GALVANO-PUNCTURE. — CHOIX DES AIGUILLES
l'acide vers le pôle positif. En outre, les métaux oxydables conduisent l'électricité mieux que les métaux non oxydables. Toutes ces conditions ont paru de nature à faciliter l'action chimique de la pile, et M. Steilin est môme allé jusqu'à dire que les aiguilles non oxydables, en or ou en platine, ne pouvaient produire aucune coagulation .
Tout cela est purement imaginaire. Déjà, dans mon Traité des anévrysmes (p. 351), j'avais dit que la question ne me paraissait pas jugée sans appel, et que les aiguilles de platine n'étaient pas inférieures aux aiguilles de fer. Aujourd'hui, par suite d'expériences toutes récentes, je suis en mesure de démontrer la supériorité des aiguilles de platine.
Toutes les fois qu'une pile est capable de coaguler le sang défibriné, la coagulation peut être obtenue avec l'aiguille de platine, et celle-ci donne, en tous cas, un caillot aussi prompt et aussi gros que l'aiguille de fer. Mais la réciproque n'est pas vraie, 11 y a des piles, et ce sont à mon avis les meilleures, qui ne donnent aucun caillot sur les aiguilles de fer et qui donnent de beaux caillots sur les aiguilles de platine.
Les piles à fortes tensions, comme la pile de Volta de quarante à cinquante éléments, donnent des caillots avec toutes les aiguilles. Mais les piles à faibles tensions se comportent tout autrement. Lorsqu'on dispose en tension quatre ou cinq éléments de Bunsen, et qu'on adapte successivement aux rhéophores des aiguilles de môme longueur, de môme volume, mais de diverse nature, on obtient sur le sang défibriné des résultats très-différents.
Les effets qui se produisent au niveau de l'aiguille négative sont les mêmes dans tous les cas. Ce qui varie, c'est l'action de l'aiguille positive.
Les aiguilles d'or et de platine, métaux non oxydables, sont celles qui, dans un temps donné, donnent le plus gros caillot.
Les aiguilles d'argent donnent un caillot plus petit. Les aiguilles de cuivre donnent un caillot plus petit encore. Le volume du caillot diminue à mesure qu'on emploie des métaux plus oxydables.
Enfin, les aiguilles de fer ou d'acier, auxquelles on a donné une préférence imméritée, ne produisent, avec la pile en question, aucune coagulation. J'ai prolongé sans résultat l'expérience pendant plus de vingt minutes. Au bout d'une minute, l'aiguille est déjà altérée; elle s'altère ensuite de plus en plus; mais je répète qu'elle ne provoque pas la plus petite coagulation.
Voilà, certes, des résultats bien imprévus. L'affinité des méinux
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pour l'oxygène, loin d'ôlre, comme une fausse théorie l'avait fait admettre, une condition favorable à la coagulation du sang délibriné, est au contraire un obstacle h cette coagulation. Lorsque les aiguilles sont oxydables, l'oxygène, au lieu de se dégager au pôle positif, se combine au métal. Les acides qui affluent vers le môme pôle, trouvant un oxyde libre, se combinent aussitôt avec lui, en formant un sel neutre, et en perdant ainsi leur propriété coagulante. Si la pile a une forte tension, l'action chimique est suffisante pour mettre en liberté un excès d'acide, qui produit un caillot ; mais si la tension est faible, il peut se faire que les acides soient entièrement neutralisés par l'oxyde de l'aiguille, et voilà pourquoi les aiguilles de fer, qui donnent des caillots avec une pile d'un grand nombre d'éléments, n'en donnent pas avec une pile de quatre à cinq éléments. Les aiguilles de cuivre, étant moins oxydables, ne neutralisent qu'une partie des acides mis en liberté par cette dernière pile, et le reste produit une coagulation légère; les aiguilles d'argent, moins oxydables encore, donnent un caillot un peu plus gros; enfin les aiguilles d'or ou de platine, ne pouvant s'oxyder, laissent dégager la totalité de l'oxygène, et les acides, restant entièrement libres, produisent le plus gros caillot possible. Cette explication bien simple m'a été suggérée par M. Gavarret, à qui j'ai communiqué mes expériences, et je saisis cette occasion pour remercier ce professeur de la complaisance avec laquelle il a mis à ma disposition, pour mes recherches, le laboratoire de physique de la Faculté de médecine.
Pour résumer les préceptes relatifs à l'application de la galvanopuncture, je dirai qu'on doit : 1° choisir une pile de forte intensité et de faible tension, par exemple une pile composée de quatre éléments de Bunsen de format ordinaire ; 2° donner la préférence aux aiguilles de platine ; 3° employer des aiguilles fines et multiples.
La méthode de la galvano-puncture n'a pas été appliquée jusqu'ici avec assez de régularité pour qu'on puisse en apprécier définitivement l'efficacité curative. Les cas où l'on n'a obtenu aucune coagulation appréciable sont assez nombreux, mais ils ne prouvent rien contre la méthode; ils prouvent seulement qu'elle a été mal appliquée, puisque la coagulation de l'albumine est un phénomène aveugle, qui ne peut pas faire défaut lorsqu'on se place dans des conditions convenables.
Une objection plus sérieuse est tirée du peu de stabilité des caillots. Les varices oblitérées, môme complètement, par la galvanopuncture récidivent presque toujours assez promptemenl. Les caillots déposés dans les poches anévrysmales, résistent beaucoup plus
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souvent, et cette méthode a guéri définitivement un assez grand nombre de petits anévrysmes. Restent les tumeurs érectiles, qui nous occupent plus particulièrement; car les deux autres espèces de tumeurs sanguines ne rentrent pas dans notre cadre.
Il est clair que si les caillots galvaniques ont quelque chance de résister au choc des ondes sanguines, c'est surtout dans les tumeurs érectiles. Formés dans des vaisseaux de très-petit calibre, offrant par conséquent, eu égard à leur masse, une surface d'adhérence trèsconsidérable, n'étant soumis d'ailleurs qu'à une pression sanguine très-faible, par ce double motif que les vaisseaux sont des capillaires, et que le sang, à la faveur d'innombrables anastomoses, trouve aisément sa voie sans se heurter contre les obstacles, ces caillots sont placés dans des conditions bien plus favorables à leur conservation que s'ils occupaient une artère ou uneveine. Il est donc probable qu'ils peuvent résister assez longtemps pour permettre au stroma de la tumeur érectile de se rétracter, aux tuniques des vaisseaux de se resserrer, et qu'ils peuvent par conséquent donner une oblitération définitive, suivie de l'atrophie permanente du tissu pathologique. Mais, pour que cette heureuse éventualité se réalise, il paraît nécessaire que la coagulation occupe, sinon la totalité, du moins la plus grande partie de la tumeur; sans cela, les vaisseaux non oblitérés se dilateraient promptement, et la récidive serait à craindre; — car les caillots galvaniques n'ont qu'une certaine durée, et si la tumeur n'est pas déjà notablement atrophiée au moment où ils entrent en résolution, les vaisseaux qu'ils occupaient redeviennent perméables. C'est pourquoi il est important de multiplier les aiguilles, et de les placer assez près les unes des autres pour que leurs caillots respectifs se louchent pour ainsi dire partout. Ce procédé, déjà si avantageux pour éviter l'escharification, mérite donc, à tous égards, de recevoir la préférence.
Ce n'est pas ici le lieu d'établir un parallèle entre les nombreuses méthodes qui ont été imaginées pour la guérison des tumeurs érectiles. Beaucoup d'entre elles sont plus efficaces que la galvanopuncture, et d'une application beaucoup plus facile. Cette dernière ne peut donc prétendre à supplanter ses rivales. Mais elle répond à quelques indications qui peuvent, dans quelques cas particuliers, décider en sa faveur le choix des chirurgiens. Convenablement appliquée, elle ne produit pas d'eschares, et ne laisse pas de cicatrices; elle peut en outre atteindre des tumeurs érectiles profondes, difficilement accessibles aux autres méthodes. Elle mérite donc d'être étudiée avec plus d'attention qu'on ne lui en a accordé jusqu'ici.
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En terminant, je dois m'excuser peut-être d'avoir insisté si longtemps sur les applications thérapeutiques de l'électricité. Lavaleui actuelle de l'électrisation et de la galvanisation, dans le traitement des tumeurs, n'est certainement pas en rapport avec la longueur du chapitre que je leur ai consacré; j'ajoute môme que, dans ma pensée, ces méthodes ne sont pas appelées à acquérir une grande importance pratique. Mais il est certain que jusqu'ici elles n'ont pas été mises à l'épreuve avec assez de rigueur et de discernement, pour qu'on puisse savoir aujourd'hui ce qu'elles pourront produire plus tard. Il m'a donc paru utile de mettre les praticiens en mesure de diriger convenablement leurs recherches.