répondre qu'ils ne le sont pas. La galvanopuncture a été pratiquée un grand nombre de fois, et la coagulation a été obtenue dans beaucoup de cas sans aucune escharification. Il ne s'agit plus que de déterminer les conditions propres à transmettre aux tissus des courants appropriés à l'indication qu'on veut remplir. Les faits publiés ne peuvent malheureusement pas nous guider avec précision dans cette recherche. Des résultats en apparence contradictoires se sont montrés dans des conditions en apparence semblables; mais pour interpréter convenablement chacun de ces faits, il faudrait connaître exactement la surface, le nombre des éléments de la pile, le volume, la nature, le nombre et la distance des aiguilles; il faudrait en quelque sorte avoir les instruments sous les yeux, ou môme avoir assisté à l'opération, car les observations les plus complètes fourmillent de lacunes sur ces détails essentiels.

L'expérimentation sur les animaux pourra seule conduire à la solution du problème qui nous occupe. J'ai fait, il y a sept ans, avec M. Jules Regnauld, aujourd'hui professeur à la Faculté de médecine, un certain nombre d'expériences que j'ai depuis lors répétées et variées. Je ne suis pas encore en mesure de lever toutes les difficultés. On me permettra néanmoins d'exposer ici, à titre de renseignements, quelques-unes des remarques que j'ai pu faire.

La coagulation de l'albumine dépend exclusivement de l'action chimique du courant. Il ne m'est pas démontré que cette action chimique soit la cause unique de la production des eschares; mais elle y contribue du moins dans une certaine proportion. Ces deux effets dépendent donc, en tout ou en partie, d'une cause commune. Tout courant assez fort pour produire une eschare dans certauies

GALVANO-PUNCTURE. —

CAUSES DES ESCIIARES. 483

conditions d'application, coagule nécessairement, dans les mômes conditions, l'albumine du sang qui est en contact avec les aiguilles. Mais la réciproque n'est pas vraie. 11 faut un courant plus fort, ou, pour mieux parler, il faut une action chimique plus forte pour désorganiser les tissus que pour coaguler le sang. Il s'agit donc de faire descendre l'action chimique au-dessous du degré qui desorganise les tissus, sans la faire descendre au-dessous du degré qui coagule le sang.

Ce but peut ôtre atteint de deux manières : soit par le choix de la pile, soit par le choix du procédé d'application.

Attribuant la formation des eschares à réchauffement des aiguilles, M. Pétrequin a donné la préférence aux piles à petits éléments, et particulièrement à la pile à colonne de format ordinaire; on sait, en elîet, que les piles à grands éléments sont seules capables de dégager, dans un temps donné, assez d'électricité pour chaufler fortement un conducteur métallique. Mais lorsqu'un corps non métallique, et par conséquent mauvais conducteur, est interposé entre deux rhéophores, la quantité d'électricité qui traverse les conducteurs n'est jamais suffisante pour en élever la température à un degré appréciable. Les eschares ne sont donc pas dues à la chaleur. Dès lors, le motif qui a dirigé le choix de M. Pétrequin est tout à fait sans valeur.

Les eschares ne dépendent pas de l'intensité de la pile, mais de sa tension. C'est par la tension, c'est-à-dire par le nombre des éléments, que le courant, quelle qu'en soit la source, devient capable de s'échapper par la pointe des aiguilles, et de vaincre ensuite la résistance des corps mauvais conducteurs, en traversant les liquides ou les tissus. La faible quantité d'électricité dégagée par une pile à petits éléments, ne pourrait donc produire sur le corps d'un animal vivant aucun effet chimique appréciable, si l'on ne multipliait le nombre des éléments. C'est ainsi que M. Pétrequin a été conduit à élever le nombre des couples de sa pile de Volta à quarante, cinquante, et même au delà. J'ai voulu l'imiter, et j'ai produit des eschares.

Et, chose bien digne d'attention, faisant ensuite avec cette môme pile de Yr.lta ( dont les disques n'avaient que quarante-trois millimètres) des expériences sur le sang défibriné, j'ai constaté que le caillot formé autour des aiguilles, avec cinquante couples, était moins gros et moins prompt que le caillot fourni par quatre éléments de Bunsen, de format ordinaire, disposés en tension.

C'est ce qui m'a conduit à reconnaître que le moyen d'éviter les

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eschai-es consistait h employer des piles assez intenses, c'esl-à-dire assez étendues en surface, pour pouvoir fournir des eU'ets chimiques avec une faible tension.

Celte môme pile de Bunsen à quatre éléments, qui donne une coagulation prompte et abondante, ne produit pas d'eschares sur les lapins ; je pense donc qu'elle remplit les deux indications de la galvanopuncture, mais je n'ose pas encore affirmer que celle combinaison soit la meilleure de toutes.

Après le choix de la pile, vient le choix des moyens d'application. A tension et à intensité égales, ou, en d'autres termes, à courant égal, l'action coagulante ou cautérisante de la pile, comme on l'a déjà vu, est inversement proportionnelle à l'étendue de la surface d'application. Tel courant qui, se dégageant par une seule aiguille, produirait une eschare, n'en produira pas si on le fait pénétrer dans les tissus par plusieurs aiguilles pour chaque pôle. Deux fois, sacrifiant aux idées généralement reçues sur le défaut d'action coagulante des aiguilles négatives, j'ai eu recours à un procédé déjà employé par M. Bossé, dans un cas d'anévrysme de l'aorte; procédé qui consiste à introduire dans les tumeurs plusieurs aiguilles positives et ime seule aiguille négative. Dans ces deux essais, je me servis de quatre aiguilles, trois positives et une seule négative. Dans le premier cas, que j'ai déjà rapporté, il y eut une seule eschare, qui se forma autour de l'aiguille négative (I). Chez l'autre malade, il y eut deux eschares : l'une grande, autour de l'aiguille négative; l'autre petite, autour de l'aiguille positive la plus voisine; les deux autres aiguilles positives ne produisirent aucune mortification (2). On diminue donc l'action cautérisante d'un courant en multipliant les points d'immergence, c'est-à-dire en employant plusieurs aiguilles pour chaque pôle. Ce procédé convient particulièrement dans le traitement des tumeurs érectiles, parce qu'alors on se propose de multiplier autant que possible les foyers de coagulation. Pour oblitérer un anévrysme, un gros caillot est préférable à plusieurs petits; pour oblitérer une tumeur érectile, il faut, au contraire, prodmre le plus srand nombre possible de petits caillots.

Un mot enfin sur la nature des aiguilles. On donne assez généralement la préférence aux aiguilles de fer doux, ou d'acier Ces aiguilles, étant oxydables, favorisent la décomposition de 1 eau, e l'oxyde qui en résulte favorise la décomposition des sels, en alt.ranl

-rit ^iL:;é-ceUe ohservauon dans mon Tr.. ..^^>,.... p. 32 i, 336 et 339.

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