‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 133 sur 158 · ÉCRASEMENT LINÉAIRE · texte numérisé non relu

ÉCRASEMENT LINÉAIRE

Cette méthode précieuse appartient entièrement à M. Ghassaignac. Il n'avait été précédé par personne ; il l'a seul créée, vulgarisée et conduite à maturité. Tout ce qu'on a essayé de faire après lui pour modifier sa méthode n'a conduit qu'à une détérioration, et non pas à un perfectionnement. Après avoir, pendant plusieurs années, poursuivi ses expériences sur les animaux (I80O), M. Ghassaignac fit ses premiers essais sur l'homme (1852). On hlâma cette chirurgie excentrique, qui paraissait barbare, et qui devait paraître telle au premier abord. Bientôt pourtant il fallut reconnaître qu'elle olTraitdans certains cas de grands avantages. Peu à peu les chirurgiens s'habituèrent à une idée qui les avait d'abord choqués, et enfin la nouvelle méthode entra définitivement dans la pratique. Alors, M. JMaisonneuve chercha à démontrer que l'écrasement hnéairc était une vieille méthode, et que ce n'était qu'un procédé de la ligature en masse. Pour établir cette démonstration, il fit construire un instrument où il remplaça la chaîne de l'écraseur par une corde métallique continue ; puis il remplaça le nom à'écraseu?' par celui de constricteur, et enfin le nom ^'écrasement /zwea/re par celui de ligature extemporanée. Mais ces divers travestissements n'ont pu réussir à faire qu'il y eût la moindre analogie entre l'écrasement linéaire et la ligature en masse. M. Maisonneuve a montré qu'on pouvait pratiquer l'écrasement linéaire avec un appareil qui ressemble de loin à celui dont Mayor se servait quelquefois lorsqu'il voulait pratiquer la ligature avec des fils métalliques. Il n'a pu le faire qu'en construisant un écraseur très-défectueux, et très-inférieur à celui de M. Chassaignac. Mais quand môme la copie aurait valu le modèle, et quand môme l'un et l'autre ressembleraient réellement aux instruments de Mayor, la nouvelle méthode n'en resterait pas moins essentiellement difi"érenle de l'ancienne. Ge qui constitue une méthode, c'est son mode d'action, et non les instruments qu'elle emploie, c'est encore son

DIFFÉRENCE DE L ECRASEMENT Eï DE LA LIGATURE. 527

but, ce sont les résultats qu'elle produit sur les tissus qu'elle atteint, et sur les parties environnantes. Or, on va voir que, sous tous ces rapports, l'écrasement linéaire diffère essentiellement de la ligature.

La ligature a pour but de faire détacher la tumeur par gangrène ; l'écrasement linéaire a pour but de la détacher toute vivante, telle qu'elle tomberait sous le bistouri. La première méthode divise les tissus par une sorte d'ulcération, et, si elle les coupe aussi en partie, c'est à un moment où ils ont été rendus friables par l'inflammation queprovoque la présence du lien; la seconde les divise, lorsqu'ils sont parfaitement sains, par une action purement traumatique, comme le ferait le bistouri. L'une opère la section en plusieurs jours, pendant lesquels la tumeur reste en place, l'autre termine la section en une seule séance, comme cela a lieu dans les opérations sanglantes. Nous avons dit comment la ligature en masse agit sur les artères ; elle les divise par un mécanisme comparable à celui des ligatures plates appliquées immédiatement sur les vaisseaux ; l'écrasement linéaire coupe les artères par un tout autre mécanisme, comparable à celui de l'arrachement ou de la torsion; les tuniques internes, divisées et écrasées avant que la tunique celluleuse ait cédé, sont refoulées, de bas en haut, dans le canal du vaisseau, qu'elles obstruent de manière à empêcher l'hémorrhagie lorsque la tunique externe cède à son tour.

Enfin l'écraseur linéaire, comparable en cela à l'instrument tranchant, agit sur le cadavre ni plus ni moins que sur le vivant ; la ligature, au contraire, ne produit ses effets que sur les tissus doués de vie; c'e'st parce qu'ils vivent qu'elle les coupe. Appliquée sur les tissus d'un cadavre, elle peut broyer quelques parties très-friables, mais les autres résistent à son action.

Nous n'avons pas à décrire ici minutieusement l'écraseur de M. Chassaignac, qui est entre les mains de tout monde. Il se compose, comme on sait, d'une chaîne articulée, dont les deux extrémités sont engagées dans un long et solide étui de métal, et dont la partie moyenne entoure, comme l'anse de la ligature ordinaire, le pédicule de la tumeur. Un mécanisme à double crémaillère^ placé dans le manche, permet d'attirer alternativement chacune des extrémités de la chaîne, en diminuant chaque fois de deux millimètres la longueur de l'anse. Ces mouvements alternatifs permettent à la chaîne d'exécuter sur le pédicule de la tumeur un petit mouvement de va-et-vient, et de scier les tissus en même temps qu'elle les écrase. Les nombreuses articulations de la chaîne, représentant comme les dents d'une scie flexible très-émoussée, favorisent cette double

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