CHAPITRE IX
CAUTÉRISATION EN NAPPE
Nous ne décrirons ici que la cautérisation ordinaire, qui a pour but de détruire directement, couche par couche, la substance des tumeurs, et qui a été désignée par M. Maisonneuve sous le nom de cautérisation en nappe. D'autres procédés de cautérisation ont été employés pour extirper les tumeurs. Nous en parlerons dans un autre chapitre.
La méthode de la cautérisation se compose de deux grands procédés : la cautérisation actuelle avec le fer rouge, et la cautérisation potentielle avec les caustiques.
La cautérisation au fer rouge, malgré les apparences, est peu énergique. Elle ne pénètre qu'à une profondeur peu considérable, et il est difficile d'obtenir des eschares épaisses de plus de cinq à six millimètres. On ne peut donc, par ce moyen, détruire en une fois des tumeurs volumineuses. Toutefois, lorsque aucune autre méthode n'est applicable, comme cela a lieu dans les cancers du col utérin qui remontent au-dessus de l'ouverture du vagin, on peut, par des cautérisations successives, creuser une cavité profonde dans cet organe. Il ne faut pas compter sur ce moyen pour obtenir une guérison. Ce n'est qu'un palliatif, utile surtout lorsque la surface du cancer est le siège d'hémorrhagies abondantes. J'ai traité une dame qui était déjà mourante lorsque je fis la première cautérisation, et dont la vie fut prolongée pendant dix mois, grâce à des cautérisations répétées chaque fois que le sang reparaissait. Depuis la découverte des propriétés du perchlorure de fer, j'ai bien plus rarement recours à cette méthode.
La cautérisation au fer rouge offre peu de ressources, comme on Vient de le voir, pour la destruction des tumeurs; mais lorsqu'une tumeur a été enlevée, et qu'elle envoie des racines dans une région inaccessible au bistouri, on est souvent obligé d'employer un bouton de feu pour poursuivre ces prolongements.
CAUTÉRISATION EN NAPPE
Aprùs l'ablation des polypes naso-pharyngiens, qui, comme on sait, s'implanlent le plus souvent sur la face inférieure de l'apophyse basilaire de l'occipital, la cautérisation au fer rouge a été fréquemment employée, par le procédé de M. Nélaton, à travers une perforation du voile du palais et de la voûte palatine, pour aller détruire les restes de la tumeur, et pour combattre les récidives à mesure qu'elles se produisent. Les résultats définitifs de ce procédé ont été beaucoup moins beaux qu'on ne s'y attendait. Le rapport lu à la Société de chirurgie, en 1860, par M. Verneuil, a montré combien étaient rares les guérisons sans récidive (d). En tout cas, lorsqu'on se décide à appliquer ce procédé, le cautère galvanique me semble préférable au fer rouge ordinaire, parce que la cautérisation galvanique, pratiquée au moyen d'un corps métallique peu volumineux, qui rayonne faiblement sur les parties voisines, peut être continuée pendant plusieurs minutes, sans interruption, et permet de détruire profondément les insertions du polype, sans léser le reste du pharynx. On sait que la chaleur de ce cautère renaît incessamment à mesure qu'elle se perd dans les tissus que touche l'extrémité de l'instrument.
Les caustiques les plus divers ont été employés dans le traitement des tumeurs, et plusieurs praticiens, renonçant à l'usage du bistouri, les ont adoptés comme méthode générale. Chacun, bien entendu, a son caustique de prédilection, et il serait superflu d'énumérer les innombrables substances qui ont été tour à tour préconisées comme devant produire la guérison radicale des tumeurs, voire des tumeurs cancéreuses. Je me bornerai à rappeler ici qu'il y a deux sortes de caustiques : les caustiques coagulants qui se combinent aux tissus, en les condensant, et qui font coaguler le sang dans les vaisseaux,— et les caustiques fluidifiants, qui forment des eschares molles, et qui laiss'ent dans les vaisseaux le sang à l'état liquide. Cette division, proposée par M. Mialhe, est bien préférable à toutes les autres, môme à la division généralement adoptée, qui classe les caustiques d'après leur degré de consistance ( solides, mous, liquides et pulvérulents). Les caustiques coagulants, parmi lesquels je citerai le chlorure de zinc, le chlorure d'antimoine, le bichlorure de mercure, le nitrate acide de mercure, et les acides minéraux, peuvent être appliqués sur des surfaces ulcérées, fongueuses et saignantes, sans donner heu à des hémorrhagies. Ils sont môme employés quelquefois à titre d'agents hémostatiques. Ils ne mettent pas à l'abri des hémorrhagies (1) Bullelim de la Société de chirurgie. 1860, 2" sér., t. I, p. 144-172, et 258-272, Voy. surtout p. 263.