‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 143 sur 158 · PROCÉDÉ DES FLÈCHES · texte numérisé non relu

PROCÉDÉ DES FLÈCHES

de flèches. De là le nom de cautérisation en flèches qu'il a donné à son procédé. On y a déjà reconnu sans doute le procédé décrit par Deshaies Gendron en 1700, mais il est parfaitement certain que M. Maisonneuve, comme nous tous, ignorait ce précédent. L'opération une fois terminée, on n'a plus rien à faire jusqu'à la chute de la tumeur, qui s'effeclue spontanément, au bout d'une dizaine de jours, par un travail d'élimination. Ce procédé a, sur celui de Girouard, l'avanlage d'être d'une exécution prompte. Peut-être néanmoins estil plus douloureux, car personne n'ignore que la douleur produite par le chlorure de zinc est due principalement à la destruction de la peau; cette douleur dure au moins six heures, quelquefois vingtquatre. Dans le procédé de M. Girouard, la peau est détruite en dix ou quinze minutes par la pâte de Vienne, qui ne provoque qu'une douleur très-modérée; la cautérisation des parties profondes se fait avec le chlorure de zinc et dure plusieurs jours ; mais, comme ce caustique n'agit jamais sur la peau, son action n'est pas extrêmement douloureuse. Dans le procédé de M, Maisonneuve, c'est le caustique de zinc qui détruit la peau, et il en résulte des douleurs tellement vives pendant la première journée, qu'un malade dont M. FoUin a cité l'histoire à la Société de chirurgie, s'enfuit un jour de l'hôpital de M. Maisonneuve « avec des flèches dans le dos. »

Au surplus, le reproche de provoquer une douleur vive et prolongée, est applicable à la plupart des procédés de caulérisation. Ce n'est donc pas un argument qu'on puisse invoquer contre le procédé des flèches. M. Maisonneuve, qui le manie avec beaucoup d'habileté, a réussi à faire tomber sans accidents dans beaucoup de cas des tumeurs volumineuses, situées même dans des régions où, au premier abord, il semble difficile de placer des caustiques avec sécurité ; c'est ainsi qu'il a, sans accidents immédiats, fait tomber une tumeur de l'amygdale. Mais il ne faut pas croire que ce procédé soit égal à celui de M. Girouard sous le rapport de la sécurité. M. Girouard suit pas à pas son caustique, et ne cautérise que ce qu'il veut ; il ne risque pas de s'égarer. M. Maisonneuve enfonce son caustique du premier coup, avec le bistouri. Il sait bien où s'arrête son bistouri, mais il ne sait pas jusqu'où s'étendra son eschare. Ainsi, une fois le caustique atteignit et détruisit l'artère fémorale, qui ne donna pas d'hémorrhagie, mais que le chirurgien certainement n> se proposait pas de cautériser. Une autre fois, dans un cas de tumeur du sein, une flèche pénétra dans la poitrine et perfora la plèvre, qui fut ouverte à la chute de l'eschare; il est bien certain que M. Maisonneuve n'avait pas directement perforé cette membrane, c'était le

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caustique qui avait pénétré jusque-là (I). Une autre femme opérée par M. Bauchet de la môme manière, mourut au bout de huit jours avec une perforation de la plèvre assez large pour laisser passer le bout du doigt (2). Il est clair par conséquent que le procédé de M. Maisonneuve ne doit être appliqué que dans les cas où la base de la tumeur est Irès-éloignée de tout organe important; dans toute autre circonstance, le seul procédé de cautérisation circulaire qui offre quelque sécurité est celui de M. Girouard.

Nous n'avons pas besoin de nous occuper de nouveau ici de l'étude des plaies qui résultent de la cautérisation circulaire. Au point de vue des accidents tels que l'hémorrhagie, l'érysipèle, la phlébite, ces plaies sont identiquement les mômes que celles qui succèdent à la chute de l'eschare dans la cautérisation en nappe. Nous en avons déjà parlé précédemment.

(1) Bull, de la Soc. de chirurgie, 18 nov, 1857, t. Vlll, p. 170. 12) Ibid., déc. 1858, t. IX, p. 233.

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