PARALLÈLE DES MÉTHODES EMPLOYÉES POUR LA DESTRUCTION
OU l'extirpation des tumeurs
Le chapitre du traitement chirurgical des tumeurs n'occupait, il y a quelques années, que très-peu déplace dans les traités de chirurgie; la cautérisation était presque entièrement laissée aux empiriques; la ligature en masse, quoique généralisée par Mayor, ne s'appliquait qu'à un petit nombre de cas particuliers, et c'était l'instrument tranchant qui faisait presque à lui seul tous les frais de la chirurgie des tumeurs. Aujourd'hui, celte question, si simple pour nos devanciers, est devenue une des plus compliquées et une des plus épineuses de la médecine opératoire. Si l'on songe que l'écrasement linéaire, le galvanocaustique et la cautérisation circulaire ne datent que d'une dizaine d'années, on reconnaîtra manifestement, à ces indices, qu'il se fait actuellement dans la chirurgie une réaction très-prononcée contre le bistouri.
Pour dire jusqu'à quel point cette réaction est légitime, nous comparerons d'abord d'une manière générale l'extirpation sanglante aux autres méthodes rivales : 1° sous le rapport de l'exécution, et 2° sous le rapport des résultats.
Sous le rapport de l'exécution,. la méthode sanglante a une supériorité manifeste dans la plupart des cas. D'autres méthodes permettent d'opérer plus ou moins complètement des tumeurs qu'on ne pourraitsans danger attaquer avec le bistouri; mais, personne n'ayant jamais songé à les bannir de la pratique, tout le monde ayant reconnu, au contraire, qu'il y a des cas où l'instrument tranchant doit céder le pas aux autre;, moyens, nous devrons laisser de côté ces cas spéciaux, qui seront du reste indiqués plus loin. Il est clair, en effet, qu'un parallèle général ne peut se faire avec des exceptions. Nous considérerons donc seulement les tumeurs ordinaires, celles pour lesquelles le chirurgien peut choisir librement entre toutes les mé-
05b PARALLÈLE DES MÉTHODES d'eXTIRPATION .
thodes, et nous nous demanderons si alors la méthode sanglante est supérieure ou inférieure aux autres sous le rapport de l'exécution.
La question ainsi posée est résolue. Le but des chirurgiens est d'enlever la tumeur et ses dépendances d'une manière complète, en respectant tout ce qui peut ôlre respecté, aQn de produire le moins de mutilation possible. Tout le monde reconnaîtra que la méthode sanglante atteint ce double but beaucoup mieux que les autres méthodes. Le bistouri, dirigé par l'œil et par la main, va où l'on veut, et ne va qu'où l'on veut. On suit les contours de la tumeur, en s'en rapprochant ou en s'en éloignant, suivant les indications tirées de la nature du mal et de sa tendance à la récidive; après l'extirpation de la masse principale, on explore la plaie avec le doigt, on en étudie toutes les parties, on enlève tout ce qui paraît suspect. L'extirpation parle procédé du galvanocaulère se rapproche un peu, sous ce rapport, de l'extirpation au bistouri. Dans les deux cas, on peut procéder par voie de dissection, et diriger les manœuvres à volonté; mais, outre que le galvanocautère est très-difficile à manier, à cause du trou manche et des gros cordons conducteurs, métalliques et peu flexibles, qui font corps avec l'instrument, etdont larésistancefatigue beaucoup la main, la plaie du galvanocautère ne se prête pas, après l'extirpation, à cette exploration attentive et minutieuse des tissus divisés qui permet, dans la méthode sanglante, de reconnaître si tous les tissus malades ont été complètement enlevés. Les parties qui entourent laplaie sont recouvertes d'une escarre; elles ont perdu leur couleur, leur flexibilité, et l'on ne peut apprécier l'état dans lequel on les laisse.
Quant au second procédé galvanocaustique (l'anse coupante), il partage avec la ligature en niasse, avec l'écrasement linéaire, avec la cautérisation linéaire, l'inconvénient d'agir sur les tissus d'une manière aveugle. Le chirurgien place son moyen destructeur au delà des limites où il suppose que s'arréle la tumeur, et comme ces limites sont en général impossibles à déterminer d'une manière exacte à travers la peau, il est obligé de les déborder largement, aux dépens des tissus sains. Il sacrilie ainsi non-seulement la tumeur, mais la peau qui la recouvre, tous les tissus qui l'entourent, et une partie notable de ceux sur lesquels elle repose; c'est du moins ce qui a lieu dans les cas heureux; mais, bien souvent, malgré les apparences, la tumeur se prolonge au delà des limites qu'on aperçoit, et, tout en produisant une perte de substance très-considéiable, on laisse ces prolongements en plate. Quant à la cautérisation en nappe, elle est plus aveugle encore, à moins qu'il ne s'agisse d'un de ces cas parti-